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ZOOLOGIE

Sans queue ni tête

Natacha a la cinquantaine déjà bien entamée et mène une vie morne aussi bien dans son travail au zoo (où elle subit les humiliations de ses collègues de travail) que dans sa relation avec sa mère bigote. Un jour, elle ressent une douleur dans le bas du dos et s’aperçoit qu’elle a désormais une queue de chat ! Un jeune radiologue est si fascinée par cette particularité anatomique qu’il tombe amoureux d’elle. Et pendant ce temps-là, une rumeur annonce dans le village qu’une femme serait possédée par le diable…

Si l’on est déjà un inconditionnel des ovnis cintrés du cinéaste grec Yorgos Lanthimos ("Canine", "The Lobster"), une simple lecture du synopsis de "Zoologie" devrait amplement suffire à pousser un cri de joie. À l’arrivée, ce film russe n’a d’insolite que ce détail caudal, que l’on finit presque par oublier en moins d’un quart d’heure au profit de ce qui s’apparente à un énième drame en milieu social russe dominé par la grisaille et la neurasthénie. La grosse erreur du film réside pourtant ailleurs : si le sujet à aborder était le rejet dans une Russie intolérante (ce que le réalisateur avait déjà traité par le biais du rapport à l’handicap dans son précédent film "Classe à part"), le résultat frise le degré zéro en matière de cruauté et de décalage. La dimension de fable sociale et symbolique, que recherchait sans doute le réalisateur, nous conduit à nous coltiner un plancher des vaches aux allures de terrain vague thématique, ce qui a pour effet fatal de faire perdre au film son aptitude à tenir un vrai propos.

Ah tiens d’ailleurs… un personnage féminin qui se découvre quelque chose d’inhabituel sur (ou dans) l’organisme, qui subit les humiliations des gens avec qui elle travaille, qui tombe amoureuse d’un beau jeune homme et qui doit en plus se coltiner une mère bigote dans son appartement, ça ne vous rappelle rien ? Allez, un indice : dans "Zoologie", par contre, il n’y a pas de douche de sang… Mais loin de la tragédie stylisée qui irriguait le drame horrifique de Brian De Palma, la quête d’affirmation filmée par Ivan Tverdovsky ne sait jamais quel angle choisir entre chronique sociale et fable métaphorique, ni même faire en sorte que les deux soient parfaitement croisés et équilibrés. On passe donc tout le film à se tourner les pouces, attendant en vain de voir ne serait-ce que la queue d’un propos surgir d’ici ou de là. Tout juste peut-on se contenter d’une timide scène de sexe dans une cage à singes d’un zoo, qui, au moins, a le mérite d’être un minimum troublante. Mais si l’on souhaitait profiter de ce point de départ loufoque (un simple prétexte, hélas…) pour voir un cinéaste déglinguer de l’intérieur une Russie encore bloquée dans ses archaïsmes sociaux et religieux, c’est peine perdue. À tout prendre, mieux vaut revoir "Léviathan" : moins loufoque, certes, mais infiniment plus habité…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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