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ABUS DE BOUQUINS : La Peau de l’autre, tome 1 : Pile et Face

En avril 2021, la première partie d’un diptyque BD est sortie en librairie : "La Peau de l’autre". La promesse d’un second opus encore plus cinématographique…

Le récit commence en 1941 à New York. L’histoire a alors plus de rapport avec la musique qu’avec le cinéma (sauf à considérer la deuxième planche où un personnage propose une toile à la femme qu’il drague !) mais l’atmosphère est prometteuse, avec des cases variant les échelles de plan et mettant efficacement en valeur la présence d’une mélodie ou l’écoulement du temps.

Nous faisons donc la rencontre avec Harvey et Ross, qui développent un projet de comédie musicale intitulée "Heads or Tails" (« Pile ou face », soit quasiment le titre de ce premier tome), avec le rêve de conquérir Broadway. Le caractère de chaque protagoniste est rapidement mis en place : Harvey est le véritable artiste qui a le talent, Ross l’arriviste qui a le bagout, tandis qu’Edith, actrice également en quête de gloire, incarne la rivalité entre les deux amis.

L’année 1941 n’est évidemment pas choisie au hasard. Après une dizaine de pages faites d’enthousiasme, d'ambition et d’insouciance sur fond de piano, c’est un autre son qui fait basculer le scénario : une sirène annonçant l’entrée en guerre des États-Unis après l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais. Une ellipse propulse ensuite Harvey trois ans plus tard à bord d’un avion militaire, dans une scène adressant un clin d’œil à Boris Karloff et au film "La Fiancée de Frankenstein" (sorti en 1935).

© Bamboo Éditions

L’ombre du cinéma fantastique plane sur le récit

Le Septième Art semble assez loin mais cette séquence pose les jalons de ce qui suivra, à la fois pour le destin du héros et pour l’omniprésence des références au cinéma de genre et notamment au fantastique.

Au fil des pages, on aura par exemple droit à une scène dans un cinéma projetant le film "The Mummy’s Ghost" (sorti en 1944), à des affiches et extraits de longs métrages fictifs, au recours à la presse spécialisée ("Variety", "The Hollywood Reporter"), à des vues des studios hollywoodiens, ou encore à un pseudonyme lorgnant explicitement du côté de la saga "Alien" (Ferenc de Nostromo). Côté influences, on pensera aussi à "Phantom of the Paradise" ou à "Au revoir là-haut" mais croyons Serge Le Tendre sur parole concernant le second : il assure que son propre scénario a été écrit avant 2015 et sans avoir jamais lu le roman de Pierre Lemaître dont le film de Dupontel est l’adaptation.

Ne dévoilons pas plus l’intrigue de cette bande dessinée, et indiquons seulement que la Seconde Guerre mondiale n’est pas au centre des enjeux (en six pages, l’affaire est presque pliée, puis s’ajouteront quelques cases de flashbacks) et qu’il est plutôt question de trahison et de vengeance, avec un personnage flirtant avec le super-héros masqué (ou plutôt demi-masqué).

Le lien avec le cinéma est assez ténu dans ce premier tome 1, mais le second volet du diptyque promet d’être plus hollywoodien. À suivre…

Informations

Références bibliographiques : Serge Le Tendre (scénario) et Gaël Séjourné (dessins et couleurs), "La Peau de l’autre", tome 1 "Pile et Face", collection « Grand Angle », Bamboo Édition, 2021

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur