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Festival de Cannes 2026 : Pronostics pour le palmarès officiel
Bien malin celui qui pourra prédire sans se tromper le successeur de "Un Simple Accident" pour la palme d’or 2026. Loin d’atteindre le niveau de l’an dernier, la compétition a en effet apporté son lot de déceptions ("L’Inconnue", "Coward", "Gentle Monster", "Histoires parallèles") et de beaux coups de cœurs ("La Bola Negra", "Minotaure", "Soudain", "Fjord"…). On va tout de même se prêter à ce traditionnel exercice, histoire de vous accompagner jusqu’au bout de cette 79e édition. Et rendez-vous dans la soirée pour les résultats.
L’Espagne et l’Ukraine aux premiers rangs
Avec trois candidats en compétition, les plus hautes marches du podium ne devraient pas échapper à certains films venus d’Espagne. Rodrigo Sorogoyen pourrait bien l’emporter côté mise en scène pour "L’Être aimé", avec sa mise en place étouffante d’une relation père-fille tentant de se rétablir autour d’un tournage de film, et où le sujet du traitement des actrices s’avère brûlant. Située aux Canaries, l’intrigue permet à Javier Bardem et Victoria Luengo de briller par des interprétations de haut vol, même si on les placera finalement plutôt en outsiders. Si Almodovar fait également preuve de brio avec "Autofiction", son magnifique méa-culpa auprès de ceux qu’il a incorporé dans ses scénarios sans leur rendre véritablement hommage, a peu de chances de se retrouver au palmarès. Ce n’est pas le cas de "La Bola Negra", brillant film reliant trois destinées à des époques différentes (1932, 1937 et 2017), aussi brillant en termes de construction scénaristique, de mise en scène que d’interprétation. On verrait bien le film en Palme d’or.
L’Ukraine devrait figurer également au palmarès, mais au travers d’un long métrage russe, celui de Andrey Zvyagintsev, "Minotaure" qui pointe ici les magouilles autour des enrôlements pour l’opération décrétée spéciale et l’impunité des hommes d’affaires russes. Sublimement cadré et photographié, ce film inspiré d’un Chabrol met les points sur « i » de manière subtile, grattant des plaies vives. Il pourrait décrocher au moins le Grand prix, que l’on verrait bien ex-aequo avec le troisième grand favori, le japonais Ryusuke Hamaguchi, et son film fleuve "Soudain", critique d’un capitalisme dévorant et plaidoyer pour replacer l’humain au centre d’une société à l'agonie. Virginie Efira est ici une belle outsider pour l’interprétation, dans son rôle de directrice d’EHPAD prônant proximité entre patients et soignants.
De l’interprétation côté français
Un nom revient côté interprétation féminine, celui de Adèle Exarchopoulos, à Cannes dans plusieurs films dont le choral Honoré ("Mariage au goût d’orange"), mais qui pourrait être distinguée pour son rôle d’actrice alcoolique dans "Garance". Jeanne Herry l’emploie dans tous les plans et lui permet de montrer tellement de facettes qu’on en a le souffle coupé. À noter cependant que l’actrice bulgare Yana Radeva, dans le film allemand "L’Aventure rêvée", se cache en embuscade, avec un rôle rude de femme aux prises avec une mafia locale qui regrette son âge d’or. Pour les hommes, un autre nom français ressort, celui de Swann Arlaud dans "Notre Salut", que certains verraient bien tout en haut du palmarès. Mais parmi les outsider on retrouve Gilles Lellouche dans le rôle de Jean "Moulin" dans les derniers jours de sa vie, mais aussi l’interprète central de "Minotaure", le russe Dmitriy Mazurov, patron sans scrupule qui croit pouvoir tout contrôler en gardant à la fois ses employés et sa femme, à l’aube de la mobilisation sur le front ukrainien.
D’autres prix à se partager
Le Prix du jury, qui récompense régulièrement un film pour son originalité ou son caractère expérimental, et qui était revenu logiquement à "Sirat" l’an dernier, pourrait cette année revenir à "L’Inconnue" de Arthur Harari, objet au concept provoquant seulement sur le tard un vrai malaise, autour de disparitions et d’un homme prisonnier dans un corps de femme. Quoi qu’on pense de la qualité de la mise en scène, le film a le mérite d’une grand originalité et malgré une avancée laborieuse de l’intrigue, de laisser dans un état second. On proposera ex-aequo le film polonais en noir et blanc, "Fatherland", voyage de l’auteur Thomas Mann et sa fille en leur pays, divisé en deux dans l’après guerre, son fils refusant de retourner sur les lieux. On notera que "Moulin" de Laszlo Nemes pourrait aussi figurer en outsider, pour le traitement sonore et pictural de l’enfer dans lequel fut plongé le chef de la résistance, Jean Moulin, interprété par Gilles Lellouche.
Enfin côté scénario, si l’on considère que Ryusuke Hamaguchi l’a déjà obtenu avec "Drive my Car", c’est potentiellement "L’Aventure Rêvée" de Valeska Grisebach qui pourrait l’emporter. Avec son portrait d’une femme aidant un ami soudainement disparu, à régler ses affaires avec la mafia locale, c’est tout un microcosme, à la frontière turque qui est passé au microcoscope au travers de ce personnage d’archéologue n’ayant plus rien à perdre. Un film sous forme d’errance, au milieu des vautours, qui sortira en juin prochain, et qui s’il souffre de quelques longueurs, vaut réellement le déplacement pour les thématiques qu’il charrie : harcèlement, violence, traitement des femmes, pauvreté, argent facile… Mais on pariera au final sur "Fjord" de Cristian Mungiu, mise à mal d’une famille roumano-novégienne à laquelle les enfants sont retirés par l’aide à l’enfance, suite à des soupçons de maltraitance sur la fille adolescente. Le film pose des questions d’actualité brûlantes, sur la notion de justice dans un contexte où la prévention prend le dessus sur l’innocence présumée.
Enfin pour la Caméra d’or, prix du meilleur premier film, c'est un long de la seamaine de la critique qui pourrait l'emporter, "La Gravida" film choral sur une sortie de classe à Naples, qui laisse des séquelles, qui fait office de favori. Mais le chinois "La Deuxième Fille" pourrait créer la surprise. Les jeux sont faits.
Les pronostics pour le palmarès 2026
Palme d’or
LA BOLA NEGRA
de Javier Calvo et Javier Ambrossi
Grand Prix
MINOTAURE
de Andrey Zvyagintsev
Ex-aequo
SOUDAIN
de Ryusuke Hamaguchi
Prix de la mise en scène
Rodrigo Sorogoyen
Pour L’ÊTRE AIMÉ
Outsider :
James Gray pour "Paper Tiger"
Javier Calvo et Javier Ambrossi pour "La Bola Negra"
Prix d’interprétation féminine :
Yana Radeva
dans L’AVENTURE RÊVÉE de Valeska Grisebach
Outsider :
Adèle Exarchopoulos dans "Garances"
Virginie Efira et Tao Okamoto dans "Soudain"
Victoria Luengo dans "L’Être aimé"
Prix d’interprétation masculine
Swann Arlaud
dans NOTRE SALUT de Emmanuel Marre
Outsider :
Dmitriy Mazurov dans "Minotaure"
Javier Bardem dans "L’Être aimé"
Prix du scénario
FJORD
De Cristian Mungiu
Outsider :
"Soudain" de Ryusuke Hamaguchi
"L’aventure rêvée" de Valeska Grisebach
Prix du jury
FATHERLAND
de Pawel Pawlikowski
Ex-æquo
L’INCONNUE
de Arthur Harari
Outsider :
Moulin de Laszlo Nemes
Caméra d’or
LA GRADIVA
de Marine Atlan

