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INTERVIEW

DUEL À MONTE-CARLO DEL NORTE

Bill Plympton

Réalisateur et scénariste

C’est au Comœdia que nous rencontrons Bill Plympton, qui régit à nos questions avec enthousiasme et générosité, montrant parfois ses dessins originaux ou réalisant des croquis tout en répondant.

© ED Distribution

Quelles sont vos influences ? La première scène du film peut faire penser à Lucky Luke, est-ce volontaire ?

Bill Plympton : « J'aime Lucky Luke, mais on a l'impression que le personnage va mourir dans le désert et ça fait plus référence à Clint Eastwood. J'ai voulu faire un western comme Mel Brooks. Vous connaissez "Le shérif est en prison" ? C’est un de mes films préférés. Et mon humour est très anglais, avec un humour pince-sans-rire comme les Monty Python. Certaines personnes pensent d’ailleurs que je suis anglais ! »

Pouvez-vous nous parler du personnage Slide et du choix de ce nom, qui est aussi le titre original du film ?

Bill Plympton : « Quand j'étais jeune, je jouais moi-même de la slide guitar à New York, dans les bars, avec Maureen McElheron, qui est la compositrice de la musique du film, avec qui je travaille depuis toujours depuis les années 70. J'ai toujours aimé le son de la slide guitar, très country-western, et c’est un bel instrument, et il y a aussi la pedal steel, que le personnage joue quand Delilah chante sur scène, lente et triste. Le personnage de Slide est un lone ranger, qui est modélisé d’après Clint Eastwood, mais aussi Marlon Brando. Et le mot « slide » a un double sens [NDLR : en anglais, le verbe « slide » signifier « glisser »] : il se glisse dans la ville très doucement, puis il fait face à la corruption, et il s'envole. »

À propos de la musique du film, quand a-t-elle été créée ?

Bill Plympton : « Elle a été faite pendant la création du film. Maureen McElheron a écrit toute la musique, chanté les chansons, écrit les paroles, et elle est aussi la voix de Delilah. Quand je lui ai parlé de ce film, elle était très enthousiaste parce qu'elle aime la musique country. Je lui ai parlé de l’histoire et je lui ai demandé à quels moments elle pensait qu’il était approprié de mettre des chansons. Elle a peut-être mis deux ans à écrire les chansons. À la fin du film, on est allés en Caroline du Nord, où vit Hank Bones, qui joue la guitare et tous les instruments, et ils ont tout en enregistré en deux jours. Ma chanson préférée, c'est "Hellbug", ça sonne comme du Johnny Cash. »

Comment financez-vous vos films ?

Bill Plympton : « Grâce à l’aide du CNC, j’ai eu un plus gros budget pour ce film. Parce que je finance moi-même mes films. Je fais de l'argent en vendant mes films, bien sûr, mais aussi en vendant mes dessins, et je suis payé pour des masterclass, je vais dans des congrès... Au Comic Con à New York, je fais beaucoup d'argent en vendant des dessins originaux, comme celui des "Simpson" [NDLR : il montre ses dessins d’Homer Simpson créés pour l’épisode 13 de la saison 29]. Tout ce que je gagne, je le réinvestis dans mes films. Mais c'est une économie très précaire, c'est compliqué. Et ce film a été produit en partie au moment du Covid, à une époque où tous mes revenus se sont arrêtés parce qu'il n'y avait plus de festivals, plus de conférences, etc. J'ai donc dû arrêter pendant un temps la production du film pour me concentrer sur des projets plus commerciaux comme des publicités, pour pouvoir subvenir à mes besoins. D’habitude, je passe trois ou quatre ans pour faire un film, cette fois-ci, c'était sept ans. »

Pouvez-vous justement nous parler du travail que vous avez fait pour "Les Simpson" ?

Bill Plympton : « Je suis très proche de Matt Groening, le créateur des "Simpson". J’ai rencontré le père de Matt Groening, Homer Groening, quand j’avais 22 ans. Un jour, Homer m’a invité chez lui, et par terre, il y avait un gamin de 14 ans en train de dessiner des cartoons. Je lui ai dit que ce qu’il faisait était vraiment bien, et cet enfant, c'était Matt Groening. On est devenus très amis, on se voit souvent, je le vois dès que je vais à Los Angeles. Un jour, il m’a demandé si je pouvais faire des animations pour les "Simpson". C’est comme ça que j’ai dessiné Homer Simpson comme dans mon court métrage "Your Face". C’est devenu le gag du canapé le plus populaire de tous les "Simpson". »

Pouvez-vous nous parler de la participation du studio français Folimage pour ce film ?

Bill Plympton : « Comme le film est en partie financé en France, il fallait travailler en France pour justifier ça donc on a fait le tour des studios d'animation avec qui on pouvait travailler. Le seul studio qui faisait encore de la 2D, c'était Folimage. Ils ont fait la mise en couleur d’une partie du film, car personne d'autre ne fait de dessins dans mes films, seulement moi, parce que j'adore dessiner, je ne peux pas m'en empêcher. Pour ce film, j’ai fait 40 000 dessins. »

À propos des couleurs, votre nouveau film est moins coloré que d’habitude, c’est plus sombre, avec des tonalités marrons, qui peuvent par exemple évoquer "Les Triplettes de Belleville" de Sylvain Chomet. Qu’en dites-vous ?

Bill Plympton : « Au début, l'idée était que ce soit très coloré, comme d'habitude. Et quand j'ai vu ce que faisait Folimage, ce qu’ils proposaient, j’ai pensé que c'était parfait. Cela faisait comme un ancien film de cow-boys, cela correspondait bien à l’histoire. »

Peut-on faire parallèle, dans le film, entre la volonté de dominer la nature et de dominer les femmes ?

Bill Plympton : « J'ai voulu montrer comment ces bûcherons étaient prêts à détruire tout l'écosystème et la nature pour construire un hôtel de luxe ou un casino ou quelque chose de fou. Et bien sûr, la présence du bordel, est un des éléments de la corruption dans ce film. Delilah, la jeune femme qui tombe amoureuse de Slyde et qui rêve de chanter, se trouve obligée de travailler dans ce bordel, de se prostituer. C'est l’aspect sérieux de ce film-là, ce qui est un peu une exception, parce que j’aime plutôt faire des blagues en général, mais je me suis dit qu'il y avait un sujet important à traiter. »

Tout le long du film, on pense beaucoup à cette Amérique de Trump complètement délirante. Vous n’avez pas envie de faire un film qui critique et caricature directement Trump ?

Bill Plympton : « Je l’ai fait avec "Trump Bites" [NDLR : série satirique commencée en 2018, avec des épisodes de 5 minutes, diffusée en France sur Arte]. Mais faire cela en film, c'est dangereux car les choses se passent si vite et c’est long de faire un film d’animation. Dans deux ou trois ans, Trump sera parti, il n'y aurait plus personne pour s’intéresser à un tel film, plus personne pour l’acheter. »

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur

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