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INTERVIEW

MAIN DANS LA MAIN

Valérie Donzelli, réalisatrice de « Main dans la main », nous parle avec Jérémie Elkaïm, son comédien fétiche, de son troisième film où il est beaucoup question de couple. L’occasion, également, de les faire parler de leur relation fusionnelle !

Journaliste : Jus…

© Wild Bunch Distribution

Valérie Donzelli, réalisatrice de « Main dans la main », nous parle avec Jérémie Elkaïm, son comédien fétiche, de son troisième film où il est beaucoup question de couple. L’occasion, également, de les faire parler de leur relation fusionnelle !

Journaliste : Juste après le succès de « La Guerre est déclarée », avez-vous rencontré le stress post-film ?

Valérie Donzelli :
« Main dans la main » a été préparé avant la sortie de « La Guerre est déclarée » et a été tourné pendant la sortie du film. Il n’y a pas eu le grand vide juste après, on ne s’est pas dit « qu’est-ce qu’on va faire ? ». Après, il est vrai qu’après un succès, on a toujours peur de décevoir parce qu’on sait que les gens sont en attente !

Jérémie Elkaïm :
On a en effet commencé à parler de « Main dans la main » pendant le montage de « La Guerre est déclarée ». On pensait d’ailleurs que ce film allait être plus confidentiel que ce qu’il a été, c’est toujours très mystérieux l’engouement autour des films !

Journaliste : Avec vos trois films, on a le sentiment que le thème du couple est quelque chose qui vous fascine !

Valérie Donzelli :
Plus que le couple c’est le duo, la rencontre et la façon -dans par exemple « La Reine des pommes »- dont les deux héroïnes deviennent plus amies que cousines. Comment elles s’apportent des choses l’une et l’autre.

Journaliste : Pourriez-vous vous passer de Jérémie Elkaïm ?

Valérie Donzelli :
Non ! D’abord, Jérémie c’est la personne qui m’a autorisée à faire les choses. Il a été bienveillant et a toujours eu de l’enthousiasme pour toutes les imbécillités que j’ai pu lui raconter ! Il accompagne le désir, nourrit les réflexions et encourage le travail.
Et puis j’aime à la fois travailler avec des gens qui me sont chers et aussi l’idée du travail sur la durée où l’on construit sur le long terme.

Jérémie Elkaïm :
Quand tu me racontes des choses, j’y vois quelqu’un qui a sa façon de faire, et ça me semble déjà une force en soi. Dans le cinéma de Valérie, il y a quelque chose qui me touche beaucoup, c’est qu’elle réussit à s’abandonner et à être très fort dans ce qu’elle fait tout en les bricolant : il y a une beauté du bricolage !

Journaliste : Comment ça se passe quand l’un ou l’autre cède à une avance artistique d’un autre cinéaste ?

Valérie Donzelli :
C’est marrant, parce que ça dépend des situations. J’ai moi-même tourné il n’y a pas longtemps avec un réalisateur suisse…

Jérémie Elkaïm [coupant Valérie] :
J’étais outré ! [rires]

Valérie Donzelli :
Jérémie écrit actuellement avec quelqu’un qui n’est pas moi, ça ne me pose pas de problèmes. Mais après, c’est vrai que je suis plus possessive que Jérémie !

Jérémie Elkaïm :
Ah oui ? Oui c’est possible ! Mais force est de constater que ça a une influence très forte, ne serait-ce que pour des questions de calendrier. Vu qu’on travaille très souvent ensemble, ça nécessite qu’on se consulte !

Valérie Donzelli :
La relation de travail quand on fait des films est finalement très intime. Dans le tournage, l’écriture par exemple.

Jérémie Elkaïm :
C’est vrai, très vite on se met à dire des choses très très intimes !

Valérie Donzelli :
Quand on écrit bien avec quelqu’un, c’est une relation privilégiée. Je ne suis pas sûre que Jacques Audiard écrivait de la même manière sans son acolyte Thomas Bidegain avec qui, selon moi, il était à son meilleur niveau. Personnellement, je ne sais pas si je pourrais écrire avec quelqu’un d’autre… Cela me semble difficile.

Journaliste : Dans le film, vous incarnez un frère et une sœur. N’est-ce finalement pas ce que vous êtes l’un pour l’autre dans la réalité ?

Valérie Donzelli :
Non, moi j’ai un frère avec qui je m’entends très bien ! C’est vrai qu’on a une vraie complicité et qu’on s’amuse beaucoup ensemble. C’est un lien qu’on a toujours eu…

Jérémie Elkaïm :
Moi je crois qu’on arrive à passer du temps avec quelqu’un à partir du moment où une relation est protéiforme, quand on est plein de choses et pas une seule chose.

Journaliste : Vous partez d’une rencontre magique que vous ramenez vers la réalité. Vous n’avez pas eu envie de continuer dans le conte magique ?

Valérie Donzelli :
Je n’aime pas faire une chose en soi. Je trouvais excitant l’idée qu’ils soit fusionnels mais je ne voulais pas que ce soit qu’un film fantastique, je voulais que cette chose-là devienne un handicap comme si quelqu’un se réveillait un matin avec trois jambes et qu’il se demandait comment faire pour s’en sortir désormais. Dans « Main dans la main », la question c’est comment vivre alors qu’on ne peut plus faire l’un sans l’autre.

Journaliste : Comment vous êtes-vous préparé pour incarner votre personnage qui utilise énormément le langage du corps ?

Jérémie Elkaïm :
Je connais tout maintenant du skate-board ! J’ai passé du temps au Trocadéro où se retrouvent les skateurs, je connais le jour où ils pratiquent le long board parce qu’il y a deux types de planches et c’est sur celle-là que mon personnage évolue : tout ça je ne le savais pas avant le film ! Pour la petite histoire, la planche de long board est plus adaptée pour les personnes plus âgées qui débutent, c’est pour ça d’ailleurs qu’on a été assez méprisés par ceux qui font du street ! [rires] Mais je n’ai fait qu’une initiation ! Toujours est-il que j’ai découvert qu’on ne pouvait pas apprendre à faire du skate sans se faire mal, c’est comme le métier d’acteur, le cinéma et l’amour !

Valérie Donzelli :
Je savais que Jérémie avait des prédispositions, il est agile avec son corps. J’avais envie que le rôle soit physique et de montrer ce côté de ses capacités. D’ailleurs, je suis super contente parce que le festival de Rome, où le film a été présenté, lui a décerné le prix d’interprétation.

Jérémie Elkaïm :
Oui mais ça n’a rien à voir !

Valérie Donzelli :
Mais bien sûr que si, puisque généralement on récompense des rôles violents dans l’émotion, où on met les tripes sur la table. Ici, Jérémie interprète Joachim de manière beaucoup plus pudique, son jeu transparaît avec le corps et son investissement physique. J’étais très contente et très fière ! Lui s’en fout !

Jérémie Elkaïm :
Je me suis juste demandé s’il n’y avait pas un malentendu ou une erreur !

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur

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