INTERVIEW

L'ARMÉE DU CRIME

Jérémy Denisty

A l’occasion de la sortie de « L’Armée du crime », le réalisateur Robert Guédiguian est venu présenter son dernier film, accompagné de l’actrice Virginie Ledoyen. Compte-rendu.

D’origine arménienne et cinéaste militant depuis ses débuts, Robert Guédiguan explique, pour commencer l’entretie…

© StudioCanal

A l'occasion de la sortie de "L'Armée du crime", le réalisateur Robert Guédiguian est venu présenter son dernier film, accompagné de l'actrice Virginie Ledoyen. Compte-rendu.

D'origine arménienne et cinéaste militant depuis ses débuts, Robert Guédiguan explique, pour commencer l'entretien, que même si beaucoup de journalistes se sont étonnés de ne pas voir ce sujet traité plus tôt dans sa filmographie, il n'avait pas ce projet depuis longtemps dans ses cartons. C'est Serge Leperon, co-scénariste du film, qui lui avait proposé d'adapter cette histoire méconnue de jeunes résistants immigrés de divers horizons et de leur chef arménien Missak Manouchian. Cette dimension de protagonistes cosmopolites unis autour d'un même objectif a séduit le réalisateur. Il s'agissait d'un sujet intéressant à traiter, en particulier en cette période de repli communautaire.

Pour monter le scénario et coller au plus près de l'histoire, Guédiguian indique s'être servi d'écrits (lettres et poèmes de Manouchian notamment). Des proches des résistants ont aussi apporté leurs témoignages et rencontré l'équipe du film avant le tournage. Virginie Ledoyen ne s'est, quant à elle, pas vraiment servie des écrits pour la composition de son personnage, celui de la femme de Manouchian. Elle précise que le scénario d'origine avait assez de matière pour comprendre et interpréter les réactions de Mélinée, qui se caractérise notamment pas l'admiration pour son mari et pour ses idéaux nobles.

Même si ses actes de résistance sont plus anodins (transport d'armes, par exemple), le couple Manouchian est animé par le sens de la liberté. L'actrice dit s'être donc attachée à retranscrire le rôle de la femme résistante de l'époque même si elle avoue du bout des lèvres qu'elle aurait aussi aimé avoir le rôle de Missak. Guédiguian ajoute que Missak Manouchian prend les armes à contre cœur. Il se voit comme un combattant pour la vie et la perspective de donner la mort, même à un ennemi, le révulse. Néanmoins, il est obligé de prendre part à cette violence face à un ennemi qui ne veut pas dialoguer.

Guédiguian reconnaît que son seizième long métrage est beaucoup plus touffu et dense, notamment en matière de casting, que ses autres films. Néanmoins, la difficulté ne se situait pas au niveau de la quantité mais plutôt au niveau du traitement. Comment parvenir à retranscrire l'héroïsme des résistants du Mouvement Ouvrier International tout en évitant de leur enlever de l'humanité ? Pour ce faire, le réalisateur confesse qu'il a choisi de prendre une position manichéenne en dépeignant les brigades spéciales de la police française comme des "méchants", à la manière d'un western.

Il reconnaît toutefois que le personnage de Darroussin, l'inspecteur Pujol, peut paraître ambigu au regard de son comportement envers la jeune juive Monique Stern, mais qu'au fond, il se réfugie derrière les ordres qu'on lui donne. Concernant les résistants, l'un des partis-pris de départ était de les montrer au sein de leur cellule familiale afin de se rendre compte de ce qu'il coûtait d'être résistant à l'époque. Pour le réalisateur, il fallait montrer qu'il s'agissait de jeunes, avant tout, comme au travers de la scène du cabaret.

Pour conclure, Robert Guédiguian nous fait part de ses projets toujours aussi engagés. L'un d'entre eux est inspiré d'un livre de Charlotte Delbo sur la déportation.

Alexandre Romanazzi Envoyer un message au rédacteur

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