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INTERVIEW

SEIGNEURS (LES)

Ramzy Bedia

Journaliste :
Est-ce que ce n’est pas compliqué d’avoir autant d’humoristes dans un film comme celui-ci ? Est-ce que chacun d’entre vous avait de la place pour faire exister son personnage ?

Frank Dubosc :
Chacun joue dans sa catégorie aussi, on a tous eu de la place……

© Warner Bros

Journaliste :
Est-ce que ce n’est pas compliqué d’avoir autant d’humoristes dans un film comme celui-ci ? Est-ce que chacun d’entre vous avait de la place pour faire exister son personnage ?

Frank Dubosc :
Chacun joue dans sa catégorie aussi, on a tous eu de la place…

José Garcia :
Il y a un dénominateur commun qui est qu’à partir du moment où l’on accepte ce genre de films avec tous ces acteurs, tout le monde a envie de jouer avec tout le monde. Et on ne vient pas pour se mesurer, ce qui serait totalement ridicule, mais on vient honnêtement pour partager. C’est quand même très agréable de jouer avec beaucoup d’acteurs car on a grande complicité, on se connaît et on apprend à se découvrir encore. Ce qui est super maintenant, c’est qu’on arrive à avoir envie de jouer les uns avec les autres, mais ce qui est embêtant, c’est qu’on aurait aimé faire ça dans pleins d’autres films, se retrouver avec les mêmes. Et c’est la première fois qu’on réunit comme ça un casting, et si ça été un peu brouillon pour Olivier [Dahan], pour nous, cela a été un vrai bonheur ! Comme dans un spectacle, quand il y en a un qui prend le dessus, l’autre reprend le derrière… Ça s’est fait naturellement.

Ramzy Bédia :
Quand l’un de nous était fatigué, il y en avait toujours un autre pour reprendre le flambeau.

Franck Dubosc :
Il n’y avait pas d’égo. En plus, quand on est tous en shorts (rires), l’égo disparaît très vite.

Journaliste :
Par rapport au tournage, avez-vous facilement accordé votre confiance à Olivier Dahan qui était novice dans le registre de la comédie ?

José Garcia :
La raison pour laquelle on a dit oui est qu’on savait qu’on n’allait pas avoir un réalisateur de comédie ; c'est-à-dire que la comédie, on la connait ! On a brassé assez de choses, nous ne serions pas venus, je pense, avec un réalisateur pur de comédie pour faire ce film-là, parce que justement, on aurait été dans un registre beaucoup plus dangereux pour nous tous. On n’aurait pas réagi de la même manière. Ce qui était bon, c’est qu’Olivier Dahan, tout le monde le respecte, nous sommes principalement venus pour lui, parce qu’on savait qu’on allait avoir un bon patron, qu’il allait nous emmener là où on n’avait pas l’habitude d’aller, nous faire faire des choses complètement différentes. Il n’attendait pas de nous qu’on fasse des numéros. Ce qui ressort de toutes les salles où l’on a pu présenter le film, c’est qu’il ne s’agit pas d’un coup commercial. Nous sommes vraiment venus pour jouer honnêtement. Chacun a quelque chose à défendre, chacun a un moment bien précis et tout est super bien équilibré, mais on est là pour servir l’histoire. Et c’est ceci qui nous a plu, d’avoir des partitions qui n’étaient pas de faire « gros nez rouge ».

Journaliste :
Chaque rôle a-t-il été écrit pour un acteur en particulier ou est-ce-que vous avez eu à choisir entre les propositions ?

Ramzy Bédia :
Non, je crois qu’Oliver Dahan et Isaac [Sharry, le producteur] avaient vraiment prévu leur coup. Ils sont venus nous proposer un rôle, il n’y a pas eu d’interchangeabilité, on a pris nos rôles…

Franck Dubosc :
Oui, ce qui nous correspondait le mieux aussi. Il fallait que ça soit rapide pour le spectateur de nous assimiler à un type de joueurs en particulier.

Journaliste :
Avez-vous eu des moments d’improvisation, ou au contraire, deviez-vous suivre précisément les directives d’Oliver Dahan ?

Frank Dubosc :
On a tous vu individuellement Oliver Dahan pour parler de nos personnages, pour les peaufiner. Mais après, une fois que ça tourne, c’était très écrit. La cour de récré était autour, à l’intérieur, il fallait faire ce qui était prévu.

Journaliste :
Concernant vos looks, avez-vous apporté votre touche personnelle ?

Ramzy Bédia :
Ce sont de vrais cheveux. (rires)

Frank Dubosc :
Oui, chacun a trouvé son look respectif avec la coiffeuse et les costumières. Didier [JoeyStarr] n’avait pas demandé son look, ce qui explique peut-être le résultat… Le but était aussi de ressembler, quelque peu, à certains footballeurs. Pour moi, je n’avais rien à voir avec celui-ci. Je devais ressembler à David Ginola, mais rien à voir !

Journaliste :
JoeyStarr, c’était votre première dans le registre de la comédie. Comment avez-vous appréhendé le tournage ?

JoeyStarr :
Effectivement, c’était ma première comédie, mais je n’avais pas l’impression de jouer dans le registre de la comédie. Je me sentais à l’aise avec eux, ça ne changeait pas grand-chose. Il n’y a pas eu d’effet d’appréhension, je me suis référé à eux.

Ramzy Bédia :
Si je peux me permettre de rajouter quelque chose, pendant qu’on tournait, sur les cinq, le seul qui n’était pas de la comédie, c’était Didier, et le seul qui était nominé aux Césars, c’était Didier aussi.

Franck Dubosc :
Ouais, mais dans « Polisse », il est drôle quand même. (rires)

Ramzy Bédia :
Donc, ça remet bien les choses en place pour nous aussi. Moi, je jouais avec un nominé aux Césars.

José Garcia :
Après, on a eu un autre outsider qui a fait 19 millions d’entrées. On a essayé de le briser, il arrivait à peine, on lui faisait des blagues au téléphone, il ne rigolait pas. On a donc essayé de le tacler. Et puis, il y avait également Jean-Pierre Marielle. Nous étions tous super respectueux et admiratifs, c’est quand même un type d’une prestance, d’une taille… Et la voix qui envoie. La première fois qu’il a déclamé son texte, on a quand même bien eu la chair de poule.

Journaliste :
Trouvez-vous vos personnages caricaturaux ?

José Garcia :
Je pense, avant tout, que ce sont des personnages extrêmement cabossés par la vie. Mais je pense que dans n’importe quel sport, dans n’importe quelle discipline sportive, les gens doivent s’arrêter à 35-40 ans, car ils ne peuvent plus continuer. Le sport a ses exigences. Et quand vous voyez aussi des gens qui se réinsèrent mal, on voit que le trait n’est pas si forcé que ça. Quand vous prenez un type comme Maradona, c’est très impressionnant de voir un gars qui a un parcours aussi exceptionnel et quand vous le voyez à certains moments, en train de jouer alors qu’il sort de l’hôpital… Voilà, c’est un trait forcé, mais le personnage est tellement unique qu’il est déjà très orignal par lui-même.

Frank Dubosc :
Il y a ça, mais on est également dans une comédie. Et quand les gens voient le casting, ils ont quand même envie aussi de voir certaines choses. Et puis pour les autres, il y a l’histoire, le personnage de José [Garcia] qui est plus normal. Il faut que ça aille vite aussi. Nos looks, qui apparaissent hauts en couleur, sont toutefois très proches du look de certains.

JoeyStarr :
Enfin dans les années 80 si tu veux, mais maintenant… (rires)

Franck Dubosc et José Garcia :
Oui mais nous, c’est là où on a laissé le foot.

Ramzy Bédia :
C’est vrai qu’à part Franck [Dubosc] qui a hérité d’une coupe moderne, pour nous, c’est autre chose !

Journaliste :
Vous étiez quasiment à huis-clos sur l’île de Molène durant le tournage. Comment s’est donc passé le tournage et quelle fût la réaction des habitants de l’île ?

José Garcia :
C’est encore pire que dans le film. Il y a rien, il y a un 8 à Huit mais il n’ouvre pas de 8h à 8h, il faut demander au gars d’ouvrir, sinon il reste fermé et on meurt de faim. (rires)

Ramzy Bédia :
On était des stars quand on avait des biscottes. C’était un peu Koh-Lanta. (rires)

José Garcia :
Il faut savoir que Molène, c’est 800 mètres de large, 1000 mètres de long. Donc, si vous vous prenez la tête avec quelqu’un, vous faîtes simplement le tour en râlant, vous retombez dessus (rires). La petite angoisse avant d’arriver là-bas, c’est de se dire que tout va bien se passer, parce que si ça se passe mal, on aura du mal à s’isoler. Mais quand nous sommes arrivés, ils étaient 100 et nous aussi. Donc on a doublé la population. On était tous chez les gens. Ils s’attendaient à un truc énorme, qu’on arrive avec des hélicoptères et des pumas, des explosions. Mais quand ils nous ont vu arriver avec nos valises, tranquillement, ils ont été super déçus. Puis, nous sommes allés boire un coup avec eux. Et là, je dois dire que nous sommes des vrais petits chefs (rires). On a eu le respect du Breton dans les cinq minutes. Le premier soir était décisif, le deuxième soir, nous étions copains comme cochons. Les gens de Molène étaient vraiment exceptionnels. Nous nous sommes vraiment éclatés, parce qu’on avait le temps de se connaître, de s’amuser, d’avoir des moments de vie. Et comme le soir, nous n’étions pas pris ailleurs, vu qu’il n’y a rien, on se retrouvait tous.

Journaliste :
Est-ce qu’au moment du tournage, vous aviez conscience qu’une grande partie du film était destinée à émouvoir ? Ou est-ce à la vision du long-métrage que vous avez découvert cette dimension émotionnelle ?

José Garcia :
Oui, lorsque l’on tournait les scènes dans le stade, on le sentait. Mais on savait surtout que c’était un film d’Olivier Dahan. Même s’il changeait de registre, on savait qu’il allait donner toute une humanité, et que ce n’était pas un spécialiste du football. Et c’est ça aussi qui nous a séduit, parce que je me suis dit que quelqu’un complètement dingue de football aurait travaillé sur des détails footballistiques ; il aurait perdu l’histoire. Olivier Dahan ne connaissant rien au football, il venait filmer des êtres humains. C’était ça le plus important, pour lui, comme pour nous.

JoeyStarr :
C’est vraiment ça qui nous a intéressés. Oliver m’a dit qu’il n’aimait pas le football. Avec n’importe qui, on aurait pu courir à l’accident, mais avec Dahan, c’est magique.

Journaliste :
Trouvez-vous qu’il y a un côté « conte de fée » dans le film ?

José Garcia :
Je crois qu’il existe des petites PME, des petits endroits qui sont en faillite, et qui arrivent, par un coup du sort, à s’en sortir, parce que tout le monde se donne la main. On a envie d’y croire, je crois qu’il y a eu un exemple récemment. En fait, on aimerait bien y croire, surtout par les temps qui courent. J’espère, en tout cas, que ça ne sera pas vraiment un conte de fée, mais qu’on aura plus d’histoires comme ça. Ça serait bien qu’il y ait des gens qui arrivent à redevenir patrons de leur petite entreprise pour ne pas être au chômage.

Frank Dubosc :
C’est une note d’optimisme !

Journaliste :
Comment s’est passé le tournage des scènes de football ?

José Garcia :
C’était très dur, notamment lorsqu’on a dû tourner dans le grand stade à Brest de nuit. Il y a eu pas mal de petits problèmes, de petits claquages. En fait, les joueurs de foot s’échauffent, et puis ils jouent pendant deux heures, et après basta ! Sauf que nous, même avec des vrais joueurs de foot autour de nous, on avait vachement de mal à garder la forme. D’abord c’est de nuit, il fait froid, donc les muscles se froissent plus vites. Deuxièmement, on s’arrête pendant un quart d’heure, le temps de changer les caméras notamment. Il faut alors se ré-échauffer, repartir pour ne pas se claquer. Et là, c’est super douloureux, parce que toutes les cinq minutes, on a l’impression qu’on va se péter un truc. C’est difficile de recommencer cinquante fois les mêmes sprints.

Journaliste :
Avez-vous été doublés pour ces scènes de football ?

Ensemble :
Non, jamais, personne ! (rires)

Christophe Hachez Envoyer un message au rédacteur

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