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INTERVIEW

DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE

Bertrand Tavernier

L’Institut Lumière nous ouvre ses portes pour une conférence de presse en présence de Bertrand Tavernier, à propos de son dernier long-métrage : « Dans la brume électrique ». L’entretien se déroule sur une heure environ après quoi le cinéaste sera monopolisé par d’autres médias.

© TFM Distribution

L’institut Lumière nous ouvre ses portes pour une conférence de presse en présence de Bertrand Tavernier, à propos de son dernier long-métrage : « Dans la brume électrique ». L’entretien se déroule sur une heure environ après quoi le cinéaste sera monopolisé par d'autres médias.

Le réalisateur a travaillé avec des américains et étant français, cela n'a pas été sans poser divers problèmes. En effet, Bertrand Tavernier dénonce les problèmes de droit d’affichage, tous ces « soucis de la dictature des avocats » américains ; comme quoi chaque détail correspond finalement à des droits précis. Ce problème existe en France, mais les américains le montent à un certain paroxysme. Il cite en exemple la scène du Baseball où plusieurs comédiens ont leurs noms d’affiché afin de percer dans le métier, mais malgré le fait qu’ils aient été payé, cela a nécessité en plus l'établissement de contrats…

Les règles syndicales ont été aussi un handicap de plus pour le cinéaste. Par exemple, la guilde des acteurs exige qu’on lui verse la quasi totalité des sommes dédiées aux acteurs. Mais pour les payer, on ne peut « puiser » dans cette ressource économique, l’argent étant bloqué, les comédiens sont donc rémunérés au début du tournage ; un fonctionnement impossible dans le système français puisque cela signifierait qu’il faudrait le double du budget prévu.

Il a connu aussi des problèmes avec la guilde des scénaristes (53 000 $ d’inscription) qui refuse le « a film by » à moins de répéter deux fois le nom des scénaristes : une « ineptie totale, malgré tout le respect que je leur doit, la majorité du travail ayant été faite pas Tommy Lee Jones lui-même ». Il signale qu'un autre détail diffère du système français : le licenciement « facile ». Ainsi, « le premier cadreur était pas très bon, il a été licencié, le jour même il était parti, un autre la remplacé, celui-ci était bien meilleur ».

Tavernier n’est pas un amoureux des gros plans ou plans « master ». Il affirme qu’il shoot un plan et le continue s’il lui plait ou en fait un second. Mais comme dans « Capitaine Conan », pas une seule fois il n’a calé de gros plan dans ses séquences. Et pourtant, on peut ressentir toute l’histoire de Dave Robicheaux, personnage qui a intéressé de façon pratiquement compulsive Tavernier.

Vouant une réelle admiration envers Tommy Lee Jones, qui joue a la perfection ce personnage mystérieux, Tavernier s'est aussi attaqué à une autre difficulté : recourir à « l’artisanal ». Pas de numérique, donc pas d’effets spéciaux: tout tient alors du naturel. « Il y a le monde fantomatique qui détruit le rapport entre une nature très présente et un civilisation qui s’effrite et cela imposait un parti pris de photo, de lumière… Comment éclairer le camp de lumières ?... Alors on a mis des points dans le camps pour baigner les scènes, donner les grandes directions, afin de montrer le film noir. »

A la question « pourquoi ce roman », il répond simplement: « J’ai hésité entre plusieurs romans de Burke, ils sont vraiment exceptionnels, mais celui-ci m’a beaucoup étonné de par le style mais aussi la présence du général, absolument fantastique ». Il a donc passé des mois entiers en compagnie du romancier afin de s’imprégner de l’atmosphère de la Louisiane, sans tromper les origines. Du coup, même les figurants sont originaires de cette région, car « l’accent n’est pas imitable ».

Burke et Tavernier auraient trouvé en chacun une excellente compagnie. Ainsi, le cinéaste a appris à travers son guide tout ce qu’il pouvait sur la région et ses mœurs… Une seule peur lui tenait au corps, celle de dénaturer la véritable visée du roman par ses propres ressentis sur l’œuvre. Mais finalement « le résultat est convaincant et, quasiment, comme on l’avait imaginé ».

Mais pour conserver ses origines françaises, Tavernier a gardé son style et rajouté quelques mots de sa langue. Mais les trois quarts des acteurs n'ont pas voulu même essayer de s’aventurer dans l’apprentissage du français. Seul Tommy Lee Jones dit quelques mots.

Le mot de la fin ? « Aucun film n’est une parenthèse, ils ont chacun leurs états d’âme, leur significations ! »

Romane Kugel

Lycée Saint-Exupéry Envoyer un message au rédacteur

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