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UN POISON VIOLENT

Un premier film d’une impressionnante maturité

C’est les vacances d’été, et Anna, 14 ans, les passe en Bretagne chez son grand-père malade mais dont elle s’occupe comme une grande. Son père est absent, il a quitté le nid familial et va peut-être divorcer prochainement. Mais Anna adore son père. Plus que sa mère d’ailleurs. Elle, elle ne pense qu’à la confirmation de sa fille qui est organisée à l’église du coin dans les prochains jours, alors qu’Anna s’ouvre aux premiers émois de l’adolescence avec le jeune Pierre…

Katell Quillévéré est une toute jeune réalisatrice. A 29 ans, elle vient de mettre en boîte son premier long-métrage tout récemment sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise. La jeunesse baigne
ce film puisque son actrice principale, Clara Augarde, interprète Anna dans ce qui est sa toute première expérience sur grand écran. Ceci à seulement 15 ans !

« Un poison violent », même si le titre est quelque peu exagéré, est cette souffrance adolescente provenant de la perte d’une certaine innocence. Une innocence liée à un modèle familial qui s’écroule, une innocence liée à l’amour, prenant conscience au-delà des simples sentiments de l’importance des corps, une innocence liées à nos croyances chrétiennes qui peuvent être ébranlées, une innocence liée à la pensée d'une vie qui n’avait encore jamais croisé la mort.

Tous les personnages qui gravitent autour d’Anna sont incroyablement écrits. Tous ou presque ont un poison violent à combattre : la mère qui n’arrive pas à surmonter le départ de son mari avec une plus jeune qu’elle, le prêtre torturé par un amour interdit, le grand-père qui ne quitte plus sa chambre car atteint d’une sale maladie, le jeune garçon boosté par ses hormones qui ne sait pas comment s’y prendre avec les filles.

Katell Quillévéré, également auteur du scénario avec Mariette Désert, dresse un petit théâtre en Bretagne où elle met en scène une pléiade de personnages justes, et où pour chacun d’entre eux, se joue le drame d’une vie. Le film se terminant d’ailleurs par une scène terriblement émouvante.

Les acteurs sont épatants, à commencer par la jeune Clara Augarde, dont le talent et la frimousse rappelle la toute jeune Sandrine Bonnaire, sortie tout droit d’un film de Pialat. Lio est beaucoup plus crédible que dans « La robe du soir », autre long-métrage sorti cette année et qui marquait son grand retour au cinéma. Ici elle irradie le rôle de la mère croyante, généreuse et aimante, mais que sa fille repousse et dont on sent toute une détresse et une tristesse la submerger. Michel Galabru, en grand-père franc du collier et un peu vieux cochon, est impayable. Son sourire et sa joie de vivre contredisent joyeusement son grand âge. Que dire de Stefano Cassetti, en prêtre footballeur, si ce n’est qu’il est crédible de bout en bout, alors que son rôle est un des plus graves et des plus difficiles du film.

Côté personnages secondaires, on prend plaisir à retrouver Thierry Neuvic sur grand écran, plus habitué aux tournages de téléfilms et de séries télé. Enfin, mention spéciale au jeune Youen Leboulanger Gourvil qui emporte haut la main l’adhésion avec la géniale scène de la guitare, où il interprète une superbe chanson pour sa bien-aimée, véritable anti-poison violent assuré et qui laisse, dans ces drames de la vie, une trace de joie et d’espoir bienfaisante. Autant de maturité, pour un premier film signé à l’âge de 29 ans, on ne peut que s’exalter.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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