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INTERVIEW

LA COLLINE A DES YEUX

Alexandre Aja

Les films d’horreur sont un genre cinématographique à part. À chacun de s’en faire une opinion, qui la plupart du temps sera bien « tranchée » : on aime ou on n’aime pas. Alexandre Aja a dû tout de suite adhérer ! Tout petit déjà, il terrorisait sa famille : « Avec ma cousine on inventai…

© Stéphane JANIN BAILLY

Les films d’horreur sont un genre cinématographique à part. À chacun de s’en faire une opinion, qui la plupart du temps sera bien "tranchée" : on aime ou on n’aime pas. Alexandre Aja a dû tout de suite adhérer ! Tout petit déjà, il terrorisait sa famille : « Avec ma cousine on inventait des histoires terrifiantes et sanglantes ! » Et c’est vers l’âge de six ou sept ans qu’il découvre Shining, le film du maître Kubrick, une œuvre qui l’effraya et le fascina en même temps ! Ça y est il était contaminé !

Un seul but : faire peur !

A dix ans, il écume les vidéos clubs avec son meilleur ami, Grégory Levasseur, qui deviendra aussi son co-scénariste attitré. Tous deux consomment des films gores, des survivals, des slashers et autres films d’épouvante. « Ce sont ceux des années 70 et 80 qui resteront mes meilleurs souvenirs. Ils sont sauvages, brutaux et sans concession » lance-t-il. Ils leur donneront également cette envie de passer de l’autre côté de l’écran, derrière la caméra. Avec un seul but : faire peur à leur tour !

Leur premier bébé, "Furia" (2000), n’a pas eu le succès escompté. Mais leur second essai fut transformé. "Haute Tension" (2003), qui met en scène Cécile de France et Maïwenn, était un hommage au genre en général et aux films d’horreur des années 70/80 en particulier. Sortie remarquée, sélection au festival de Sundance, buzz international… et l’aventure se solda par un ticket pour Hollywood !

Aja fut alors sollicité par Wes Craven ("Les Griffes de la nuit", "Scream") et Sam Raimi ("Evil Dead", "Spider-Man") deux aînés pour lesquels il avoue une admiration sans faille. Seul problème : il ne peut en choisir qu’un ! L’écriture d’un scénario étant le moment le plus intéressant pour lui, il se tourne vers Craven qui lui laisse entièrement réinventer l’histoire de "La colline a des yeux", son film d’origine qu’il souhaite ressortir sur les écrans avec les moyens actuels ; contrairement à Raimi qui a déjà couché sur le papier son nouveau projet.

L’histoire de ce film d’horreur a un autre atout majeur. Il met en scène une famille. Un sujet captivant pour Aja qu’il avait déjà exploré dans son précédent film, Haute tension. Placer une famille au cœur de la terreur est pour lui un moyen d’exorciser sa propre peur de perdre ne serait-ce qu’un membre de sa propre famille. Et avec ce remake il dissèque avec brio nos peurs primales.

L’élève dépasse le maître !

Si l’original a effrayé à sa sortie en 1977, c’est aujourd’hui celui qui fait le plus tâche dans la filmographie de Wes Craven, tant il est devenu kitch, bricolé et même comique ! On comprend pourquoi Craven a voulu lui donner un second souffle en confiant la réalisation de ce remake à un jeune réalisateur. Mais pas à n’importe lequel, « Hollywood, raconte Aja, recherche des gens qui ne vont pas vers le tout visuel mais qui ont leurs propres codes visuels. »

La collaboration Craven/Aja a été sincère, le maître permettant à l’élève d’exprimer sa vision personnelle tant au niveau de l’histoire que du style. « Il y a eu entre nous quelques prises de becs, concède-t-il, notamment sur la vitesse de description des personnages et sur l’utilisation des symboles américains que sont l’hymne national et le drapeau, mais il m’a, à chaque fois, laissé le dernier mot ! »

Le scénario de "La colline a des yeux" s’est ainsi enrichi. Aja et Levasseur ont ainsi davantage expliqué l’origine des mutants du film. Pour la petite histoire, c’est en lisant un article sur les effets des essais nucléaires américains sur les populations du Nouveau-Mexique et du Nevada, après la Seconde Guerre mondiale, et du silence douteux des politiques sur ce désastre humain, qu’il a eu l’idée d’orienter son film sur ce phénomène qu’il dénonce clairement. Une façon inconsciente peut-être de se venger du "Godzilla" hollywoodien victime des essais nucléaires français. Une réflexion écologique sûrement en ces temps où l’homme doit reconsidérer sa coexistence avec la Nature.

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur

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