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INTERVIEW

NOS RETROUVAILLES

© CTV International

Abus de ciné était présent aux retrouvailles entre David Oelhoffen, Jacques Gamblin et Nicolas Giraud !

Pour la sortie en salles de « Nos retrouvailles » réalisé par David Oelhoffen (dont c’est le premier long-métrage) avec Jacques Gamblin (on ne compte plus ses prestations toujours très attendues) et Nicolas Giraud (petit presque nouveau dans le paysage cinématographique français), Abus de ciné les a retrouvés tous les trois réunis pour la promotion de ce film dans le café du cinéma Comoedia à Lyon. La région Rhône-Alpes est d’ailleurs co-productrice du film « Et pas pour faire image de carte postale de la région mais parce qu’ils ont vraiment eu envie d’aider le projet qui leur plaisait beaucoup » confirme David Oelhoffen en parlant des banlieues lyonnaises qui ont servi de lieux de tournage ! Il est effectivement vrai de dire que « Nos retrouvailles » ce n’est absolument pas « Les Enfants du marais » (carte postale idyllique rhônalpine !).

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Oelhoffen, et vous êtes nombreux, sachez qu’il a réalisé de nombreux courts-métrages qui ont pour la quasi-totalité étaient primés dans des festivals ou dans des commissions. Alors ce premier long signifie-t-il qu’il se sent enfin assez mûr pour pénétrer la cour des grands ? « D’abord, je considère mes courts-métrages comme des films, commence David Oelhoffen. Ensuite, je crois que j’ai trouvé mon sillon. Mes courts m’ont permis d’acquérir de la confiance. Et puis c’est une évolution naturelle. A un moment, on a envie d’aller plus loin dans le récit, de penser des choses plus complexes. Et puis, moins motivant mais tout aussi important, on ne vit pas de ses courts-métrages. ».

Cela fait-il peur aux comédiens ? Jacques Gamblin, lui, n’en est pas à son premier « premier long-métrage ». « Vous savez, moins y’a d’expérience, plus y’a de travail en amont et plus les gens savent ce qu’ils veulent faire. Moi je réagis au scénario, c’est lui qui m’emporte, pas le nombre de films que les réalisateurs ont dans leur compteur ».

Le fils des frères Dardenne

Mais revenons à l’histoire de « Nos retrouvailles », centrée sur les relations d’un père et de son fils au beau milieu d’un braquage à la française. « Ce qui m’intéressait clairement, précise David Oelhoffen, c’était la relation père-fils. J’ai d’abord créé des personnages et le polar est devenu un simple moyen pour faire évoluer l’histoire et leurs relations. D’ailleurs mon film n’est à proprement parlé pas un polar ! Je ne le vois pas comme tel. J’ai aimé prendre des motifs de ce genre mais uniquement pour les traiter dans une histoire classique entre un père et son fils ». Le réalisateur privilégie ainsi les dimensions familiale et sociale qu’il mêle au polar et tout cela s’enrichit au fur et à mesure de l’avancée du film.

Des thèmes proches des œuvres des frères Dardenne (« La Promesse ») ou de Lucas Belvaux (« La Raison du plus faible »). Y’aurait-il, avec eux, un lien assumé ? « Pour moi, les frères Dardenne sont des maîtres, s’enthousiasme David Oelhoffen. C’est un cinéma très fort, qui croit au récit, très centré sur les personnages et avec une dimension sociale très intéressante. J’admire beaucoup leur cinéma. Pour « La Raison du plus faible », le lien est uniquement au niveau du casse, car le discours politique et social est très présent contrairement à « Nos retrouvailles », ce qui m’avait gêné d’ailleurs dans le Belvaux, mais je ne veux pas critiquer son film ! »

Gamblin et Giraud, double personnalité

Passons aux personnages de « Nos retrouvailles » : d’un côté un père charismatique passant du rire aux larmes et de l’autre un fils sur ses gardes (il fait de la boxe), honnête, loyal mais qui peut aller très loin par amour pour son père.

Jacques Gamblin a adoré jouer Gabriel, le personnage du père : « C’est jubilatoire comment est ce père. C’est un looser mais il a de la vie ! Ça aurait été plus chiant de jouer un looser déprimé. Là il est pète le feu. Il est surprenant. C’est en fait un personnage très caractériel qui ne se contrôle pas. Un coup il pleure, un coup il est enthousiaste… Il est par moment clownesque. Ça aurait été un joli personnage de comédie » finit-il par lancer au réalisateur en montrant qu’il est prêt à refaire le film dans un genre totalement opposé !

Mais est-ce un père qui parente son fils ou un père qui se fait paterner par son fils ou encore est-ce un fils qui se fit père et qui s’y perd ?

Jacques Gamblin: - Il est comme un ado plein de vie.
Nicolas Giraud: - Le fils est obligé d’être le père.
David Oelhoffen: - Non, ce n’est pas le père du père.
NG: - Il est plus sage le fils.
JG: - Il pourrait dire à son père « t’es qu’un gamin ».
DO: - Le fils prend en charge ce qu’on pourrait appeler une faiblesse.
JG: - C’est ce que peut faire de plus nul, un père à son fils.
NG: - Il prend cette faiblesse et il l’accepte. Le fils reste dans la réalité de la relation avec son père.

Bref, une histoire de relations bien complexes dont chacun pourra se faire son idée !

Un réalisateur au plus près de ses comédiens

La réalisation de David Oelhoffen renforce considérablement cette dimension familiale très forte. « C’est un film physique, charnel, raconte David Oelhoffen. Il y a des étreintes, c’est un amour très physique, ce sont des corps en contact ». Et Nicolas Giraud d’ajouter « C’est comme un combat de boxe, on s’observe, on se renifle ». Cette promiscuité est très bien rendue par des plans très serrés, auscultant chaque personnage, leurs regards ou leurs gestes. « Plus que les discours, j’aime filmer les silences, les regards, confirme le réalisateur. Il y a des repères d’espace-temps dans mon film. Pas de plans généraux. Je traque la réaction physique des comédiens et je perds géographiquement le spectateur. Enfin, il y a une décélération du temps dans « Nos retrouvailles », au début on parle d’années, puis de jours, puis d’heures et à la fin on est dans les minutes ».

Projets présents et projets futurs

Une singulière équipe qu’on aura plaisir à retrouver. David Oelhoffen est en phinse (néologisme trouvé par Gamblin alliant les termes « phase » et « fin ») d’écriture de son scénario intitulé « Dealers ». Nicolas Giraud sera prochainement à l’affiche de « Taken » avec Liam Neeson et tourne actuellement « Une étoile dans la nuit » (de René Ferré) et « Sur ta joue ennemie » (de Jean-Xavier de l’Estrade). Jacques Gamblin, enfin, montera prochainement sur les planches avec François Morel et tournera deux deuxièmes films dont celui d’Isabelle Mergault.

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur

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