avec ou sans moustache

ALIVE

Un film de

Un film moral, mais raté

Alex Meyer (Richard Anconina), metteur en scène de comédie musicale, ne va pas fort : il y a trois ans, sa femme et par la même occasion l'inspiration l'ont quitté et il ne parvient pas à refaire surface. Jusqu'au jour où de vieilles lettres échangées avec son ex-femme lui donnent l'idée d'un nouveau spectacle, qu'il décide de monter sans crédits et sans l'appui de son producteur de toujours. Il se lance dans cette aventure avec une bande de jeunes interprètes sans expérience mais gonflés à bloc et avec la complicité de José, son fidèle ami…

La bonne volonté ne suffit pas toujours, contrairement à ce que laisse entendre la morale de cette gentille historiette, qui ne restera sans doute pas dans les annales du cinéma. Le film met pourtant en scène une brochette d'acteurs convaincants. Richard Anconina, « gueule de ciné » s'il en est, parvient même à être crédible en chorégraphe de jeun's grâce à sa spontanéité et son talent. A ses cotés, on retrouve Valéria Golino, actrice du sublime Respiro, qui se fait trop rare dans le cinéma français et dont la grâce suffit à illuminer le plus austère des plans. Maxim Nucci, dont c'est ici le premier rôle, mérite aussi de figurer dans cette liste : il a une belle présence cinégénique et interprète son personnage sans chichi.

Mais de bons acteurs ne peuvent, à eux seuls, faire oublier un scénario aussi pauvre que celui d'Alive. L'intrigue est cousue de fil blanc et les quelques artifices utilisés pour lui donner du souffle n'empêchent pas le spectateur de bailler : défection du comédien principal qui se laisse débaucher par un producteur sans scrupule, menace d'annulation du spectacle à la dernière minute (re-coup bas du producteur)… La mièvrerie du ton atteint son paroxysme lors des scènes de répèt', avec des répliques d'Alex du style : « Vous verrez, ce sera dur, il y aura des moments où vous me détesterez » puis « C'était sublime, vous êtes géniaux. » (en résumé). Le spectateur n'y croit pas, et les moments d'émotion sont aussi rares que ceux de franche rigolade.

Frédéric Berthe, le réalisateur, aurait pu combler les lacunes de ce piètre scénario en misant tout sur les chorégraphies. Mais là encore, rien qui ne se distingue de ces clips sans âme que l'on peut voir à la télévision. Et hélas, ce n'est pas sur la B.O qu'il faut compter pour redresser le niveau général du film. Les chansons sont bien léchées, et se laissent gentiment écouter, mais les paroles restent terriblement consensuelles et les rimes désespérément pauvres. On peut même relever quelques perles du genre « Je ferais de toi un Minotaure» ou encore « Qui peut trouver de l'espérance / dans nos regards lourds d'indécence»…Reste l'énergie sympathique qui se dégage du film ; certains pourront même voir dans Alive un divertissement rafraîchissant qui a le mérite de ne pas prendre la tête. Les autres penseront sans doute que le cinéma ne se résume pas à ça - fort heureusement !

Delphine MuhlbacherEnvoyer un message au rédacteur

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