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VAURIEN

Un film de Peter Dourountzis

Un portrait profondément dérangeant

Djé sort de maison d’arrêt. Il n’a pas de domicile fixe. Régulièrement, il joue les provocateurs face aux gens qu’ils croise. Débarquant en ville, il utilise son charme, notamment avec une femme, croisée dans un bar, espérant peut-être squatter chez elle…

Vaurien film movie

La réussite de "Vaurien" tient dans la permanente mise en scène de l’ambiguïté de son personnage principal. Une mise en scène que déploie le personnage lui-même, s’amusant à provoquer le malaise chez ceux qu’il croise, qu’il s’agisse d’une jeune femme qui parle fort au téléphone dans un train, ou d’un couple à une terrasse. Un comportement qu’incarne avec une certaine malice Pierre Deladonchamps ("Linconnu du lac", "Les Chatouilles", "Notre dame") toujours borderline, sourire narquois, regard cherchant le contact, affichant une troublante satisfaction lorsqu’il dérange. Mais aussi une mise en scène de l’espace et des corps, signée Peter Dourountzis, qui suggère discrètement la notion de danger par le décor (une marque au sol dans une ruelle indiquant « Ici, une femme a été battue », un panneau « Mesdames ne rentrez pas seules »…), tout en juxtaposant une situation au dérapage potentiel (le personnage qui suit une femme dans une ruelle mal éclairée, ou dans un ascenseur…).

Jouant sur les clichés de l’agresseur potentiel, le film s’avère profondément dérangeant, car il montre à la fois la construction mentale autour de la notion de danger (pour les personnages secondaires comme pour le spectateur), cataloguant d’emblée son anti-héros, et une spirale d’exclusion dont il semble impossible pour certains de s’extraire. Se construisant au final comme une parenthèse de liberté pour un personnage à la potentielle violence, mais confronté à une violence sociale quasi constante, le long métrage est ponctué de moments de tensions à la limite du soutenable, dans la plupart desquels, il se passe paradoxalement peu de choses. Mais le danger suinte presque de chaque plan, nous dirigeant vers une conclusion implacable, toujours aussi ambiguë quant aux intentions d’un personnage dont l’image socialement condamnée côtoie une vraie noirceur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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