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INTERVIEW

POLISSE

Journaliste :
Quelle est la part d’improvisation par rapport au scénario d’origine ?

Marina Foïs :
Cette part d’impro chez Maïwenn est assez difficile à expliquer, car c’est assez subtil. En fait, toutes les scènes d’interrogatoire, de garde à vue, les auditions…

© Mars Distribution

Journaliste :
Quelle est la part d’improvisation par rapport au scénario d’origine ?

Marina Foïs :
Cette part d’impro chez Maïwenn est assez difficile à expliquer, car c’est assez subtil. En fait, toutes les scènes d’interrogatoire, de garde à vue, les auditions par la Brigades des Mineurs étaient très écrites, car on n’est pas des professionnels et que l’on risquait de dire un peu n’importe quoi. Aussi, parce que l’échange de contenu était très important. En revanche, pour toutes les scènes de la vie du groupe, de boîte de nuit, de délire, ou pour tout ce qui se passe dans la cuisine quand on boit des cafés et que l’on fume des clopes, c’était plus largement improvisé. Ceci dit, même quand Maïwenn nous fait improviser, cela reste très cadré. On connait très bien la situation et qui on joue. Et puis ce qui est très agréable, c’est qu’elle peut tourner très longtemps, donner des phrases et des idées. Donc le plateau de Maïwenn, il n’est pas comme celui des autres réalisateurs. C’est-à-dire qu’il n’y a pas tout le cérémonial habituel : une longue préparation avant, puis on demande le moteur, puis action, puis on va se mettre à jouer… C’est beaucoup plus bordélique que cela, mais parce que c’est ce qu’elle cherche. Elle cherche vraiment à rendre les scènes vivantes, déconstruites, pas mises en place comme ça l’est bien souvent dans la vie. En fait, Maïwenn cherche plutôt à « désorchestrer » les choses.

Journaliste :
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou touché dans le quotidien des policiers de la brigade des mineurs ?

Emmanuelle Bercot :
Ce qui m’a troublée, c’est qu’ils parlent finalement de sexe toute la journée, de manière anodine et crue, avec des enfants ou avec des adultes, alors que les affaires de mœurs sont une part très importante de leur boulot. L’autre chose, c’est qu’au final ils s’ennuient énormément dans leur travail, car ils ont de nombreuses fausses affaires et perdent beaucoup de temps à traiter des viols qui en fait n’en sont pas, etc.

Marina Foïs :
Moi ce qui me surprend, c’est le peu de formation et le peu de suivi psychologique dont ils bénéficient pour faire ce métier. C’est saisissant : ils sont juste dépositaires de la misère et de l’horreur. Et une fois qu’ils les ont consignées, ils n’en font plus rien. Ils n’ont jamais la fin de l’histoire. C’est transmis à la justice et après, il n’y a jamais vraiment de suite pour eux. Pour eux, ça doit être très frustrant, ou désespérant.

Emanuelle Bercot :
Je sais que pour certaines affaires, il leur arrive de se renseigner pour savoir combien d’années a pris le type. Mais ils ne le font évidemment que très ponctuellement.

Journaliste :
Maïwenn, il y a quelque chose de récurrent dans vos films. Vous vous mettez systématiquement en scène et êtes souvent dans la position de l’observatrice, une fois en tant que réalisatrice derrière une caméra, une autre en tant que photographe derrière un appareil photo…

Maïwenn :
Vraiment, au moment où je l’écris, je n’y pense pas. Après, quand on me pose la question, je me dis : « Oh mince, je me suis encore foutu devant la caméra » (rires). Je ne me voyais pas jouer une flic. Je voulais vraiment insérer une histoire d’amour avec deux personnes issues d’un milieu social différent… Et pour présenter de manière crédible une fille qui est là, tous les jours, à la brigade des mineurs, il y a le choix entre réalisatrice, documentariste ou journaliste. Or le seul qui me paraissait joli à filmer, car quelqu’un qui capte le regard est plus intéressant à filmer que quelqu’un qui prend des notes, c’est photographe. Le choix s’est fait naturellement. C’est sans logique consciente, mais je reconnais qu’encore une fois, je suis là en ayant un regard extérieur sur la brigade, et je crois que vais arrêter de jouer et réaliser…

Journaliste :
Vous suivez la BPM dans un quotidien très dur avec des affaires parfois assez glauques. Pourtant, vous avez fait le choix d’alterner glauque et comique. Est-ce que c’est pour mieux coller à la réalité de ce que vous aviez observé ou est-ce que c’était pour laisser souffler le spectateur ?

Maïwenn :
C’était vraiment pour les deux. D’abord, c’était vraiment ce que j’ai vu lorsque j’étais là-bas. Au début, je trouvais cela un peu violent de les voir se moquer de victimes et de situations très glauques. Puis j’ai très compris que c’était un façon de mettre de la distance entre leur affect et leur travail. Après, dans l’écriture avec Emmanuelle, on se retrouve face à face et on se demande quels sont les pièges à éviter. Il faut ne pas être trop complaisant avec son sujet, et avec ce genre de thématique pathos, sur la maltraitance et les abus sexuels sur enfants, mais il faut aussi faire attention à ne pas amener le spectateur là où c’est trop facile. J’essaie justement d’éviter la facilité tout en étant aussi intègre à la réalité. Souvent la réalité est un mauvais film. On ne pleure pas au cinéma pour les mêmes raisons que dans la vie.

Journaliste :
C’est aussi un grand film d’acteurs. Est-ce que vous l’avez écrit en pensant plus particulièrement à certains ?

Maïwenn :
J’ai beaucoup écrit en pensant à Didier (Joey Starr) pour le film. Celaa faisait partie des choses que je voulais faire après « Le Bal des actrices » : faire un film pour lui, pour nous… Et petit à petit sont venus tous les ingrédients, mon personnage, la police. Et quand je suis allée faire mon stage à la BPM, c’est devenu beaucoup plus concret. A partir de là, on se permet de penser à des acteurs, mais sans trop y croire car ils peuvent toujours refuser, ou alors c’est peut-être moi qui peux changer d’avis… C’est pour cela que j’ai attendu jusqu’au dernier moment, une fois une version satisfaisante du scénario prête, avant de leur en parler. Pour ne pas les décevoir et pour être sûre de les avoir, eux.

Journaliste :
Et vous Marina, vous avez dit oui tout de suite à la proposition de Maïwenn ?

Marina Foïs :
Oui ! Elle m’a d’abord appelée à la fin de l’écriture en me disant : « le prochain film qu’on fera, ce sera un film de groupe. Je veux réunir une bande d’acteurs, je veux qu’ils soient tout le temps là. Par moments certains seront en avant, d’autres fois certains seront en arrière-plan, mais ils seront tout le temps là ». J’ai trouvé l’idée assez excitante parce qu’aujourd’hui, on parle tellement de films chorale que ça ne veut plus rien dire. Ici, c’est plus qu’un film choral, c’est un film de groupe. C’est-à-dire qu’on est tous ensemble, les uns contre les autres mais aussi les uns avec les autres. Et puis de toutes façons, je pense que, sauf si elle venait à se comporter très mal dans les jours qui viennent, je suis capable de dire oui à Maïwenn même sans lire. Ce n’est pas que je suis fan, c’est surtout que je sais que le scénario est une étape chez elle. Un outil. Je crois à ce qu’elle raconte et à comment elle le raconte. Je sais qu’il y a beaucoup de surprises en faisant un film avec elle.

Journaliste :
Ce geste final de votre personnage, vous l’expliquez comment ?

Marina Foïs :
Mais est-ce qu’on peut l’expliquer ? Est-ce qu’il est tellement prémédité ?

Journaliste :
Alors à quel moment bascule-t-il selon vous ?

Marina Foïs :
De toute façon, c’est un personnage morbide. Donner son prénom à un bébé mort, c’est quand même glauque. Se faire vomir… Elle a un rapport morbide avec la vie. On a parfois des gestes qu’on ne comprend pas au moment où on les fait.

Maïwenn :
Moi, je n’ai pas trop envie d’expliquer ces personnages, car c’est toujours intéressant de voir ce que les gens s’approprient chez eux. Ils prennent ce qui les renvoie à eux-mêmes, et finalement, ils y mettent leurs propres explications. Je trouve ça chouette.

Alexandre Romanazzi Envoyer un message au rédacteur

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