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Festival d’Annecy 2020 : Jour 3, l’émouvant "My favorite War", le poétique "The Shaman Sorceress", la suite écolo "Bigfoot Family" et encore plus de courts

18 juin 2020
Festival d'Annecy 2020 Jour 3 My favorite war
© My Favorite War - Bivrost Film & TV / Ego Media

En cette troisième journée du festival du film d’animation d’Annecy, les longs métrages se suivent mais ne se ressemble pas, abordant affrontements idéologiques, religieux, ou écolos, alors que les courts métrages atteignent des sommets de virtuosité dans le Programme 2 de la compétition.

Dans la section Contrechamp, un film letton aura créé l’émotion. Relatant ses propres souvenirs d’enfance, sous le régime soviétique, Ilze Burkovska - Jacobsen se remémore en traits de contour noirs et épais, à la précision volontairement hésitante, la manière dont était décidé pour elle, et donc l’importance dans la vie, d’avoir le choix. Après avoir retracé les faits historiques à base de cartes animées, remontant ainsi au nouvel an 1944, elle évoque à la fois l’interdit (la découverte de la mer), le destin de son grand-père, peintre, de son père prenant part au parti, et la tristesse de sa mère, ne bénéficiant plus de la protection de celui-ci. Mais elle donne surtout à voir les difficultés, les passe-droit, faisant résonner ses dessins avec le témoignage d’une amie d’enfance ou l’exposition des tableaux de son grand-père, tout en évoquant sa naïveté initiale et son désir de liberté de parole. Et cela fait de "My favorite war" un témoignage en animation, à la fois tendre et rude, nostalgique et émouvant. Plus poétique dans la forme, puisque le métrage adopte le détail de costumes traditionnels, comme une indéniable beauté graphique des paysages (forêt de bambou géométrique…) comme de certains tableaux (évocation charnelle à base de fruits, incendie avec flammes tricolores…), "The Shaman Sorceress" évoque la progression du catholicisme dans la Corée du sud. Bardé de chansons aux belles envolées, conférant à l’ensemble une certaine poésie, on regrettera cependant que le scénario s’enferme dans l’affrontement entre un fils revenu et une mère alcoolique, enfermant la lutte entre religieux et spirituel au sein d’une famille au lieu de l’ouvrir à tout un peuple.

Autre découverte du jour, l’attendue suite de "Bigfoot Junior"(2017), dans laquelle le père (Bigfoot, résultat d’un accident de laboratoire découvert dans le premier épisode) repart en Alaska pour démasquer des exploitants de pétrole soi-disant « verts ». Entre le road-movie (le fils, la mère et quelques animaux se lançant à sa suite dans un vieux camping car), et le thriller d’espionnage, le film tient le rythme niveau rebondissements et gags. Démarrant comme une critique des conséquences de la célébrité, le film se meut en véhicule à messages écolos, faisant des animaux des seconds couteaux souvent amusants (le pivert réveil, l’élan particulièrement chauvin, le raton laveur téméraire...), et s’offrant au passage une sympathique caricature des douaniers canadiens et américains. Un film que l’on pourra découvrir sur grand écran dès cet été en France.

Du côté courts-métrages, il faut bien avouer que le Programme 2 des courts en compétition officielle aura placé tout d’un coup la barre très haut. Le fabuleux "Le passant" ouvre le recueil, avec son étrange mélange de 3D pour certains éléments de visages ou corps, et un décor de rue multicouche dans lequel la caméra vient zoomer et dézoomer sur certains détails, provoquant une mouvance du cadre qui rajoute à la tension de ce métrage centré sur un rendez-vous manqué entre une fille et un garçon. "Schats’e" ("Happiness") impressionne par son graphisme tourmenté proche du cubisme, dans lequel évolue un personnage obsédé par un gramophone. Les effets de pivotement sont redoutablement efficaces, tout comme l’esthétique de l’ensemble. Venu du Canada, le très drôle "Moi, Barnabé" met en scène dans une 3D évoquant la Stop Motion, un prêtre porté sur l’alcool dont les visions après que sa girouette en forme de coq ait pris la foudre relèvent du psychanalytique. L’animation est impeccable et les passage en vitrail animé et en forme de trip de mort imminente nous emmènent dans un monde à part.

En stop motion, "Freeze Frame" déploie en noir et blanc une esthétique sublime. Sur le thème de la découpe de la glace, des hommes extrayant et déplaçant des cubes, ce sont tout un tas d’espèces qui se retrouvent fossilisées dans des blocs avant de devenir eux-mêmes glacés. Une évocation à la teinte écolo, de l’avenir de l’homme lui-même ? Plus long film de ce programme (27 mn), le chinois "The Town" dénonce les travers d’une société où chacun serait modelé dans le même moule. Un film en animation traditionnelle 2D de belle facture, dont la lecture politique évidente est intelligemment amenée au travers du portrait d’une jeune femme travaillant en atelier (elle confectionne des masques, uniformes, qui deviendront les visages « validés » des gens…), tiraillée entre un frère rebelle et son envie de s’intégrer. Un dilemme que doivent connaître beaucoup de chinois. "Beyond Noh", film américain, n’a lui de véritable intérêt que sa cohérence esthétique, puisqu’il présente sur un rythme de tambour, une série de masques tribaux, d’icônes, SM, d’aliens, de carnaval, et même (c’est d’actualité) chirurgicaux… Un exercice de style variant les tailles et les nombres en fonction des sonorités. Enfin, "Empty places", produit par Autour de minuit aligne avec poésie des détails de décors mécaniques ou automatisés (une colonne qui tourne, un escalator, une porte tambour, une photocopieuse…), avant de révéler par des plans plus larges revenant sur les mêmes lieux, le chaos d’un monde déserté. Un film d’une incroyable poésie, qui résonne avec une époque pas si lointaine, celle du confinement.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur
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