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INTERVIEW

VILLA AMALIA

Journaliste:
Ce film est une adaptation, qu’avez-vous emprunté chez Pascal Quignard?

Benoît Jacquot:
Quand il m’a présenté ce livre, j’ai eu l’intuition qu’il était destiné à ma caméra. Ce livre a des points communs avec des thèmes qui travaillent mes films, not…

© EuropaCorp Distribution

Journaliste:
Ce film est une adaptation, qu’avez-vous emprunté chez Pascal Quignard?

Benoît Jacquot:
Quand il m’a présenté ce livre, j’ai eu l’intuition qu’il était destiné à ma caméra. Ce livre a des points communs avec des thèmes qui travaillent mes films, notamment celui d’une femme qui cherche un ailleurs. Je n’aurais pas pu l’écrire moi-même, le film ne traite d’ailleurs pas ces thèmes comme le fait Quignard, il n’a d’ailleurs pas participé pour me laisser le champ libre.

Journaliste:
Comment décririez-vous cette différence de traitement?

Benoît Jacquot:
Chez Quignard, il y a quelque chose de l’ordre, de la boucle, de la volute. Je fais dans le trait.

Journaliste:
Qu’il y ait un livre au départ change-t-il quelque chose?

Benoît Jacquot:
Pas du tout. Je l’utilise pour en faire mon usage, ce qui est le plus important c’est avec qui je vais le faire. Je choisis le livre en fonction de la personne avec qui j’ai envie de faire le film.

Journaliste:
Puisque vous évoquez Isabelle Huppert, comment expliquez-vous ces retrouvailles chroniques avec cette actrice?

Benoît Jacquot:
Son art rejoint le mien, nous avons des partitions communes. Je m’entends de façon prodigieuse avec elle, dans la vie et au cinéma.

Journaliste:
Vous utilisez le mot partition, quel est le rapport musical dans votre travail?

Benoît Jacquot:
J’ai tout de suite vu une version musicale du scénario, j’en avais entendu des maquettes pour l’avoir dans l’oreille au moment du tournage. La musique se fait par fragments, par morceaux. J’ai crée un relief de temps, des moments contemplatifs et d’autres plus dynamiques. Le jeu d’Isabelle obéit à cette fragmentation.

Journaliste:
La scène de la coupe de cheveux est clé dans le film?

Benoît Jacquot:
C’est forcément violent une femme qui se coupe les cheveux. Isabelle avait une réelle anxiété car elle avait les cheveux longs depuis des années, c’était très important pour elle. A ce moment là, on sent une inquiétude, puis lorsqu’elle se regarde on capte cette joie, la surprise de se découvrir.

Journaliste:
Cette maison existe vraiment?

Benoît Jacquot:
Le lieu existait, la maison a été transformée, puis remise dans son état d’origine car le propriétaire le souhaitait.

Journaliste:
En lisant le roman, vous êtes-vous projetée dans le rôle?

Isabelle Huppert:
Je ne me souviens pas de quand je l’ai lu. Si c’était avant, après. Ce qui m’a plu, c’est que le film offre une série d’hypothèses, de portes, c’est pour ça qu’il résonne à l’infini pour chacun. C’est une fuite, une rupture, mais pour quelles raisons? Elle semble près de quelque chose dont il ne faut pas qu’elle s’approche de trop près pour ne pas se mettre en danger.

Journaliste:
Sa fuite est très organisée…

Benoît Jacquot:
Ce sont les conditions qui sont très organisées. Tout le monde s’est dit un jour qu’il voulait une autre vie, qu’il souhaitait être ailleurs. Comme elle décide de le faire entièrement, cela se précise de façon opiniâtre, maniaque. Mais après elle erre. Son trajet est d’ailleurs très étrange. Elle semble chercher de la hauteur, puis redescend vers la lumière. C’est un mélange d’errance et d’obstination, elle cherche pour trouver.

Journaliste:
Aviez-vous en tête les autres personnages?

Benoît Jacquot:
En rapport avec Isabelle, j’ai pensé les autres comme les planètes autour du soleil. J’avais beaucoup apprécié la façon d’être acteur de Jean-Hugues Anglade, j’aime sa présence sans jamais chercher à surplomber le film, il est très modeste. J’aime ce qu’il amène émotivement, qui convient très bien à Isabelle.

Journaliste:
Le temps de gestation du projet a-t-il été long?

Benoît Jacquot:
Non, au contraire, très rapide. J’avais lu le livre avant sa sortie, puis le temps de faire le scénario, attendre qu’Isabelle soit libre, que ce soit l’été, tout simplement. Je crois que les films que je fais avec elle, je les fais pour l’attendre.

Journaliste:
Isabelle, avez-vous suivi une préparation physique pour le film?

Isabelle Huppert:
Oui, j’ai nagé tous les jours. J’ai adoré ça. Je me suis également remise au piano, c’était intense.

Journaliste:
Pourquoi ce cinquième film ensemble?

Isabelle Huppert:
C’est l’évidence.

Benoît Jacquot:
J’avais besoin qu’elle me fasse savoir qu’elle avait très envie de tourner avec moi.

Isabelle Huppert:
Et après ça devient très agréable de se retrouver !

Journaliste:
Quels sont vos projets à venir?

Isabelle Huppert:
Je vais commencer un film avec Marc Fitoussi la semaine prochaine où ma fille jouera ma filleule.

Benoît Jacquot:
Je vais faire un film d’après André Gide sur «Les faux monnayeurs».

Journaliste:
Isabelle, vous êtes présidente du festival de Cannes cette année, comment abordez-vous cette mission?

Isabelle Huppert:
Je n’ai aucun plan d’attaque, au contraire je vais me laisser porter.

Camille Chignier Envoyer un message au rédacteur

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