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VISAGE

Un film de Tsai Ming-liang

Un voyage plus artistique que cinématographique

Un réalisateur taïwanais tourne un film au musée du Louvre, avec le comédien Jean-Pierre Léaud dans le rôle titre et la top-model Laetitia Casta. Or le tournage, déjà très chaotique, est brusquement arrêté lorsque le réalisateur apprend le décès de sa mère. Sa productrice doit alors se rendre à sa place dans son pays afin d’assister aux obsèques, laissant toute l’équipe en proie à la plus totale confusion…

Tsai Ming-Liang nous a habitués à un cinéma assez expérimental, avec des films comme « Good by Dragon Inn », où l’on découvrait que des plans fixes pouvaient durer dix minutes sans qu’il ne se passe rien, ou encore « I don’t want to sleep alone », film d’une lenteur presque léthargique (mais qui n’en est pas moins réussi). « Visage », s’il se place dans la continuité du travail du cinéaste taïwanais, va encore plus loin dans le processus artistique. On n’est donc pas surpris d’apprendre qu’il s’agit d’une commande du musée du Louvre.

Chaque scène est spéciale, toujours empreinte d’une étrange absurdité. Pour n’en citer que quelques unes : la longue tentative du personnage principal (Lee Kang-Sheng, acteur fétiche et miroir du réalisateur), désespérée et néanmoins comique, de stopper une fuite d’eau niagaresque dans sa cuisine. Un intermède musical sous la neige, en plein parc des Tuileries, interprété en play-back dans une ambiance clipesque et onirique. Laetitia Casta, à contre-emploi, qui s’applique à couvrir la fenêtre de sa chambre de chatterton noir jusqu’à l’obscurité complète (pendant 5 minutes !). Ou encore Mathieu Amalric, en gigolo des bois, qui intercepte et retient le réalisateur dans un buisson... Chaque séquence pourrait être un court-métrage, décalé voire complètement barré. L’apparition de nombreuses stars du cinéma français, acteurs et actrices fétiches de François Truffaut, ne fait qu’amplifier le caractère magique et nostalgique du film.

On se régale donc par à-coups, face à une suite de mini chef-d’oeuvres dont la qualité de la mise en scène et la créativité sont indéniables. Le problème est que mises bout à bout, lesdites scènes peinent à trouver une quelconque résonance. On s’extasie tout en étant largué, on récolte sans comprendre, et on finit par s’impatienter face au délire stérile de Tsai Ming-Liang. Un tel film a-t-il sa place dans les salles obscures ? Rien n’est moins sûr, tant il semble peu accessible et compréhensible dans sa globalité. Une scène, toutefois, suffit à conquérir nos sens et notre coeur : celle où le réalisateur, complètement démuni, assiste à la danse vampiresque d’une Laetitia Casta au sommet de sa sensualité. Cette séquence, chorégraphiée à la perfection, sans musique ni dialogue, frise la perfection tant elle est sublime et incongrue à la fois. C’est bien là toute l'ambiguïté de « Visage », film inracontable qui flirte sans cesse entre virtuosité et absurdité.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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