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UNE SAISON EN FRANCE

De la condition d’être migrant

Abbas est un sans-papier venu de Centrafrique, où il était professeur de français, en compagnie de ses deux enfants, et habite d’appartement en appartement à Paris. En attendant la réponse à sa demande de régularisation, il travaille sur un marché où il a rencontré Carole, une fleuriste avec qui il a entamé une liaison. Mais la situation d’Abbas est liée à sa demande d’asile…

Film social mêlant regard réaliste sur la condition de sans-papier en France et histoire d’amour, "Une saison en France", suit le parcours d’Abbas et de ses deux enfants mais aussi de façon plus lointaine celui d’Etienne (ex-professeur lui aussi), l’oncle des enfants. Le personnage d’Abbas navigue entre espoir et résignation, restant prisonnier de son deuil (la perte de sa femme lors de leur fuite de Centrafrique) comme d’autres migrants, et ne pouvant construire une relation amoureuse totale, hanté par cet évènement dont la fuite sur les routes ne sera pas le remède. Sa vie n’est dorénavant que précarité, fuite, instabilité. Il espère pouvoir s’intégrer en France, quand Etienne, lui, est totalement désabusé jusqu’à atteindre le point de non-retour. On regrettera peut-être que ce personnage ne soit pas plus développé alors qu’il est celui soumis à de plus grandes difficultés. Le film comme ces personnages questionnent la place des migrants en France, d’ailleurs Etienne la pose à Abbas : Y-a-t-il une place pour eux en France ? Et si oui laquelle ?

Abbas tente de protéger ses enfants mais ils sont les victimes collatérales des décisions (ici négatives) concernant la demande de papier de leur père. Ainsi, ils se retrouvent balloter d’appartement en appartement, mais possèdent une volonté à toute épreuve d’aller à l’école et de faire leurs devoirs. Pour cette famille, il leur est quasi impossible de créer un foyer durable, obliger de fuir, car en situation illégale. La mise en scène arrive à ne pas forcer sur le pathos et sait rester sobre dans ce qu’elle montre. Ainsi la scène d’obtention du statut de réfugié est filmée à la fois comme une libération (avec une demandeuse qui se met à chanter lorsque sa demande est acceptée) mais aussi comme une sentence froide : ces êtres humains suspendus à la décision d’un juge et pris dans un rouage administratif. Ainsi c’est un simple bout de papier sur un mur qui leur annonce s’ils vont ou non pouvoir en obtenir. Mais on peut regretter la manière dont sont mis en image les rêves d’Abbas.

Sandrine Bonnaire est d’une sobriété et d’une justesse touchante dans son rôle de femme aimante et de bulle d’air pour Abbas qui l’aime et qu’elle aime mais la relation entre ces deux êtres, malgré la passion, n’est vouée qu’à être temporaire. Quant à Eriq Ebouaney, il réussit à donner corps à ce père sensible, tentant de garder sa dignité et se montrer solide devant ses enfants tout en craquant lorsqu’il est hors de leurs regards. "Une saison en France" tente de mêler à la fois une thématique sociétale d’actualité (la crise migratoire et la vie des sans-papiers) avec une histoire d’amour au second plan et réussit assez bien à faire cohabiter les deux d’un point de vue scénaristique. Néanmoins, le film n’offre pas une vision globale des situations de migrants et leur rapport à l’Administration française n’est que peu montré. On pourra enfin regretter la dernière scène qui fait perdre de la puissance dramatique au scénario, dommage.

Kevin GueydanEnvoyer un message au rédacteur

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