INTERVIEW

CARAVANE

Zuzana Kirchnerova

réalisatrice et scénariste

C’est durant le Festival de Cannes, à l’occasion de la présentation de son film à Un Cerain regard, que nous avons pu rencontrer la réalisatrice et scénariste tchèque Zuzana Kirchnerova. Elle revient avec nous durant une dizaine de minutes sur la création de « Caravane« .

© Les Alchimistes

Partir d’un sujet très proche de soi

Journaliste :
J'ai lu que c'était un sujet très proche de vous, puisque votre fils est atteint de trisomie. Mais comment est venu du coup ce projet ? C'était une envie de raconter une parenthèse de liberté dans la vie de cette mère qui est très aimante, mais qui ressent quand même une certaine contrainte dans l'éducation et l'attention qu'elle doit toujours avoir envers son fils ?

Zuzana Kirchnerova :
Voilà, c'est un sujet très très personnel pour moi. Même si moi je ne suis pas allée en Italie. Si ce n'est pas exactement mon histoire. Je dois toujours faire des films qui sont très proches de moi. C'est par choix, je ne sais pas le faire autrement. Et j'aime bien les films qui sont émotionnels, où on est très proche des corps, où on est très proche des personnages. Je dois raconter des choses qui sont proches de moi. C'est grâce à ça que je sais faire des films.

Journaliste :
Jusque là, vous aviez fait des documentaires, c'est ça ?

Zuzana Kirchnerova :
Pas seulement. J'ai étudié à la FAMO (Film Academy of Miroslav Ondrice), j'étais dans la promotion cinéma de fiction. J'ai fait "Baba", qui était un film de fiction, qui a gagné ici le prix à la Ciné Fondation. Et puis, après j'avais mon fils, donc il n'était pas vraiment possible que je travaille dans la fiction, puisque ça prend plus de temps, plus d'énergie. Donc j'ai fait pas mal de documentaires, surtout pour vivre.

Offrir une parenthèse de liberté au personnage de la mère

Journaliste :
Cette liberté, c'est le personnage de Zuza qui l'incarne. Comment vous avez construit finalement les deux personnages ? Ce sont deux personnages qui sont au départ un peu en opposition, mais qui sont quelque part les deux facettes potentiellement de la même personne ?

Zuzana Kirchnerova :
Pour moi Zuza, c'est un jeune alter-ego d'Ester. J'imagine que Ester quand elle était jeune, elle était un peu comme Zuza.

Journaliste :
C'est pour ça que vous lui avez donné votre prénom finalement... ? [Rires]

Zuzana Kirchnerova :
C'était un peu une blague. Mais je me sens très proche de Zuza.

Ne plus taire le besoin de retrouver une sexualité

Journaliste :
Vous abordez aussi finalement la difficulté ou le besoin de cette femme, qui est très focalisée sur son fils, même si elle va voir ses amis en Italie, de retrouver une sexualité. Comment vous avez envisagé les différentes rencontres masculines au fil du film ? Et finalement pour ce personnage, on sent qu'elle a ce besoin-là de retrouver quelque chose et qu'au contraire, le personnage de la jeune femme (Zuza), elle est plus méfiante vis-à-vis des hommes. Elle est plus dans le rejet et le passage à autre chose un peu à chaque fois....

Zuzana Kirchnerova :
Je pense que pour moi c'est très important ce dialogue quand elle dit qu'elle a bien aimé tout ce qui passait avec le premier fermier. Puisque c'est vraiment très difficile, surtout pour une femme, pour une mère, d'avouer qu'on a ce besoin-là. On a beaucoup parlé de ce dialogue avec Aňa, l'actrice principale. On s'est dit que c'est vraiment là où le personnage se transforme. Ces hommes différents, ce sont vraiment les hommes qui l'aident à se transformer.

Retranscrire la complicité avec un fils trisomique

Journaliste :
Il y a une grande complicité avec son fils. Comment est venue l'idée notamment de la très belle scène sur la plage privée, que vous avez choisie de nuit, mais avec toute cette idée des coups de soleil, des lunettes de soleil, etc. ?

Zuzana Kirchnerova :
Ça, je sais exactement. Avec ma productrice, on était en Italie, on a voulu nager sur une plage et on s'est un peu... incrusté dans une plage privée pendant la nuit. J'ai nagé? D'où l'idée de cette scène-là.

Jouer, comme lui, avec la lumière et la transparence

Journaliste :
Le fils a une espèce d'obsession pour la transparence, la lumière. Vous utilisez les tissus, le plastique. On voit aussi beaucoup ses doigts, il y a comme une grosse importance des mains. Pourquoi ça en fait ?

Zuzana Kirchnerova :
Parce que les gens autistes, ils font ça. Mon fils, il adore la lumière, il aime bien toucher des choses, il adore les structures différentes. Moi, j'adore l'observer et ça m'aide beaucoup en tant que cinéaste de voir ce qu'il fait. Il joue vraiment avec la lumière, il pouvait jouer avec des ombres pendant des heures. Et c'est vraiment cinématographiquement c'est très parlant.

Situer le film à l’articulation de l’été et de l’automne

Journaliste :
C'est important de situer cette histoire à la fin de l'été ? Pourquoi en Italie déjà d'une part et pourquoi à ce moment-là ?

Zuzana Kirchnerova :
Pourquoi en Italie ? Parce qu'il y a plusieurs raisons. Il y a 20 ans, les jeunes filles tchèques sont allées souvent en Italie pour travailler dans les fermes ou comme jeunes filles Au Pair, etc. Deuxièmement, pour la Tchéquie, comme on est un pays qui est sans mer, l'Italie c'est la mer la plus proche. C'est assez proche et c'est une sorte de rêve d'été, l'Italie. Pas tellement maintenant, car on voyage plus. Mais il y a 20 ans, l'Italie c'était vraiment quelque chose de très beau. Et puis j'adore la lumière italienne. Et ce que j'adore en Italie, c'est que quand on voyage du nord au sud, ça change énormément. Si vous imaginez Milano et la Calabria, ce sont vraiment des mondes différents. Donc c'est toujours à chaque fois une Italie différente.

Et puis j'aime bien votre question sur la fin de l'été, puisque c'était très important. C'était très symbolique pour moi. Il y a l'été, et puis c'est l'automne qui commence, c'est la vie réelle qui revient.

Concevoir une difficile scène de lutte

Journaliste :
C'est de là d'où vient beaucoup d'émotion dans le film. Et la scène de lutte... Au début, quand elle est chez les amis en Italie, elle est plus à essayer de maîtriser les crises de son fils. Mais ça n'en vient pas à une vraie bagarre. Et cette scène-là, du coup, dans la caravane plus tard, comment avez vous amené cela avec les acteurs? Ça a été difficile à tourner ?

Zuzana Kirchnerova :
Non, pas tellement. En fait, je pense que c'était plus difficile pour moi, psychologiquement, de voir ça depuis derrière la caméra. Mais pour les acteurs, on a essayé de le faire de la manière que, surtout pour David, que ce soit une sorte de jeu. Comme il est très sportif, il adore le sport, il est un athlète. Donc je pense que pour lui, c'était plutôt du sport qu'une vraie bataille.

Ce jeune acteur (David Vostrčil), il est trisomique, mais il n'est pas autiste. C'est un garçon qui est vraiment autonome. Il parle à son téléphone portable, a une petite amie et est vraiment autonome.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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