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INTERVIEW

BELLA GENTE (LA)

Journaliste :
Considérez-vous votre film comme un film politique ?

Ivan de Matteo :
J’ai voulu faire ce film en tant que personne de gauche. Je voulais parler d’une certaine gauche bourgeoise. Mais ce qui m’intéressait, en réalité, c’est la critique de l’homme, pas …

© Bellissima Films

Journaliste :
Considérez-vous votre film comme un film politique ?

Ivan de Matteo :
J’ai voulu faire ce film en tant que personne de gauche. Je voulais parler d’une certaine gauche bourgeoise. Mais ce qui m’intéressait, en réalité, c’est la critique de l’homme, pas la critique de l’idéologie. Je considère ici l’homme sans l’idéologie. C’est vrai que la politique est présente mais la discussion est autour de l’homme.

Journaliste :
Quel est l’idée principale ?

Ivan de Matteo :
Chaque chose que nous faisons part de bonnes choses, de bons sentiments. Mais la question est la durée de ces bons sentiments. Le problème n’est pas d’aider les gens mais de les aider sur le long terme. Et que se passe t-il quand celui à qui on donne commence à prendre ? Voilà la question à laquelle j’ai voulu répondre dans ce film.

Journaliste :
Pourquoi ne pas avoir parlé du passé de Nadja en Ukraine ?

Ivan de Matteo :
Le scénario a été constitué autour de faits réels dont j’ai eu connaissance. Je n’ai pas voulu m’étendre sur le passé de Nadja car la prostitution n’est pas le thème du film.

Journaliste :
On perçoit un certain pessimisme dans votre film. Qu’en est-il ?

Ivan de Matteo :
On aurait pu être encore plus méchant ! Il y a tout de même une petit lueur d’espoir à la fin, car après tout, on ne sait pas où elle va. Et il y a l’idée qu’elle décide enfin de sa propre vie.

Journaliste :
L’acte de Suzanna, sauver cette prostituée, est finalement un échec. Est-ce une réflexion autour du fait que l’on veut jouer les sauveurs ?

Ivan de Matteo :
(Rire) C’est bien trop psychologique pour moi. Ici, je voulais surtout montrer les données du problème, et faire en sorte que l’on se mette à la place de celui qui vit cette situation. Chacun cherche à construire son petit jardin pour que les gens le voient. On l’entretient, on veut qu’il soit joli. On est heureux d’inviter quelqu’un à entrer mais finalement c’est d’intimité dont on a besoin, donc on rejette celui qui rentre trop.

Journaliste :
Vous a-t-on déjà dit qu’il y avait une analogie avec le film de Mike Leigh « Another Year » ? L’avez-vous vu ?

Ivan de Matteo :
Non, je ne l’ai pas vu. Mais vous savez, on m’a dit plusieurs fois que mon film ressemblait à d’autres. Même une fois, on m’a dit qu’il y avait un lien avec King Kong : un fauve, pris dans son milieu naturel, est amené dans un autre monde. Cela m’a fait réfléchir.

Journaliste :
Ici, le personnage de Suzanna, la mère, est très fort. On sent une famille avec une « mama » italienne, est-ce le cas ?

Ivan de Matteo :
Oui, je pense que la force de la mère est de faire croire à l’homme qu’il est fort, et c’est ce qui se passe ici. C’est Suzanna qui impose la situation à son mari, car elle sait comment amener les choses, et lui il choisit de subir cela. A la fin, pour la famille, l’idée est d’aller de l’avant. « The show must go on » comme on dit.

Anthony REVOIR Envoyer un message au rédacteur

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