WELCOME TO EUROPE
No pasarán
Synopsis du film
Le grand-père de Cyril a fui l’Espagne de Franco après s’être battu contre le fascisme, et a reçu en France un accueil des plus hostiles, passant de héro à menace pour la société. De cet héritage, Cyril Montana se questionne : l’accueil des migrants aujourd’hui a-t-il changé ? Notre rapport en tant que société à ces flux migratoires a-t-il évolué lui aussi ? En décidant de remonter le chemin des migrants pour les rencontrer tout comme les acteurs de terrain qui accompagnent ces histoires humaines, Cyril Montana remet au cœur du débat le vrai sujet : l’immigration n’est menaçante que si les politiques abandonnent leur humanité…
Critique du film WELCOME TO EUROPE
Ce slogan (« no pasarán ») hérité des combattants du franquisme pendant la guerre civile espagnole vient clore le film de Cyril Montana. Ces quelques mots résument à eux seuls le lien entre son histoire familiale et son film, d’une franche charge politique contre les pays de l’Europe qui au lieu d'accueillir, se referment sur eux-mêmes depuis des années, oubliant par la même occasion que leur histoire a toujours été liée à celle de l’immigration (souvenez-vous, qui a reconstruit les villes au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale ?). Il en fallait du courage pour écrire et tourner un film sur le sujet complexe de l’immigration, pourtant désormais maintes fois mis en images à travers des documentaires et des films de fiction.
Cyril Montana part à la rencontre, le long de la route migratoire vers l’Europe, des migrants et des personnes du terrain et de quelques politiques aussi, qui œuvrent pour rendre le voyage un peu plus humain. Des bénévoles à Paris ou Calais de l’association Utopia 56, aux médecins dans les camps de réfugiés sur l’île de Lesbos, en passant par la vallée de la Roya notamment chez Cédric Herrou (poursuivi par la justice pendant plusieurs années alors qu’il portait secours aux migrants de passage), tous racontent la même histoire. Celle d’une violence sans fin, du pays de départ souvent à cause de la guerre, aux traversées du Sahara, à la peur des Libyens sur terre ou en mer qui commettent des exactions, puis à la traversée de la Méditerranée, cette mer monstrueuse qui avale tant de radeaux de fortunes. Pour finir, il montre aussi l’espoir qui soutenait les forces des uns et des autres, leur permettant de survivre à tout ça, s’éteint brusquement, lorsque les conditions d’accueil dans des camps surpeuplés et parfois violents et les politiques des pays leur font comprendre qu’il n’existe peut-être pas de terre d’accueil.
C’est d’ailleurs cette dimension qui est souvent oubliée dans les récits migratoires, et que les migrants interrogés devant la caméra nous rappellent : ce voyage n’est jamais un voyage de confort, c’est une fuite. Et cette traversée, si elle ne les tue pas tout de suite, les marque à jamais de traumatismes et les épuise mentalement, pouvant donc les tuer à petit feu. En regardant droit dans les yeux cette vérité crue, Cyril Montana nous remet à notre place d’humain. Et de manière fine et maline, il apporte aussi dans son documentaire des éclairages d’économistes et de chercheurs pour mettre fin à l’éternel débat sur « l’immigration [qui] coûte cher ». Et tous sont unanimes : l’immigration est neutre en coût. Ce documentaire nécessaire est une percée pour tenter de sortir du récit migratoire imposé par des politiques xénophobes, et pour se rappeler que dans notre devise il y a le mot « fraternité ».
Océane CachatEnvoyer un message au rédacteur

