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ZOOM SUR UN THÈME : le réveillon de la Saint-Sylvestre et le Jour de l’An au cinéma

À l’heure de faire péter les bouchons de champagne et de s’embrasser sous le gui pour passer de 2025 à 2026, faisons un petit tour sélectif sur la manière dont 10 films mettent en scène le passage du Nouvel An.

1925 // LA RUÉE VERS L’OR

(The Gold rush)
De Charlie Chaplin
Avec Charlie Chaplin, Georgia Hale, Mack Swain, Tom Murray, Henry Bermand, Malcolm Waite…

Dans "La Ruée vers l’or", la scène du réveillon est un point de bascule à plus d’un titre. C’est d’abord une promesse de la part de Georgia et de ses amies qui affirment vouloir passer la fin d’année avec le personnage qu’incarne Chaplin. Or, cette parole est cruelle : en réalité, les jeunes femmes ont compris qu’il était amoureux de Georgia et se moquent d’un tel désir, lui qui est caractérisé par la misère et la naïveté. Cela suscite de faux espoirs pour le pauvre bougre qui, malgré ses maigres moyens, se démène alors pour les accueillir dans une ambiance la plus festive possible : il décore la cabane qu’il occupe, prévoit des cadeaux pour chacune des invitées, prépare à manger… En les attendant en vain, il s’endort et rêve d’un réveillon triomphal où il fait fureur avec sa « danse des petits pains » (un des passages cultes du film) et finit par embrasser Georgia. Le réveil n’en est que plus rude. Festoyant avec insouciance dans un saloon, la jeune femme finit par s’en vouloir jusqu’à éprouver de la tendresse pour cet homme qu’elle a voulu humilier, alors que ce dernier passe de la désillusion à l’espoir fou de devenir riche lorsqu’un ancien acolyte le retrouve et l’embarque à la recherche d’un filon aurifère. Finalement, dans "La Ruée vers l’or", le passage à la nouvelle année est ce qu’il est souvent : une manière d’envisager de nouvelles opportunités, sans savoir si on pourra réellement atteindre nos rêves…

Raphaël Jullien

1950 // BOULEVARD DU CRÉPUSCULE

(Sunset Boulevard)
De Billy Wilder
Avec Gloria Swanson, William Holden, Erich von Stroheim, Nancy Olson, Fred Clark, Lloyd Gough, Jack Webb… 

Joe Gillis est un scénariste qui a tout pour être heureux, placé sous le patronage de Norma Desmond, une vedette de cinéma des temps du muet qui entend faire son comeback grâce à un scénario de génie. Tandis qu’il essaie de rendre ce scénario exploitable, Joe mène grand train. Nourri, logé, habillé chez les meilleurs couturiers. Mais ce bonheur sent quelque peu la naphtaline et le piège implacable. Il en prend enfin conscience lors de la soirée de la Saint-Sylvestre où l’orchestre ne joue que pour eux. En effet il n’y a pas d’autre invités. Preuve flagrante de l’enfermement de Norma, dans lequel elle tente d’attirer Joe. Mais ce dernier n’entend pas se laisser faire comme ça. Dans un geste de révolte, il prend la fuite pour se retrouver dans une fête du nouvel an normale, c’est-à-dire où il y a un peu plus de deux invités et où les gens sont gais ! Le genre de soirée qui peut voir naitre de nouvelles amitiés, ou plus si affinité. Mais l’araignée saura bien trouver un moyen de ramener le petit moucheron dans sa toile…

Benjamin Bidolet

1972 // L’AVENTURE DU POSÉIDON

(The Poseidon Adventure)
De Ronald Neame
Avec Gene Hackman, Ernest Borgnine, Red Buttons, Carol Lynley, Roddy McDowall, Stella Stevens, Shelley Winters, Jack Albertson, Leslie Nielsen…

« Happy new year ! », clame l’animateur de la soirée du 31 décembre dans la grande salle de réception du bateau de croisière « Le Poséidon ». Mais les festivités tombent vite à l’eau : les applaudissements et les ovations sont interrompus par une sirène enclenchée par le commandant car une lame de fond fonce à vive allure sur le bateau avant de le retourner avec ses passagers à bord. "L’Aventure du Poséidon", c’est la promesse d’une soirée de nouvel an sous l’eau, d’une lutte sans merci pour la survie et d’une aventure cinématographique captivante, prenante et renversante, un des meilleurs longs-métrages de l’âge d’or des films catastrophe qui ont fleuri dans les années 70. En même temps, avec Leslie Nielsen aux commandes de ce bateau de luxe, comment vouliez-vous que cela ne vire pas à la catastrophe ?!

Mathieu Payan

1992 // PETER’S FRIENDS

De Kenneth Branagh
Avec Stephen Fry, Kenneth Branagh, Rita Rudner, Alphonsia Emmanuel, Emma Thompson, Hugh Laurie, Imelda Staunton…

Voilà un des petits films dont Kenneth Branagh, passionné de Shakespeare, a le secret. Une comédie de groupe, réunissant ici des amis artistes pour fêter la nouvelle année, dix ans après leurs dernières retrouvailles. Changeant en permanence de tonalité, entre comédie et émotion, "Peter’s Friends", sorti en 1992, résonne avec son époque (notamment en lien avec la réelle raison pour laquelle le personnage de Stephen Fry a réuni tout le monde dans un petit cottage). Bien sûr, l’occasion est aussi de régler des comptes ou d’apaiser des animosités ou jalousies, chacun ayant parcouru un bout de chemin depuis la dernière fois. Pour évoquer l’éloignement potentiellement irréversible des amis avec le temps , "Peter’s Friends", est un petit bijou de direction d’acteur comme de gestion d’un espace contraint, le tout mis en valeur par les dialogues écrits par Rita Rudner et Martin Bergman.

Olivier Bachelard

1994 // FORREST GUMP

De Robert Zemeckis
Avec Tom Hanks, Robin Wrightn Gary Sinise, Mykelti Williamson, Sally Field… 

La soirée du nouvel an dans le cultissime "Forrest Gump" est une soirée de promesses. Peu avant les 12 coups de minuit, dans un bar, Forrest explique à son ami le lieutenant Dan celle qu’il a faite à Bubba d’être capitaine d’un crevettier ! Moqueur, le lieutenant lui répond par une autre promesse : s’il devient vraiment commandant d’un bateau à Bayou La Batre, il lui promet de devenir son premier matelot ! Et comme « une promesse est une promesse », dixit Forrest, quelques mois plus tard, le lieutenant retrouvera son ami Gump en Alabama, capitaine d’un crevettier baptisé Jenny, bien sûr !

Mathieu Payan

1994 // LE GRAND SAUT

(The Hudsucker Proxy)
De Joel et Ethan Coen
Avec Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman, Charles Dunning, John Mahoney, Steve Buscemi…

C’est une comédie à la fois loufoque et grinçante qui prend racine dans la période de fin d’année, avec le saut dans le vide, depuis le 44e étage d’une tour new-yorkaise, du président créateur d’une entreprise florissante, sur le point d’entrer en bourse. Une figure qui reviendra plus tard avec le remplaçant de celui-ci, Norville Barnes, joué par Tim Robbins, employé au courrier soudainement promu par la volonté du CA et notamment du vice-président interprété par Paul Newman. Grand naïf théoriquement nommé comme un patin dans le cadre d’un plan diabolique, Norville s’avérera finalement porteur d’au moins une idée d’invention. Décortiquant le fonctionnement de Wall Street, cette success story de type rise and fall, découverte en ouverture de Cannes 94, bénéfice de toute l’ironie des Coen et d’un superbe traitement esthétique convoquant neige, arrêt soudain du temps et petite leçon sur le mirage de l’argent et du pouvoir.

Olivier Bachelard

1995 // STRANGE DAYS

De Kathryn Bigelow
Avec Ralph Fiennes, Angela Bassett, Juliette Lewis, Tom Sizemore, Michael Wincott, Vincent D’Onofrio, William Fichtner, Josef Sommer…

L’an 2000 a longtemps été un fantasme, notamment pour le cinéma de science-fiction qui a souvent spéculé sur un monde bien plus avancé (pour le meilleur ou pour le pire). Sorti seulement cinq ans avant le passage au XXIe siècle, "Strange Days" surfe encore sur cette vision d’un futur plus développé technologiquement en mettant en scène un système capable d’enregistrer des données cérébrales (vue, sensations…) puis de les reproduire à l’aide d’une sorte de casque de réalité virtuelle. Le récit de "Strange Days" commence quelques jours avant le passage à l’an 2000, dans l’atmosphère peu engageante d’un Los Angeles chaotique. C’est donc à une dystopie apocalyptique que nous invitent Kathryn Bigelow (devenue pour ce film la première réalisatrice à remporter un Saturn Award) et ses deux scénaristes (dont un certain James Cameron). Dans ce film, le réveillon est presque une ligne d’arrivée, tant l’avenir ressemble à une absence d’horizon, et on peine à distinguer ce qui relève de la fête ou de l’émeute. Comme une promesse de fin du monde, ce passage à l’an 2000 (qui clôt le récit) donne pourtant un choix aux personnages : sombrer dans la désillusion ou retrouver le goût à la vie ? Comme quoi, même au milieu du chaos, il est peut-être possible de prendre de bonnes résolutions…

Raphaël Jullien

1999 // PEUT-ÊTRE

De Cédric Klapisch
Avec Romain Duris, Jean-Paul Belmondo, Géraldine Pailhas, Julie Depardieu, Emmanuelle Devos, Léa Drucker, Vincent Elbaz, Jean-Pierre Bacri, Olivier Py, Zinedine Soualem…

Pour son dernier film de la décennie 1990, Cédric Klapisch prend les clichés de l’an 2000 à contre-pied en commençant son récit avec un faux film SF exagérément kitsch, en imaginant un futur qui fait plus figure de retour en arrière que de progrès technologique, et surtout en réinventant le « bug de l’an 2000 », appliqué à l’échelle de son personnage principal, Arthur (interprété par un des acteurs fétiches du cinéaste, Romain Duris, qu’il fait alors tourner pour la troisième fois). Durant le réveillon de l’an 2000, alors que sa copine exprime l’envie d’avoir un enfant avec lui, Arthur refuse catégoriquement, ce qui déclenche un dysfonctionnement en lien avec sa propre vie. Peu après, il découvre par hasard un portail temporel qui le propulse dans le Paris de 2070 où il rencontre un vieil homme (Jean-Paul Belmondo) dont le corps est en train de disparaître à cause d’Arthur : il s’agit en effet de son fils qu’il refuse d’avoir. Dans "Peut-être", le réveillon devient ainsi une transition symbolique, une sorte de rite de passage qui interroge les conséquences de nos choix. Comme une façon de réinterpréter la tradition des vœux et des résolutions du nouvel an.

Raphaël Jullien

2001 // LE JOURNAL DE BRIDGET JONES

(Bridget Jones’s Diary)
De Sharon Maguire
Avec Renée Zellweger, Colin Firth, Hugh Grant, Jim Broadbent, Gemma Jones, Celia Imrie, James Faulkner, Shirley Henderson…

Au registre des films de fin d’année, "Le Journal de Bridget Jones" est un très bon compétiteur puisqu’il s’ouvre sur un repas du 1er de l’an aussi guindé que kitsch lors de laquelle Bridget Jones (re)fait la connaissance de Mark Darcy, qu’elle avait vu de temps à autre enfant, et qui est désormais avocat et porte un pull de Noël douteux offert par sa mère. Cette scène culte par la présentation qu’elle nous fait de l’héroïne – une trentenaire qui picole, fume et risque de finir « vieille fille » aux dires de Mark – ouvre ensuite la voie à un des meilleurs génériques de début de film : Renée Zellweger toute seule sur son canapé en train de chanter "All By Myself" et qui s’apprête à prendre dans son tout nouveau journal intime les fameuses bonnes résolutions qui doivent tout changer pour elle cette année. Outre le triangle amoureux savoureux entre Bridget, Mark (Colin Firth) et Daniel (Hugh Grant), le film est un bonbon des fêtes de fin d’année (et des fêtes tout court car on traverse aussi une fête de Pâques et un anniversaire en 1h37). Si l’on met de côté le fait que ce film nous a fait croire qu’une femme qui porte du 38 est trop grosse (sic), il porte en lui tous les ingrédients d’une comédie réussie et intemporelle. Démarrez l’année 2026 du bon pied, seul-e ou accompagné-e, Bridget ne sera jamais très loin pour vous remonter le moral et pour vous aider à poser des résolutions à tenir… ou pas !

Océane Cachat

2011 // HAPPY NEW YEAR

(New Year’s Eve)
De Garry Marshall
Avec Halle Berry, Jessica Biel, Jon Bon Jovi, Abigail Breslin, Chris Ludacris Bridges, Robert De Niro, Josh Duhamel, Zac Efron, Katherine Heigl, Ashton Kutcher, Sarah Jessica Parker, Michelle Pfeiffer…

Les films chorals avec troupes d’acteurs/actrices aux petits oignons et parcours de vies entremêlés, on connaît. Avec cette fin d’année, l’incontournable des fêtes c’est bien entendu le maxi opus de Richard Curtis et sa comédie romantique "Love Actually" auquel on pense tout de suite, mais pour fêter la fin de l’année et l’arrivée de la nouvelle, rien de mieux que la comédie de Garry Marshall (déjà à l’œuvre sur une autre festivité avec "Valentine’s Day"). Ce n’est évidemment pas le long métrage le plus original ou subtil autour de ce thème mais il n’empêche qu’avec sa galerie impressionnante de stars (dont Bon Jovi !) le film remplit exactement ce pour quoi on le regarde : de bons sentiments et une émotion feel good qui parcourt l'entièreté du métrage. Et en ces temps compliqués, on ne va pas faire la fine bouche ! La scène à retenir ? Ashton Kutcher est coincé dans un ascenseur et forcé de patienter en compagnie de sa voisine, quand arrive le moment fatidique de minuit et du baiser… Allez voir, ça fait du bien et c’est déjà pas mal.

Germain Brévot

Mais aussi…

Quelques autres films mettant en scène le réveillon ou le jour de l’an (au moins le temps d’une scène) parmi ceux que nous avons critiqués sur le site :

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