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UN JOUR AVEC, UN JOUR SANS

Entre subtilité et tendresse, la magie d’une rencontre

Un réalisateur arrive un jour trop tôt dans une ville où il vient présenter son film. Il rencontre une jeune femme avec qui il passera cette journée. Entre musée, restaurant et café, ils apprendront à se connaître…

Un homme rencontre une femme. Une journée pour se découvrir, une journée pour ne pas laisser passer sa chance. Rien d'original jusque-là. Mais c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe. Hong Sang-Soo relève le défi d'outrepasser le banal pour le sublimer. Étudions sa recette miracle. D'abord les acteurs. Deux comédiens de talent qui en un silence, un rire, un sourire ou un regard, nous amusent, nous émeuvent, nous intriguent. Mais de bons comédiens ne sont rien sans de bons dialogues. Ceux-ci sont prodigieux dans le sens où ils parviennent à retranscrire le naturel d'une première rencontre sans tomber dans le cliché. On les connaît, ces paroles balbutiantes, ces mots hésitants et pourtant on a l'impression de les redécouvrir à chaque fois. Enfin, une mise en scène géniale par sa simplicité. La plupart des plans sont fixes et longs, englobant à chaque fois les deux personnages dans le cadre. En évitant les habituels champs/contre-champs, le cinéaste nous plonge avec pudeur dans l'intimité de cette rencontre. Par des zooms inattendus, il recrée, cinématographiquement, le pouvoir d'un regard soutenu, la magie d'un instant furtif qu'on aimerait fixer dans la mémoire mais qui est destiné à nous glisser entre les doigts.

Mais une recette « excellente » d'une « bonne » recette se distingue par son ingrédient secret. L'exercice de style est annoncé par le titre. Nous verrons le film deux fois, une fois avec, une fois sans. Dans l'un, davantage de malaise, de rires nerveux, de tension. Dans l'autre, davantage d'honnêteté, de rapprochement, d'émotions. La différence n'est toutefois pas aussi flagrante que décrit ici. C'est dans les subtiles variantes entre les deux versions que se dessinent la complexité et la subtilité d'une rencontre amoureuse : ni toute noire, ni toute blanche. Il semblerait qu’on reproche à Hong Sang-Soo de se répéter et de faire inlassablement le même film. Je ne pourrai le confirmer car, bien que "Un jour avec, un jour sans" soit son dernier long métrage, il est, en ce qui me concerne, mon premier. C'est donc une découverte qui m'encourage à approfondir ma connaissance de ce cinéaste qui, s'il reproduit ses films avec autant de grâce, a bien raison de le faire !

Rémi GeoffroyEnvoyer un message au rédacteur

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