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VIRAMUNDO

Un voyage musical décousu

De Bahia en Australie, en passant par les townships d’Afrique du Sud pour finir par l’Amazonie, le musicien brésilien Gilberto Gil nous entraîne, le temps de sa tournée, au cœur d’une diversité multi raciale et culturelle. Premier Noir devenu Ministre de la culture au Brésil, artiste engagé, Gilberto Gil vient à la rencontre de ces hommes qui à travers le monde, comme lui, font de la musique un art libre...

Après son film musical avec le chanteur sénégalais Youssou N’Dour, « Retour à Gorée », Pierre-Yves Borgeaud consacre son dernier documentaire « Viramundo » au musicien brésilien Gilberto Gil.

Né au Brésil dans les années 40, Gilberto Gil se tourne très rapidement vers la musique. C’est dans les années 60 qu’il connaît son premier succès et participe à la création du Tropicalisme, mouvement artistique brésilien. Après une fuite en territoire anglo-saxon pour échapper au gouvernement et à ses restrictions, Gilberto retourne finalement à Bahia au début des années 70 où il connaît un succès international. À la fin des années 80, il entame sa carrière politique et en 2003, il est nommé ministre de la culture, faisant de lui le deuxième Noir à entrer au gouvernement brésilien.

Dans ce documentaire musical et politique, on suit notre chanteur lors de sa dernière tournée aux quatre coins du monde. À chaque nouveau territoire, le schéma est globalement le même : moment de rencontre avec les artistes locaux tels Shellis Morris, chanteuse australienne indigène ou Paul Hanmer, pianiste de Johannesburg, puis rencontre avec les habitants, et pour finir, le concert.

La musique rythmée de Gilberto Gil nous permet de tenir face à ce récit qui a bien du mal à prendre forme. Pierre-Yves Borgeaud aborde différentes questions comme le libre accès à la culture ou l’importance de l’usage de la technologie, mais le fil conducteur est mince. On ne sait pas vraiment où le réalisateur veut en venir, et il est donc facile de décrocher. Le dispositif filmique est lui aussi troublant. Pour certains échanges, les axes et les valeurs de plans sont multiples. Certes cela ajoute à l’esthétisme du film, mais nuit à la sincérité de l’instant, en réalité joué. En ce sens, Gilberto Gil paraît parfois agir en fonction de la caméra, même en dehors des moments d’interviews. Très vite, l’homme aux qualités artistiques et à la carrure politique semble recouvert d’un verni inutile.

« Viramundo » est dans son ensemble un joli voyage musical mais ne réussit malheureusement pas à traduire la profondeur de cette figure politique et culturelle du Brésil.

Anne-Claire JaulinEnvoyer un message au rédacteur

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