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ÉVÈNEMENT : rétrospective « Patrice Chéreau, cinéaste »
Après avoir déjà ressorti "La Reine Margot" en salles le 1er octobre, Malavida Films propose une rétrospective Patrice Chéreau avec la projection de 5 autres de ses 10 longs métrages à partir du 5 novembre 2025. Nous vous en conseillons particulièrement 3 : "Judith Therpauve", "L’Homme blessé" et "Ceux qui m’aiment prendront le train".
1978 : JUDITH THERPAUVE
Avec Simone Signoret, Philippe Léotard, François Simon, Robert Manuel, Anne Delbée, Marcel Imhoff, Daniel Lecourtois, Jean Rougeul, Laszlo Szabo, Jean Rougerie…
Synopsis : Une ancienne résistante est appelée à la rescousse pour sauver un journal régional dont elle est détient des parts. Elle en prend la direction et doit affronter des obstacles variés pour faire remonter les ventes et éviter le rachat à bas prix par un homme d’affaires…
Présentation :
Il y a comme un paradoxe dans la réalisation de ce film : alors que la carrière théâtrale de Patrice Chéreau décolle de manière fulgurante depuis sa mise en scène de "La Dispute" en 1973 (il est déjà une référence respectée dans ce domaine) et que sa carrière de cinéaste n’en est qu’à ses débuts, il choisit pour son deuxième long métrage de parler de déclin ! "Judith Therpauve" met ainsi en avant un double destin contrarié : celui d’un journal régional qui se meurt et celui de l’héroïne éponyme qui se lance dans ce défi de sauvetage alors qu’elle n’a plus guère d’espérance dans sa propre vie. Chéreau et son coscénariste Georges Conchon ne créent pas n’importe quel personnage : c’est une ancienne résistante, surnommée « Reine », à la fois charismatique et secrète, devenue solitaire et manifestement dépressive, qui choisit pourtant de retenter l’aventure collective.
Simone Signoret, qui incarne Judith et trouve ici un de ses derniers grands rôles, traine la tristesse de son personnage avec brio, affichant généralement un masque d’apparente froideur qui se fissure subtilement pour trahir ses états d’âme et sa sensibilité. Endossant à nouveau un esprit de résistance, cette femme aimerait croire encore à ses convictions malgré les doutes qui l’assaillent et les obstacles qu’elle et le journal doivent surmonter (on notera notamment le monde professionnel largement masculin qui se montre relativement hostile à l’autorité d’une femme). Avec une photographie crépusculaire signée Pierre Lhomme (on a parfois l’impression que tout se déroule la nuit) et une mise en scène quasi documentaire lorsqu’il s’agit d’évoquer le travail de la presse écrite, le film semble questionner la possible survie des idéaux dans le monde moderne. À l’heure d’Internet, de l’intelligence artificielle et de l’ultra-libéralisme, "Judith Therpauve" reste pleinement d’actualité : est-il encore possible de résister ?
Anecdotes :
- Le cinéaste Jacques Audiard a été assistant de la monteuse Françoise Bonnot sur ce film.
- Le film a été tourné dans les locaux d’un véritable quotidien régional : "Le Républicain lorrain".
1983 : L'HOMME BLESSÉ
Avec Jean-Hugues Anglade, Vittorio Mezzogiorno, Roland Bertin, Lisa Kreuzer, Annick Alane, Claude Berri, Gérard Desarthe…
Synopsis : Dans une gare, un adolescent rencontre un homme qui l’embrasse et l’encourage à tabasser un inconnu. Éprouvant un coup de foudre immédiat pour cet homme, il est prêt à tout pour le suivre et lui plaire…
Présentation :
Récompensé par un César en 1984, le scénario de "L’Homme blessé", patiemment coécrit pendant six ans par Patrice Chéreau et Hervé Guibert, est le récit initiatique d’un jeune homme qui ressent un désir profond pour un homme plus âgé. À la clé, une sorte d’amour impossible tant les deux personnages s’attirent autant qu’ils se fuient. L’homme mature, incarné par Vittorio Mezzogiorno, porte en lui mystère et noirceur qui conduisent le jeune vers un mélange d’errance et d’aliénation amoureuse. Plus tellement ado mais pas vraiment adulte non plus, ce dernier semble possédé, son obsession pour cet homme le poussant à diverses conduites à risques – jusqu’à vouloir se prostituer. Plus rien n’a de sens ni même n’existe pour lui, seul importe ce désir incontrôlable qui le dévore au point de provoquer des blessures autant physiques que psychologiques (sur lui ou sur d’autres).
Ce film est aussi l’éclosion d’un acteur alors méconnu : Jean-Hugues Anglade (nommé pour le César du meilleur espoir pour ce rôle). Juste et habité, il traverse littéralement le film comme une onde aléatoire qui n’en finit pas de se cogner et rebondir. Même si Chéreau affirmait que le thème de son film n’était pas l’homosexualité mais plutôt l’histoire d’une passion, "L’Homme blessé" n’en est pas moins ancré dans une période particulière de la communauté LGBT qui n’a pas encore vécu la tragédie du sida, mais qui reste confiné dans une marginalité parfois glauque. Il en résulte une histoire qui baigne dans une atmosphère poisseuse voire fétide, où l’amour tente de trouver sa place entre violences et frustrations.
Anecdotes :
- Patrice Chéreau a considéré que l’accent italien prononcé de Vittorio Mezzogiorno apportait trop d’étrangeté pour un personnage déjà suffisamment trouble. Ainsi, il est doublé par Gérard Depardieu et la voix de ce dernier est si reconnaissable que cela apporte peut-être bien une autre forme de bizarrerie au personnage !
- Dans une séquence de la gare, on peut apercevoir le dramaturge Bernard-Marie Koltès, collaborateur récurrent de Chéreau.
1998 : CEUX QUI M'AIMENT PRENDRONT LE TRAIN
Avec Jean-Louis Trintignant, Pascal Greggory, Charles Berling, Valeria Bruni-Tedeschi, Vincent Perez, Dominique Blanc, Roschdy Zem, Bruno Todeschini, Sylvain Jacques, Marie Daëms, Olivier Gourmet, Chantal Neuwirth…
Synopsis : Un célèbre peintre meurt à Paris. Dans ses dernières volontés, il exprime le souhait d’être enterré dans sa ville natale : Limoges. Ses proches doivent alors trouver un moyen pour s’y rendre et la plupart optent pour le train, alors que l’un d’eux transporte le cercueil dans sa propre voiture…
Présentation :
"Ceux qui m’aiment prendront le train" fait partie de ces petits miracles de mise en scène, de ces films qui ont tout pour être foutraque mais qui parviennent pourtant à créer un tout cohérent et captivant. Film choral par excellence, ce sixième long métrage de Patrice Chéreau (qui succède à "La Reine Margot" dans sa filmographie) entremêle les trajectoires et les dialogues. Justement récompensé par le César du meilleur réalisateur, Chéreau semble faire la synthèse parfaite entre cinéma et théâtre.
Le film doit aussi beaucoup à un casting florissant qui permet de disséquer les relations humaines. Si seule Dominique Blanc est récompensée aux César (alors que son personnage et son interprétation ne sont sans doute pas les plus mémorables), la qualité individuelle et collective des performances participe grandement à l’intensité du récit. Retenons notamment celles de Pascal Greggory, de Jean-Louis Trintignant dans un double rôle, de Vincent Perez en femme trans, ou encore de Charles Berling et Valeria Bruni Tedeschi. Enfin, "Ceux qui m’aiment prendront le train" marque aussi pour sa bande-son variée, allant de Gustav Mahler (adagio de la "Symphonie n°10") à Björk ("All Is Full of Love") en passant par Nina Simone ("Keeper of the Flame"), James Brown ("That’s Life"), Les Rita Mitsouko ("Don’t Forget the Nite"), Portishead ("Western Eyes"), Massive Attack ("Better Things") ou encore Cake ("I Will Survive"). Cette BO accompagne magnifiquement la frénésie et les émotions du film, avec une certaine aptitude à embarquer les spectateurs à bord du train.
Anecdotes :
- Le titre et le scénario sont inspirés d’un épisode vécu par Danièle Thompson, coscénariste du film avec Chéreau et Pierre Trividic. À la veille de sa mort en 1993, lorsque le documentariste François Reichenbach explique à Thompson qu’il veut être enterré à Limoges, celle-ci trouve que cela va créer des complications pour ceux qui veulent assister à son enterrement, ce à quoi il répond : « Ceux qui m’aiment prendront le train ».
- Le film est en grande partie tourné dans un train en marche ainsi que dans diverses gares : Paris-Austerlitz, Paris-Est, Gisors (Eure), Saint-Sulpice-Laurière (Haute-Vienne), La Souterraine (Creuse) et évidemment Limoges, le terminus des personnages.
INFORMATIONS
Les autres films inclus dans la rétrospective sont "Hôtel de France" (1987) et "Gabrielle" (2005).
Plus d’information sur le site de Malavida Films

