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INTERVIEW

MENTEUR

Olivier Baroux et Tarek Boudali

Réalisateur-scénariste, acteur

Olivier Baroux et Tarek Boudali viennent présenter la comédie « Menteur ». Si l’acteur est décontracté, le réalisateur a l’air un peu plus tendu, visiblement fatigué par les nombreuses avant-premières publiques qu’il vient d’enchaîner. Mais l’échange est plutôt bon enfant.

Entretien Menteur
© Gaumont Distribution

Le lien qu’on peut établir entre mensonge et fiction est-il un atout ou une difficulté ?

Olivier Baroux : « C’est une mise en abyme, parce qu’effectivement le cinéma, c’est du mensonge. Pour ce film, c’est une adaptation [NLDR : un film québécois du même titre réalisé par Émile Gaudreault, sorti en 2019 mais pas en France], et ce qui m’a plu, c’est justement le mensonge. C’est la mécanique qui m’a attiré, le dispositif de comédie : un menteur qui voit tous ses mensonges se réaliser. Et le sujet est universel : de 7 à 77 ans, tout le monde est concerné par le mensonge. D’ailleurs, on ne pourrait pas vivre sans mensonge, sinon ce serait l’anarchie. Dans "Menteur", on traite de toutes les formes de mensonges : ceux sans gravité, ceux qui permettent de faciliter la vie, la mythomanie, les mensonges dangereux qui peuvent faire mal… Tout cela de manière légère, sous forme de comédie. »

La baleine, c’est un clin d’œil à Pinocchio ?

Olivier Baroux : « Non, pas du tout. Mais ça aurait pu ! Ce détail n’est pas dans le film québécois. Ça fait partie des mensonges poétiques : si le personnage dit ça, c’est qu’il voudrait vraiment qu’il y ait des baleines dans la baie de Nice. Il rêve, c’est un mensonge sympathique. »

C’est vrai qu’il y a une diversité de mensonges : quand il aborde la gamine en lui parlant du « Canichtan », par exemple, c’est très bienveillant.

Olivier Baroux : « Dans le film québécois, c’était autre chose mais c’était gentil aussi. Nous, ça nous faisait marrer et un adulte pourrait dire ça à une petite fille, imaginer qu’il y ait un pays de caniches. Pourquoi pas ? En Nouvelle-Zélande, il y a bien plus de moutons que d’habitants ! »

Quelles sont les différences avec le scénario du film québécois ?

Olivier Baroux : « J’ai gardé le meilleur du film, qui est excellent mais qui est vraiment fait pour le public québécois, avec cette culture nord-américaine qu’on a aussi mais beaucoup moins. Dans la version québécoise, le personnage est assez antipathique, on s’attache tardivement à lui. C’est peut-être, selon moi, le seul défaut du film. Je ne voulais pas ça, je voulais qu’on s’attache au personnage et qu’on le prenne comme un grand enfant qui se fait chopper en train de plonger le doigt dans la confiture. Il fallait que ce soit un feel-good movie familial. Donc il fallait accélérer, pour qu’il soit énervant cinq minutes mais pas plus. »

Qu’en est-il des moines ? Pourquoi cette introduction un peu mystique ?

Olivier Baroux : « Il y a ça dans le film québécois mais avec des moines tibétains. Moi, j’aime bien l’ambiance des moines catholiques, les costumes… Et j’adorais l’idée du mont Canigou qu’on est allé filmer en faisant croire que ce monastère était sur la Côte d’Azur. Et dans le délire mystique et religieux, je trouvais logique d’avoir des moines qui prennent ça comme un signe divin. »

Était-il prévu dès le départ qu’ils n’interviennent qu’au début ?

Olivier Baroux : « Ils devaient intervenir à la fin. Mais on a eu beaucoup de problèmes sur les séquences de fin qu’on devait tourner à Paris sur la Butte Montmartre. Avec le covid, on avait l’autorisation puis on ne l’avait plus, on a été obligés de se rapatrier sur une péniche, et puis l’acteur n’a finalement pas pu le faire donc j’ai décidé d’annuler cette séquence. Au montage, j’ai trouvé que ça ne manquait pas, qu’on n’avait pas besoin d’avoir la résolution du moine. »

Et pourquoi le choix de Nice comme décor ?

Olivier Baroux : « Principalement parce que Jérôme Berada travaille dans les yachts de luxe donc il nous fallait un endroit qui rénove ce genre de yachts, et c’est près de Toulon, à Saint-Mandrier. Pour des questions de production, on a rassemblé les autres décors à Nice et Saint-Jean-Cap-Ferrat. On a aussi tourné dans les studios de la Victorine, où on a pu faire l’appartement de Jérôme, la fromagerie… Et il y a l’avantage de la météo : je voulais que ce soit un film lumineux et on a eu un jour de pluie en un mois et demi de tournage. J’aurais pu filmer à Nantes et Saint-Nazaire, mais ça n’aurait pas été le même film. »

Comment Tarek Boudali est-il arrivé sur le projet ?

Olivier Baroux : « Ce choix est arrivé très vite, à la fin du premier mois d’écriture. »

Tarek Boudali : « Olivier m’a envoyé un message sur Instagram : "Salut, c’est Olivier Baroux, j’ai plus ton numéro". En fait, il m’avait donné mon tout premier rôle au cinéma dans "L’Italien". À l’époque, j’étais comme un fou, je jouais le frère de Kad Merad. Quand je reçois le message sur Instagram, je crois d’abord à une blague. Et comme j’ai encore son numéro, je lui envoie un texto pour être sûr que c’est bien lui ! »

Comme la grande majorité des films, le tournage n’a pas été fait dans l’ordre du scénario. Comment avez-vous jonglé avec les différentes émotions du personnage ?

Tarek Boudali : « C’est vrai que dans le cinéma, de manière générale, on est dans notre vie de tous les jours, on peut avoir des bonnes ou des mauvaises nouvelles, et deux minutes après, il faut entrer dans une séquence, donc il faut réussir à déconnecter et entrer dans le personnage. Moi, j’aime ça ! À l’inverse du théâtre où c’est beaucoup plus progressif. »

Et Pauline Clément parlait-elle déjà russe ? Car elle a un bel accent !

Olivier Baroux : « Non, elle avait une répétiteuse. Et sur les longs dialogues, elle avait une oreillette et la répétiteuse russe lui donnait la phrase juste avant, pour les bonnes intonations, le bon accent. Pauline avait appris son texte phonétiquement par cœur mais il lui fallait l’accent. Je lui disais qu’elle avait le droit d’avoir un petit accent français, de ne pas se mettre de pression, mais elle voulait que ce soit crédible donc elle a bossé ! Comédie-Française ! »

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur

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