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INTERVIEW

PARISIENS (LES)

Alors que certains privilégiés ont droit à une interview privée du réalisateur, la horde de journalistes déchaînés commencent à se défouler sur la jeune Maïwenn. Claude n’est pas encore là que certains s’entraînent déjà à casser du Lelouch ! Mais Maïwenn, légèrement offusquée, n’…

© Les films 13

Alors que certains privilégiés ont droit à une interview privée du réalisateur, la horde de journalistes déchaînés commencent à se défouler sur la jeune Maïwenn. Claude n'est pas encore là que certains s'entraînent déjà à casser du Lelouch ! Mais Maïwenn, légèrement offusquée, n'en démord pas : elle préfère de loin resigner pour Lelouch que pour un imaginaire « Haute Tension 2 » où les acteurs sont plus des marionnettes aux mains d'Alexandre Aja. « Claude Lelouch est très directif mais il nous prend comme on est. Il est très souple. Pour chaque séquence, il nous laissait improviser lors de la dernière prise et certaines impros se sont retrouvées dans le montage final ». Elle avoue que « ça va être dur de revenir à une méthode classique. C'est dommage que les comédiens doivent apprendre les textes par cœur car on perd beaucoup d'énergie et d'émotion ».

Avec Lelouch, Maïwenn avait « l'impression de vivre ce qu'il (lui) demandait de faire. Il a envie de profiter de tout ce qui est vrai ». Et même si ça en surprend plus d'un, elle dévoile que les acteurs acceptent de tourner pour lui sans lire le scénario : « Il raconte l'histoire au fur et à mesure du tournage. Tous les matins, c'est grisant de se demander ce qu'on va jouer ! » Lorsqu'on lui parle de ses performances de chanteuse dans le film, elle met tout de suite les choses au clair : « ce n'était pas si difficile dans le sens où je ne jouais pas une chanteuse lyrique. Mais chanter, c'était juste pour ce tournage, je ne veux pas m'éparpiller dans ma carrière d'actrice ». Ce qui ne l'empêche pas d'avoir réalisé un court métrage (« I am an actrice », dans lequel joue sa fille, Shana Besson : « elle aurait été jalouse si j'avais pris quelqu'un d'autre mais ça s'arrête là pour elle », précise-t-elle) et d'avoir envie d'en préparer un autre, ainsi qu'un spectacle.

Mais le réalisateur que les journalistes viennent interviewer ici, c'est bel et bien Claude Lelouch qui, ça y est, est disponible pour nous ! Ses tics faciaux trahissent son stress et petit à petit une tristesse palpable. S'engage alors une étrange interview où il sera presque moins question du film qu'il vient présenter que de sa relation éternellement conflictuelle avec les critiques et sa souffrance qui en découle. « Tout au long de ma carrière, j'ai réussi à faire des statistiques : 1/3 des gens seulement n'aime pas mes films mais les 2/3 restants ont honte de dire qu'ils les aiment ! A côté de ça, tous mes films ont été massacrés par la critique en France et pas à l'étranger. Je ne suis pourtant jamais rien d'autre qu'un caméraman d'actualités (j'ai commencé comme ça). Je n'enseigne rien du tout, je suis là pour divertir, et j'ai envie de montrer ce que j'ai vu. Un cinéaste sert à montrer ce qu'on ne voit pas dans la vie courante (si on avait tous l'œil exercé, on serait tous cinéastes). Moi, j'ai vécu le cinéma dans les tranchées, les critiques l'ont vécu dans les promenoirs. Ils ont toujours trop craché sur les films populaires. Ce qui compte, c'est le résultat. C'est ceux qui filent la chair de poule qui écrivent l'histoire du cinéma. 40 ans que j'enfonce le même clou et je veux l'enfoncer au bout ! Je suis un guerrier et un guerrier sans guerre n'est rien ! »

Lelouch serait-il légèrement maso ? Pas forcément car il n'a de cesse de faire l'apologie de l'espoir : « Le négatif a plus de force que le positif (comme dans les critiques) mais aujourd'hui on a besoin de positif car la société actuelle est face au suicide. Ce serait dommage de ne pas avoir de l'espoir dans les films ». Pour Lelouch, tout passe par les êtres humains : « c'est ce qui m'intéresse, c'est au cœur de tous mes films. J'ai très envie d'aller au bout d'un voyage, de mes observations. A chaque film, j'apprends. En fait, j'ai passé ma vie à étudier à travers mes 40 films. Un jour, une dame m'a dit "moi, je ne vais pas voir vos films, je vais les vivre" et ça résume bien ce que j'essaie de faire. Avec « Le Genre humain », je me suis embarqué dans une histoire sans fin car j'ai d'autres idées que les 3 films ! » Lorsqu'on lui parle plus précisément de son choix de Paris pour montrer le genre humain, Lelouch clame que « une goutte d'eau explique l'océan et (que) Paris a tous les extrêmes. Rien que l'histoire de Montmartre est riche : d'abord il y a avait des moulins, aux côtés desquels s'est installée l'armée, ce qui a impliqué l'ouverture de bistrots. Les bistrots ont amené les putes et là où il y a des putes, il y a des artistes ! »
Les artistes, êtres humains parmi les êtres humains, personnages parmi les personnages du dernier Lelouch : « le talent vient toujours d'une grande souffrance. Aujourd'hui tous les mômes veulent être stars ; c'est un gros problème de notre époque. En fait on fabrique des tueurs car on ne peut être deux donc on déglingue ceux autour de nous ! Ce film est pour mes enfants, pour leur dire "regardez le risque que c'est". La création est un jeu dangereux, et faire des films n'est pas innocent. Avoir choisi la mise en abîme dans ce film, c'était lié à mon envie de montrer comment je fais du cinéma ». Lelouch conclue en affirmant que l'avenir du cinéma passera par le HD (« s'il y a une seule chose dont je suis sûr, c'est bien ça ! »). Et ce type est tellement attachant et humain qu'on lui souhaite de faire partie de cet avenir comme il a déjà fait partie du passé. N'en déplaise aux critiques !

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur

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