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INTERVIEW

LE ROI SOLEIL

Vincent Maël Cardona et Sofiane Zermani (Fianso)

réalisateur-scénariste, acteur

Accompagné de son acteur Sofiane Zermani, le réalisateur Vincent Maël Cardona, césarisé en 2022 pour « Les Magnétiques« , vient nous parler de son deuxième long métrage.

© StudioCanal

Un ticket de loto maudit

Dans "Le Roi Soleil", Vincent Maël Cardona joue volontiers sur les oppositions entre choisir de faire le bien ou de faire le mal, voire sur la manière de faire le bien en faisant le mal. On trouve également dans le film quelque chose de l’ordre du miracle qui devient une malédiction. Vincent Maël Cardona s’en explique : « Pour moi, ce sont les qualificatifs des deux invraisemblables qui ont frappé le début du film ! Le miracle : gagner au loto ; la malédiction : mourir d’une balle perdue. Et c’est ça qui est en question pendant tout le film : est-ce un miracle ou une malédiction ? Nous spectateurs, en connaissant les codes de la fiction, on sait que c’est une malédiction ! »

Sur le fond et la forme

Quelle est la bonne forme d’un film comme "Le Roi Soleil" quand on veut raconter une histoire et être, à la fois, juste avec le fond et avec le propos du film ? Pour Vincent Maël Cardona, la question s’est très vite posée. « J’ai d’abord été intéressé dans l’histoire par la mise en abyme d’un film qui parle de personnages qui se font un film et qui vont se perdre dans cet exercice de scénarisation. Alors comment trouver une forme pour jouer autour de cette mise en abyme ? Très vite, arrive l’idée des ruptures de points de vue, suivies des structures en miroir, puis du théâtre baroque et du trompe-l’œil. L’idée première c’est "Rashomon" [d’Akira Kurozawa, 1950], c’est de se dire qu’on nous raconte différents points de vue avec des incohérences et de se demander où est la vérité. »

Le défi d’un tournage en lieu clos

Comment placer sa caméra dans un lieu de tournage aussi exigu ? Comment ne pas lasser le spectateur avec la redondance des histoires racontées grâce à une variété de plans ? Pour Vincent Maël Cardona, le défi était bien présent : « Je crois qu’on voit bien que le film joue la question de la mise en scène, c’est-à-dire comment est-ce qu’on raconte, comment on se place dans l’espace, comment on diversifie la mise en scène et comment on joue avec le décor. Se frotter à la forme du huis-clos, c’était le point de départ de l’excitation du projet avec mon équipe ! On savait qu’on allait pouvoir fabriquer un décor, des espaces modulables par rapport à l’histoire mais aussi par rapport au placement de la caméra, c’était merveilleux ! »

Mélange des genres…

S’il s’est fait plaisir sur les décors, Vincent Maël Cardona a aussi été généreux sur les genres convoqués dans son long métrage ! Film de braquage, thriller, western… « Oui, c’est vrai, même peut-être trop », concède-t-il ! "Le Roi Soleil" débute à Versailles au XVIIe siècle, comme un film d’époque, univers que Vincent Maël Cardona aime beaucoup ; il ne serait d’ailleurs pas contre faire un film en costumes : « C’est très drôle à faire, très intéressant, on est amenés à travailler avec des personnes spécialisées. C’était très frustrant pour moi et la costumière de nous limiter à ces quelques plans ! Sans parler des décors, de Versailles où on a eu la possibilité de se retrouver de nuit dans la galerie des Glaces, ça fait partie des expériences géniales. Et j’ai des idées de film d’époque ! »

… et distribution multiculturelle

Dans "Le Roi Soleil", le casting aligne une variété de profils représentant la diversité de notre époque, mais Vincent Maël Cardona se défend d’avoir voulu répondre à un cahier des charges multiculturel : « À aucun moment, on s’est dit qu’il fallait une distribution multiculturelle. Par contre, le bar-tabac, c’est une espèce de métaphore de l’espace public et je sentais une notion de bouquet dans notre scénario, avec des fleurs spécifiques. J’ai donc apporté une attention particulière pour faire en sorte que dans la distribution, il y ait aussi de grandes différences de typologie de jeu. »

Une introduction de liaison

L’ouverture du film se déroule donc au château de Versailles avant de se poursuivre dans le bar-PMU du nom du Roi Soleil, et les deux éléments arrivent bout à bout dans une forme de continuité et de liaison entre les deux : « Il y a d’abord eu l’idée du huis-clos, puis dans la recherche d’élaboration du scénario, on tombe sur ce fait historique incongru concernant Casanova, en se disant que ce serait super que le film commence avec cette histoire-là. Alors ne serait-il pas intéressant de situer le bar juste à côté en reliant spatialement ces deux lieux avec ce chien-oracle qui nous emmène jusqu’au théâtre de l’action du huis-clos ? Ce qui nous a convaincu de faire ça, c’était notre envie de filmer une grande fiction "démonétisée", c’est-à-dire que le Roi Soleil a été cette grande fiction dans laquelle il y avait toute une organisation sociale qui dépendait de cette croyance, et on voulait voir ce qu’il en était aujourd’hui : de nos jours, on est revenu de cette croyance, à tel point que ça peut être le nom d’un bar ! C’était une manière, politiquement, de s’interroger sur la fiction aujourd’hui. »

Une rencontre imprévue…

Sofiane Zermani est arrivé avec beaucoup de chance sur ce projet et a pu travailler avec le réalisateur sur le personnage qu’il allait incarner : « J’avais eu accès au scénario par mon agent qui voulait absolument que je participe à cette aventure. J’avais adoré la lecture du scénario et à la première rencontre avec Vincent [Maël Cardona], ça l’a fait, on s’est rapidement donnés envie de bosser ensemble ! J’étais heureux de pouvoir lui ouvrir des perspectives sur un personnage en le personnifiant et qu’il puisse s’y projeter et m’imaginer derrière sa caméra. »

… pour un rôle pas si inattendu…

Sofiane Zermani a d’abord eu une carrière de rappeur et pour ses débuts sur les plateaux de tournage, il a surtout reçu des propositions de rôles de petit voyou. « Ces rôles, je les ai plus esquivés qu’autre chose, j’ai d’ailleurs fait le flic avant de faire le voyou, et après j’ai eu quelques rôles de hors-la-loi, mais je pense que j’ai davantage joué le flic que le voyou ! C’était une volonté de ne pas donner du "Fianso", je préférais présenter "Sofiane". Je pense que j’ai plein d’autres qualités et que j’ai autre chose à montrer que des millions de followers ou des disques vendus. Je peux incarner un personnage, servir une histoire, faire partie d’une équipe, comme un acteur à part entière ! » Et le comédien de 39 ans, qui a déjà 10 ans de carrière derrière lui, se rêve plus loin : « Il y a d’autres disciplines dans le cinéma qui m’intéressent comme produire, réaliser et écrire. Ça commence à gratter ! »

… et tellement kiffant à jouer !

Sofiane Zermani revient sur l’acting concernant son personnage de flic qui évolue constamment au fil du film : « C’est du bonbon, surtout quand mon réalisateur prend mes idées, m’écoute, me dit "Si tu le vois comme ça, essaye" ! Donc oui, ce rôle c’était de la bombe, en plus j’ai adoré le côté troupe qui a facilité le feeling entre nous. Sofiane et Pio [Marmaï] sont rapidement devenus Reda et Livio, et il n’y avait qu’une ligne entre les deux, on s’entendait super bien ! Les conversations de nos personnages ressemblaient beaucoup à celles qu’on avait entre deux prises ! Et je sentais que mon metteur en scène avait envie de faire un truc avec moi ; le truc humain a rapidement dépassé le cadre du plateau. Ce tournage c’était de bonnes vibes, un bon délire, j’étais rapidement en confiance, parce que j’ai vite compris qu’il [Vincent Maël Cardona] maîtrisait son "karaté" de manière très précise. »

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur

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