YO (LOVE IS A REBELLIOUS BIRD)
Une intimité parfois gênante, mais un projet inventif
Synopsis du film
Quand Anna a fait la connaissance de son amie Yolanda (Yo), elles avaient respectivement 24 et 73 ans. Lorsque Yo meurt en 2013, Anna, qui l’a filmée durant sa dernière année, a beaucoup de mal à faire son deuil. Elle décide de perpétuer sa mémoire, notamment en construisant une maquette de sa maison à l’échelle 1/3…
Critique du film YO (LOVE IS A REBELLIOUS BIRD)
Ce documentaire, en compétition à la Berlinale 2026, est doublement intime, puisqu’il explore à la fois la vie de Yo et les émotions d’Anna depuis la perte de son amie. C’est donc une histoire de vie comme de deuil, et c’est ce qui la rend éloquente et régulièrement poignante. On peut pourtant, parfois, ressentir une certaine gêne en plongeant dans de telles intimités, et cela tient notamment à la façon dont Anna filme Yo dans n’importe quelle situation – par exemple, la scène où Yo prend son bain apparaît d’abord comme une manière de nous questionner sur le tabou de la nudité d’une personne âgée, mais l’insistance de cette longue scène flirte avec l’indécence. Par ailleurs, on peut se questionner sur la démarche d’art-thérapie que représente un tel film : tout se passe comme si Anna Fitch faisait avant tout ce film pour elle-même, dans une démarche de deuil personnel et de psychanalyse, et éventuellement pour ses proches et la famille de Yo. Potentiellement, le public est laissé en-dehors du projet ou condamné au voyeurisme.
Heureusement, la figure ô combien singulière de Yo – charismatique, franche, décomplexée, iconoclaste – contribue à rendre le film intéressant, entre autres pour ce que son parcours raconte de la condition féminine et de la liberté en général. Et finalement, le documentaire parvient régulièrement à trouver une résonance universelle, ce qui légitime son existence malgré les possibles embarras. En outre, il s’agit bien d’un film de cinéma et non d’un simple film personnel, grâce à la qualité de son montage (fait par le coréalisateur, Banker White, qui est par ailleurs le conjoint d’Anna Fitch), qui utilise à merveille différents types d’images (archives de la vie de Yo, œuvres d’art…) et, évidemment, à la reproduction par Anna de la maison de Yo à l’échelle 1/3 et aux marionnettes qui lui redonnent presque vie. En cela, le film a bien mérité l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique qui lui a été décerné à Berlin.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
