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Critique Série : SPACE FORCE – SAISON 1

Série créée par Greg Daniels et Steve Carell
Avec Steve Carell, John Malkovich, Ben Schwartz, Diana Silvers, Tawny Newsome, Lisa Kudrow, Jimmy O. Yang, Alex Sparrow, Don Lake, Noah Emmerich, Fred Willard, Dan Bakkedahl, Jessica St. Clair…

Première sortie en France : 2020 sur Netflix
Format : 30 minutes en moyenne par épisode (10 épisodes pour la saison 1)
Site officiel : Facebook

Synopsis

Sur décision du président des États-Unis, l’armée américaine se dote d’une nouvelle branche : la Space Force. Le général Mark Naird est nommé pour en prendre la direction et il décide d’installer son QG dans le Colorado, où il doit notamment collaborer, côté scientifique, avec le docteur Adrian Mallory. Parmi les objectifs de cette Space Force : retourner sur la Lune et y installer une base pérenne.

Rapidement, Mark Naird doit faire face à de nombreux défis et obstacles de différentes natures : militaires, scientifiques, géopolitiques, médiatiques, mais aussi personnels et familiaux…

Critique : May the Space Force be with you !

Dès les premières scènes, la série s’ancre dans un présent bien déterminé : celui de l’Amérique de Donald Trump. Car la Space Force n’est pas qu’une simple idée scénaristique : il s’agit du pendant fictionnel de cette véritable branche de l’armée américaine créée en décembre 2019 sur décision de l’actuel président des États-Unis. Le personnage du président n’apparaît jamais dans la série et le nom de Trump n’est jamais prononcé, mais il est omniprésent dans les dialogues et Trump est clairement identifié de façon parodique et satirique, et ce dès la première scène avec une réplique hilarante d’un personnage annonçant que le président américain a probablement voulu impulser une mission « Boots on the Moon » (littéralement « des bottes sur la Lune ») en écrivant sur Twitter « Boobs on the Moon » (« des seins sur la Lune »). Notons que pour transposer le calembour dans les sous-titres français, les traducteurs ont opté pour une autre obsession trumpienne en transformant « Objectif Lune » en « Objectif thune ».

Malgré ce début prometteur, on est d’abord sceptique sur la capacité à tenir cette tonalité sur la longueur tout en proposant un scénario qui tient la route. Les premiers épisodes s’avèrent un peu bancals, l’équilibre étant très délicat à obtenir entre humour potache, satire politique, enjeux plus ou moins réalistes et construction de personnages cohérents. Le lancement de la série paraît donc aussi incertain que celui du programme lunaire que Mark Naird doit faire aboutir. Mais les doutes sont progressivement (et assez rapidement) dissipés car la série parvient à stabiliser son univers. On est même plutôt surpris par la capacité des créateurs et scénaristes à combiner humour, satire et émotion.

En tant que spectateur, il faut donc se laisser le temps de se familiariser avec les personnages, d’apprendre à les connaître. Au début, ils apparaissent surtout comme des marionnettes destinées à nous faire rire ou, pour d’autres, comme des faire-valoir au charisme limité. Ils développent toutefois une vraie personnalité au fil des épisodes et on finit par s’attacher à eux. Si le personnage principal apparaît d’abord comme la caricature du militaire macho, bourrin et tête à claque – voire comme une transposition partielle des caractéristiques de Trump – il s’avère plus complexe et plus touchant que prévu, notamment dans ses relations avec les autres protagonistes. Steve Carell trouve peut-être dans ce personnage l’un des meilleurs rôles de sa carrière, lui permettant d’étaler toute la palette de son talent d’acteur.

Le reste de la distribution n’est pas en reste. John Malkovich est excellent dans le rôle du scientifique – qui déploie lui aussi une vraie variété de jeu et d’émotions – et son binôme avec Steve Carell se renforce progressivement. Lisa Kudrow ne surjoue pas l’excentricité de l’épouse de Mark Naird, qui se retrouve en prison dès le deuxième épisode sans que l’on ne sache pourquoi (on espère le savoir dans une saison 2 !), alors que Diana Silvers (découverte dans le film "Ma") remplit très bien sa mission de fille de général à mi-chemin entre la rébellion et le désabusement. Parmi les protagonistes un peu plus baroques, citons notamment Ben Schwartz dans le rôle de Tony « Neurchi », l’excentrique responsable des médias par qui passe majoritairement la satire des dérives de l’hypercommunication et de l’hyperconnexion caractéristiques de notre époque, ainsi que le méconnu Don Lake incarnant le décalé Brad Gregory, l’hilarant second du général Naird. Enfin, n’oublions pas un duo qui prend progressivement de l’ampleur : Tawny Newsome, la pilote afro-américaine (entre autres responsable d’un lapsus très drôle lors de son arrivée sur la Lune), et Jimmy O. Yang, le scientifique pince-sans-rire d’origine asiatique.

Au final, la diversité des personnages et des situations permet à la série d’aborder des sujets étonnamment variés qui dépassent le cadre principal de cette histoire politico-militaro-scientifique. Sexualité, féminisme ou diversité culturelle sont ainsi des exemples de thématiques abordées par la série, avec parfois une surprenante subtilité. Si certaines situations sont bel et bien grotesques (mais généralement au bénéfice du rire ou de la dramaturgie), il convient d’admettre que l’ensemble est d’une grande pertinence. Au même titre que les séries françaises "Au service de la France" ou "Loin de chez nous", "Space Force" parvient donc à maîtriser cette position d’équilibriste qui consiste à concilier les tonalités et les enjeux. Il faut désormais espérer que Netflix officialisera une saison 2 et que celle-ci sera à la hauteur de cette enthousiasmante saison 1.

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur