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YEMA

Un film de Djamila Sahraoui

Aride

Ouardia vient de perdre Tarik, l'un de ses fils tué lors de la guerre civile opposant la garde civile aux maquisards islamistes. Ouardia revient dans sa maison natale enterrer sa dépouille et en profite pour cultiver un petit jardin. Très vite, son deuxième fils, Ali, resurgit, ce que Ouardia ne voit pas d'un très bon œil. Elle sait qu'il a pris le maquis il y a bien longtemps et elle le soupçonne même d'avoir tué Tarik…

Multiplement primé lors de divers festivals internationaux (Namur, Dubaï, Alger), "Yema", le dernier film de la réalisatrice algérienne Djamila Sahraoui sort finalement un an après sa première projection en sélection Orizzonti lors de la 69ème Mostra de Venise. "Yema" (terme arabe signifiant « mère ») centre son point de vue sur celui d'une algérienne, dont les enfants ont choisi deux voies opposées. Ali a pris le maquis dans les hautes montagnes auprès des islamistes et Tarik, qui était membre de la garde civile, a perdu la vie dans ce conflit qui oppose le gouvernement aux islamistes. Ouardia vient de perdre son fils qu'elle chérissait le plus car il avait choisi la voie vertueuse. Elle revient aujourd'hui dans sa maison isolée, au pied de la colline, pour l'y enterrer. Cette terre qui accueillera la dépouille de son fils bien aimé, elle l'a travaillera obstinément jusqu'à en faire un jardin. Et ce n'est pas le geôlier que lui a collé Ali qui l'en empêchera.

"Yema" se passe de dialogue. Très parcimonieux dans les paroles, tout se joue dans les regards et les actes parfois difficiles à cerner. Le visage marqué et fermé, la réalisatrice et actrice principale déploie un jeu tout en retenu mais très éloquent sur les positions de son personnage. Le mépris pour celui qu'elle soupçonne d'avoir tué son fils préféré est palpable. L'ambiance se construit dans les non-dits même si le faux rythme que la réalisatrice met en place déstabilise et laisse perplexe. "Yema" se passe également de musique. Pas de corde sensible à tirer à l'aide de notes de musique mais plutôt le bruit du vent dans les oliviers, le bruit des pas foulant cette terre aride, à l'image de Ouardia, meurtrie dans sa perte. Heureusement, ceci est contrebalancé par un formidable sens du cadre sachant utiliser les contrastes du paysage, à la fois lumineux et coloré, et profondément sombre et terne.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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