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VISAGES VILLAGES

Rencontre de deux amoureux de l’image et des gens

À bord de son camion photographique, JR emmène Agnès Varda parcourir les routes de France pour réaliser des projets improvisés ou élaborés à l’avance. Entre rencontres et confessions, les deux artistes immortalisent ainsi leur admiration et leur amitié l’un envers l’autre…

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Tout bien réfléchi, la rencontre entre Agnès Varda et JR était inévitable. Elle, parcourt le monde depuis 60 ans pour mettre en lumière le quotidien des gens restés dans l’ombre. Lui, voyage depuis moins longtemps, mais placarde en grand sur les murs l’image de ces mêmes personnes. Comment leur destin se sont-ils croisés ?… Le film vous l’expliquera, comme il vous présentera toutes les autres rencontres que ces deux artistes ont faites lors de leur road trip aux quatre coins de France, voire un peu plus loin.

Improvisés, préparés ou manqués, ces rendez-vous ponctuent ce film juste et sensible qui, loin de n’être qu’un simple catalogage de performances artistiques, témoigne aussi d’une époque passée ou présente. Agnès Varda ou JR font découvrir l’un à l’autre des endroits qui leur tiennent à cœur. Ainsi Varda qui a toujours été inspirée par les chèvres, propose à JR de rencontrer des éleveurs. Ils feront ainsi la connaissance de Patricia qui dirige une des rares fermes où l’on ne coupe pas les cornes des biquettes (une bête cornue étant moins rentable en lait qu’une autre dont on a brûlé les cornes à la naissance). Plus tard, JR emmènera Agnès au port du Havre où il avait tourné une partie de son film « Women are heroes ». Ils y croiseront cette fois d’autres femmes, celles des dockers.

Au gré de leurs discussions, les deux artistes s’apprivoisent petit à petit et le film prend un caractère plus intime. Les étapes s’espacent pour laisser libre cours à des moments d’échanges entre la réalisatrice et le photographe. Entre complicité et confessions, le trentenaire qui ne veut pas montrer son regard filme celui meurtri de cette octogénaire qui, chaque mois, doit subir une intervention douloureuse pour ne pas perdre la vue. Entre gros plans et grands espaces, chacun rend hommage alors aux personnes qui leur sont chères : la grand-mère de JR ou bien encore le photographe décédé Guy Bourdin, ami de jeunesse d’Agnès.

Passionnés et passionnants, Agnès Varda et JR nous offrent ici une œuvre profondément touchante où l’imagination se mêle à la curiosité ; où les souvenirs de jadis se confondent aux nouvelles amitiés. Cette parenthèse dans la carrière des deux artistes met parfaitement en abyme l’essence même de leur art : une vision altruiste et profondément humaine du monde qui les entoure avec, encore et toujours, cet optimisme infaillible qui, inéluctablement, vous emporte dans son élan.

Gaelle BoucheEnvoyer un message au rédacteur

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