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INTERVIEW

ON EST FAIT POUR S'ENTENDRE

Pascal Elbé, Valérie Donzelli et Claudia Tagbo

réalisateur, scénariste et acteur, actrices

Dans son film « On est fait pour s’entendre » Pascal Elbé interprète un homme malentendant qui ne veut pas faire face a la réalité de son handicap. Valérie Donzelli joue sa voisine dont la sœur, veuve s’est installée chez elle et va nouer une relation plus ou moins compliquée avec cet homme. Quant à Claudia Tagbo, elle interprète une collègue professeure de ce cinquantenaire. Tous trois sont en interview avec des journalistes lyonnais, dont Abus de ciné.

Entretien Pascal Elbé, Valérie Donzelli et Claudia Tagbo, réalisateur-scénariste-acteur et actrices du film On est fait pour s'entendre
© Diaphana Distribution

L’origine du projet

Lorsque on lui demande comment est venue l’idée du film, Pascal Elbé répond avec malice « Hein ? » « Hein ? », feignant ne pas entendre la question. Il explique ensuite que cela lui est arrivé à lui et que c’est en lisant David Lodge ("La vie en sourdine"), qu’il a pu mettre des mots sur des choses que pouvaient ressentir lui et les autres « sourdingues ». Ainsi, son personnage a besoin de l’autre mais doit d’abord se respecter lui-même. Il souligne d’ailleurs qu’après une grande tournée d’avant-premières, il constate que beaucoup de gens lui disent « merci » à la fin de la séance. À la sortie du film ils ont un autre regard. Mais lui n’a jamais souhaité enfermer son film autour d’une question de handicap.

De la qualité du son autour d’un tel sujet

Pascal Elbé précise qu’il a souhaité se servir de tous les outils du cinéma et de sa grammaire pour essayer d’être dans une forme d’immersion, ce que le bouquin de David Lodge ne permettait pas. C’était en tout cas important pour lui, car il y a près de 11 millions de malentendants en France et la pollution sonore est de plus en plus forte. Il y a beaucoup de dépressifs chez les malentendants, qui se retrouvent isolés, car « ce qui nous relie aux autres, c’est le son ».

Une forme de comédie, afin de dédramatiser le propos

Pascal Elbe a souhaité exploiter les situations comiques liées à la surdité, comme le souligne Valérie Donzelli, créant une sorte de comédie « pour se faire entendre ». Il s’agit d’un handicap invisible donc « ingrat », où l’on passe son temps à faire répéter les choses et à expliquer son problème. Il fallait cependant pour son personnage, comme dans la vie, faire un pas de deux vis-à-vis du handicap, car chacun doit aller vers l’autre. Si dans le dossier de presse il avait déclaré que son film n’était pas une « comédie romantique » mais une « histoire de rencontre », il précise qu’il ne se voyait pas dans une comédie, et qu’il a écrit sans réellement savoir où il allait.

Il se trouve en réalité beaucoup plus sentimental aujourd’hui qu’à 30 ou 40 ans. Valérie Donzelli précise d’ailleurs qu’il est rare pour elle de voir un couple au cinéma qui approche la cinquantaine où les deux personnages sont a peu près de la même génération. Elle cite à ce titre le nouveau film d’Arnaud Desplechin, où Denis Podalydès et Lea Seydoux ont une liaison ("Tromperie"). Mais ici il y a une alchimie rare avec Sandrine Kiberlain « qui nous éloigne de la comédie romantique ». Pascal Elbé a en tout cas souhaité ne pas avoir de décorum estampillé « romantique ». Il a réduit ainsi tous les volumes, la quantité de couleurs, pour être le plus réaliste possible quant à l’appartement du professeur qu’il interprète.

Un entourage très féminin

Pascal Elbe indique être avant tout animé par ses personnages. Il précise qu’il n’écrit pas pour un acteur ou une actrice, car il estime qu’il ne les connaît pas assez bien. C’est seulement après le scénario, qu’il réfléchit, qu’il fantasme sur les noms. Si il est entouré d’hommes il a en fait tourné plus de films avec des femmes réalisatrices, Et pour celui-ci, qu’il a réalisé, il estime avoir eu « des princesses, des reine de la comédie » et que « c’était une chance ». Sandrine Kiberlain est une amie. Il suivait le travail de Valérie Donzelli, qui a accepté le rôle dès leur premier rendez-vous. Quant à Claudia Tagbo, il l’a rencontrée aux jeux olympiques de Rio où ils ont passé près de quatre jours ensemble, puis l’a recontactée. Au final « toutes les étoiles étaient alignés », c’était « une forme d’évidence ».

Quant au fait de jouer le personnage lui-même, il « en avait envie » et il était « le mieux placé pour l’interpréter ». D’ailleurs son personnage était au début un acteur est pas un enseignant, cela donnant quelques situations drôles avec un jeu sur la notion de casque (liée à un film de moyen âge que celui-ci devait tourner). Concernant la motivation à rejoindre le projet Valérie Donzelli a indiqué qu’elle résidait clairement dans le scénario du film, alors que pour Claudia Tagbo, elle avait très envie de travailler avec lui depuis leur rencontre à Rio, et ayant regardé à nouveau "Sur mes lèvres", elle s’est dit que ça pourrait être là son Audiard (rires).

Quelques moments compliqués

Valérie Donzelli indique que le tournage a été interrompu par la première vague de Covid. À l’époque ils ne savait pas ce que c’était, « il y avait une grosse inconnue ». Ce fut d’ailleurs « le premier tournage qui a repris ». Claudia Tagbo poursuit avec humour sur l’inquiétude de ne pas retrouver la petite, car les enfants peuvent beaucoup changer, en peu de temps, ou de l’éventuelle prise de poids des interprètes… pendant le confinement. Quant à Pascal Elbe, il indique ne pas avoir été traumatisé pendant cette période. Il a déconnecté, n’a pas regardé les rushs, et était surtout dans la recherche de nouvelles des autres.

On peut d’ailleurs voir une résonance entre le confinement et la situation de son personnage. Mais pour lui « quand on s’isole pour écrire c’est volontaire », alors que là on était dans quelque chose de contraint et personne n’arrivait à se projeter. Claudia Tagbo ironise d’ailleurs en indiquant qu’elle est presque « devenue prof de sport » durant cette période, en mode « coaching sportif via vidéo tous les jours a 18h ».

Des bienfaits du montage

Au départ le film faisait 1h55 et lors d’un visionnage avec le producteur, celui-ci lui a demandé d’enlever 15 minutes. Dès le lendemain il avait coupé 20 minutes, qualifiant ceci d’auto épuration. Pascal Elbé trouve d’ailleurs que « la salle de montage est une véritable école ». Il conseille d’ailleurs aux jeunes acteurs d’aller dans ce lieu pour « voir comment on découpe, comment on raconte une histoire ». Valérie Donzelli précise que cela peut cependant être traumatisant aussi pour un acteur, car il s’agit de « l’endroit où on fabrique le film », où l’on fait réellement de la direction d’acteurs.

Des influences ?

Pascal Elbé indique enfin qu’il regarde beaucoup de films étrangers (pour les sous-titres) et qu’il va au cinéma, car dans ce lieu il entend tout. Si les influences sont souvent inconscientes, il a en tout cas réalisé dans le film un hommage à "The kid" de Chaplin, avec les mêmes valeurs de plan.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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