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INTERVIEW

AMERRIKA

Cherien Dabis

Réalisatrice
© Memento Films Distribution

Journaliste:
Il parait que ce film est inspiré de votre vie personnelle. Alors qui êtes-vous dans le film ? Salma ?

Cherien Dabis: (rires)
Bien deviné ! Mais oui, ce film raconte un peu l'expérience de ma famille telle que je l'ai perçue plus jeune. En fait, même si je suis née aux Etats-Unis, je suis issue d'un père et d'une mère palestiniens qui ont immigré en Amérique. Et durant la première guerre du Golfe, mon père était un physicien renommé et les plus fidèles de ses patients ont désertés son cabinet. Nous étions devenus en quelques jours les responsable de cette guerre.

Journaliste:
Et le personnage de Mouna est inspiré de votre tante…

Cherien Dabis:
C'est exact, mes parents l'avaient hébergée lorsqu'elle est arrivée sur le territoire en 1997. Elle a eu beaucoup de mal à trouver travail du fait de ses origines.

Journaliste:
Et elle a finie comme Mouna ? En serveuse ?

Cherien Dabis: (rires)
Non, ça c'est de la pure fiction. J'ai adapté pour les besoins du film.

Journaliste:
Est-ce difficile de faire un film à propos de sa propre histoire ?

Cherien Dabis:
Je dirais oui. C'est assez dur. En fait, j'ai mis du temps à trouver comment tourner cette expérience en fiction. Ca m'a pris du temps pour trouver le recul nécessaire pour l'écrire en mélangeant les aspects vécus et fictionnels afin qu'au final, le tout soit authentique.

Journaliste:
Pourquoi avoir choisi de faire votre premier film sur votre propre expérience ?

Cherien Dabis:
J'ai grandi dans une petite ville de l'Ohio où les mentalités étaient très figées notamment concernant les immigrés. Il y a eu tellement de stéréotypes à propos de la communauté arabe et je ne m'y reconnaissais pas. J'avais envie d'expliquer qui j'étais et de montrer une autre image de la communauté palestinienne. J'ai toujours pensé qu'un film, pour peu qu'il soit assez authentique, avait plus de facilité à changer les mentalités plutôt que les politiques.

Journaliste:
Justement, avez-vous ressenti que le changement de pouvoir, par exemple, après la première administration Bush avec l'élection de Clinton et, plus récemment, l'élection d'Obama, avaient apporté des améliorations concernant les préjugés des Américains envers les gens du Moyen Orient ?

Cherien Dabis:
Sous l'administration Clinton, après la première guerre du Golfe, il n'y a pas eu tellement de changement, les stéréotypes étaient toujours présents dans l'esprit des gens. Après le 11 septembre, les choses se sont vraiment empirées. Mais je pense que cet événement, et la guerre en Irak qui a suivie, ont eu, malgré tout, un effet positif. Pour la première fois, les gens se sont intéressés aux pays arabes au-delà des clichés. Il y a eu une quantité d'articles académiques sur les stéréotypes qui étaient véhiculés par les médias américains.

Aujourd'hui, je ne pourrais vraiment dire si les comportements se sont améliorés. Je vis depuis quelques années à New York qui est une ville très pluri-culturelle où les gens sont forcément plus ouverts d'esprits. C'est très différent de l'Ohio par exemple. Mais je dirais que si Obama s'est fait élire, c'est qu'il y a un profond changement des mentalités qui est en train de s'opérer non ?

Journaliste:
Certainement. Avez-vous eu des réactions de la part de Palestiniens ayant immigré en Amérique ? Qu'en ont il pensé ?

Cherien Dabis:
Oui quelques uns. Ils ont trouvé le film très encourageant. Ils étaient particulièrement contents de voir leur expérience sur grand écran. On a pas encore diffusé le film en Palestine, cela dit, mais cela ne saurait tarder.

Journaliste:
Et qu'en est-il des Américains ?

Cherien Dabis:
Nous avons présenté le film au Festival de Sundance dans l'Utah, et il a reçu un très bon accueil. Pour l'instant, il n'y a que peu de personnes aux Etats-Unis qui l'ont vu. Le film sortira courant septembre sur le territoire. La France est le premier pays à le voir sortir.

Journaliste:
C'est plutôt inhabituel pour un film qui a été produit par des sources de financements nord-américaines. Y'a-t-il une raison particulière ?

Le distributeur:
Je vais me permettre de répondre à cette question. On (NDR: Memento Films) a choisi de sortir le film tout de suite car lorsqu'on l'a découvert, on s'est vraiment dit qu'il était dans l'air du temps. Avec tout ce que l'on peut entendre dernièrement sur l'immigration, la communauté arabe et le conflit israélo-palestinien, le film va vraiment à contre courant des idées reçues. On a vraiment senti que c'était le bon moment.

Journaliste:
Le film a aussi été présenté à Cannes et a reçu un accueil favorable…

Cherien Dabis:
Oui, un très bon accueil. A la fin du film, les spectateurs ont applaudi pendant une bonne dizaine de minutes. Ce qui a beaucoup touché l'ensemble de l'équipe.

Le distributeur:
Il a aussi reçu le prix FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) à la Quinzaine des réalisateurs.

Journaliste:
Comment avez-vous sélectionné les acteurs ?

Cherien Dabis:
Le processus de casting a été plutôt ardu et long. J'ai passé six mois à parcourir le globe à la recherche des acteurs qui pouvaient correspondre à ce que j'avais en tête. Il y avait d'abord le critère de la langue. Il fallait que les comédiens parlent couramment palestinien et anglais mais, au-delà de cela, je cherchait vraiment des personnes qui avaient une partie de mes personnages dans leur caractère. Je recherchais l'authenticité avant tout. Pour le personnage de Ragha, j'ai tout de suite pensé à Hiam Abbass que j'ai rencontrée au Festival de Berlin deux ans plus tôt lors de la présentation de mon court métrage "Make a Wish". Mais pour Mouna, par exemple, je recherchais quelqu'un de réellement optimiste, souriant en plus d'un certain physique.

Journaliste:
Avez-vous déjà d'autres projets en cours  ?

Cherien Dabis:
Je travaille actuellement à l'écriture d'un nouveau long métrage portant sur le même thème: l'immigration et les problèmes d'identité. Cette fois, il s'agira d'une Américaine arrivant sur le territoire jordanien. Nous prévoyons le début de la production pour août 2010.

Alexandre Romanazzi Envoyer un message au rédacteur

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