WOLFRAM
Beau et pertinent, mais trop cliché et prévisible
Synopsis du film
Dans les années 1930, dans une colonie minière reculée dans l’outback australien, des Blancs, des Aborigènes et des Asiatiques se croisent, se fuient ou se cherchent. L’arrivée d’un duo de hors-la-loi va perturber ce territoire, alors qu’au même moment, une mère aborigène se résout à partir pour le Queensland tout en espérant revoir les enfants qu’elle doit abandonner sur place…
Critique du film WOLFRAM
Six ans après "Sweet Country", qui lui avait valu un prix à Venise, Warwick Thornton revient au western, cette fois en compétition à Berlin. Une nouvelle fois, il dénonce le traitement des Aborigènes par les Blancs, avec le récit parallèle de plusieurs personnages. Malheureusement, "Wolfram" n’atteint toutefois pas le même niveau que "Sweet Country" en termes de scénario et de réalisation.
La mise en scène Thornton est décevante : ponctuellement confuse (surtout concernant d’étranges plans insérés : correspondent-ils à des visions justifiées par la notion aborigène de « temps du rêve » ?), elle est globalement trop appuyée (comme cette répétition de plans montrant la mère semant des perles sur son trajet, au cas où on n’aurait pas compris…), versant régulièrement dans le cliché ou le prévisible, si bien qu’on devine aisément une bonne partie des rebondissements (la seule grosse surprise concerne les deux enfants vers la fin, mais c’est une maigre consolation). En outre, un point du scénario laisse perplexe concernant sa crédibilité : comment, dans un lieu si reculé et peu peuplé, des personnages peuvent-ils ignorer leur existence mutuelle durant tant d’années ? Par ailleurs, même si le cadre du récit est l’exploitation du tungstène (anciennement appelé « wolfram »), cela ne semble pas suffisamment central pour justifier un tel choix obscure de titre…
Pour autant, "Wolfram" ne manque pas de qualités, notamment pour l’image, aussi réussie que dans "Sweet Country" – et il est bon de signaler que Warwick Thornton est initialement directeur de la photographie et qu’il continue d’œuvrer sur ce poste, y compris pour ses propres films. Concernant le propos, ce long métrage apporte une petite nouveauté par rapport aux précédents longs métrages de Thornton (également auteur, notamment, du très émouvant "Samson et Delilah") : en introduisant trois immigrés asiatiques, il imagine une solidarité entre deux communautés méprisées par les Blancs, pour mieux dénoncer le racisme.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur


