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INTERVIEW

HOMME AU BAIN

Journaliste :
Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce projet, et ce projet est-il votre première expérience de cinéma « traditionnel »?

François Sagat :
J’avais fait fait un court-métrage pour Olivier Niklaus il y a un an, et Christophe Honoré avait remar…

© Le Pacte

Journaliste :
Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce projet, et ce projet est-il votre première expérience de cinéma « traditionnel »?

François Sagat :
J'avais fait fait un court-métrage pour Olivier Niklaus il y a un an, et Christophe Honoré avait remarqué mon travail, mais il avait déjà le désir de me rencontrer car il avait vu des vidéos que je proposais sur Youtube, des choses un peu plus soft qui n'avaient rien à voir avec le porno. Le projet carte blanche du théâtre de Gennevilliers se faisait une semaine après notre rencontre, il m'a donc rappelé et m'a proposé ce projet-là : un court-métrage à la base, qui est devenu un long-métrage.

Journaliste :
Comment ressentez-vous la différence entre le travail d'un acteur porno et un acteur de cinéma traditionnel ?

François Sagat :
Cela n'a rien à voir. Le métier d'acteur porno se concentre sur l'énergie, le positionnement des corps, mais aussi sur l'aspect très mécanique de l'anatomie. Or le fait de montrer juste le corps nu n'est pas forcément un don de soi énorme. Contrairement à un acteur traditionnel où, même habillé, on se découvre plus, on se dévoile plus.

Journaliste :
Comment avez-vous travaillé avec Christophe Honoré sur le tournage ?

François Sagat :
Avant le tournage, je ne savais pas comment il travaillait, j'ai découvert ça le premier jour. Il m'a dit : « n'en fait pas trop, sinon ça perd en intensité, reste assez neutre dans les expressions ». Au début, je ne comprenais pas la logique du truc, je me disais : « si j'en fais plus, ça sera plus intense ». J'ai réalisé par la suite qu'en restant plus neutre, la caméra captera plus de choses dans l'expression et la justesse de jeu.

Journaliste :
Un film avec un acteur porno dans le rôle titre peut avoir un parfum de scandale, est-ce qu'un rejet ou des réactions négatives sont apparus à l'annonce-même du film?

François Sagat :
Je comprends la réaction virulente de certaines personnes, ce qui est une réaction légitime. Même des gens que je connais, même beaucoup de gays qui me connaissent, n'ont pas accepté cela, car ils ont projeté sur moi un objet de désir, quelqu'un d'« opérationnel » sexuellement, et ils ont vu que des projets arrivaient pour moi, où je pouvais parler, m'exprimer, et ils ne l'ont pas accepté. Intellectualiser un acteur porno, en quelque sorte, leur a fait perdre leurs repères. J'ai lu des commentaires très réducteurs, très méchants, mais on ne peut pas éviter ça.

Rémi Geoffroy Envoyer un message au rédacteur

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