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VIVALDI ET MOI

Musique et émancipation féminine

Synopsis du film

1716 à Venise. L’Ospedale de la Pietà, orphelinat religieux, regroupe des jeunes filles auxquelles est enseignée la musique. Chaque dimanche, elles donnent un concert, derrière une grille au dessus de l’orgue de la chapelle, attirant ainsi les faveurs et les dons des riches familles de la ville. Cecilia, 20 ans, douée par le violon, n’a jamais renoncé à ce que sa mère vienne la chercher un jour. Lorsque le fameux Vivaldi, dans une mauvaise passe financière, accepte le poste de professeur, celui-ci choisit de la prendre pour premier violon. Mais à la fin de Guerre, Cecilia devra se marier avec un militaire, qui a déjà versé une avance à l’institution…

Critique du film VIVALDI ET MOI

Il faut bien avouer que deux ans après le calamiteux "Gloria !", film également centré la musique, qui se passait dans une école de jeunes filles italienne, à l’époque napoléonienne, la perpective de se retrouver face au même type d’histoire, générait quelques inquiétudes. Mais contrairement à Margherita Vicario, qui jouait aussi la carte de personnages féminins en pleine émancipation avec une dose de supposée modernité, Damiano MIchieletto, formidable metteur en scène d’Opéra (dont la version des "Contes d’Hoffman" présentée à Lyon en fin d’année dernière), a plus tenté de reconstituer une époque et les nombreux détails, contextualisant la place de la femme à l’époque.

Ainsi non seulement on pourra découvrir ici le fonctionnement de ces organismes, dépendant de leur réputation musicale, mais aussi du bon vouloir financier de donateurs oisifs, mais aussi la manière dont les enfants sont abandonnés à la porte ou dont les registres sont tenus, un demi-écusson servant de lien potentiel avec la mère. Insistant au travers de l’intrigue, sur la manière dont les pensionnaires sont aussi vendues à leurs futurs maris, souvent parents d’enfants de leur âge, la question de la « valeur » de la femme est intelligemment posée. Une des jeunes filles affirme d’ailleurs que la virginité est la seule chose qui compte, alors que le comportement des hommes croisés s’apparente au mieux à du paternaliste, au pire à de la possession.

Utilisant la musique toujours à bon escient, comme marqueur d’un don pour Cecilia, comme petites touches qui émanent d’une écriture de partition pour Vivaldi, ou comme appui à certaines scènes clés du film, Damiano Michieletto n’en fait jamais trop. L’utilisation de la musique dans la conclusion, grandiloquente et grotesque dans "Gloria !", devient ici épurée, marquant le contraste entre deux triomphes, l’un dans le tumulte, l’autre dans le calme d’une liberté qui s’esquisse. Et le réalisateur s’offre même le luxe d’une scène magistrale et lugubre, de jeu de colin maillard entre nobles, impliquant le roi du Danemark. Simple et moderne dans ses messages, malin dans sa manière d’amener les actes de son héroïne, "Vivaldi et moi" porte bien son titre (originellement c’était "Le Printemps", en italien), et pourrait être l'une des surprises de l’avant Cannes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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