avec ou sans moustache

UN FILS

Un film de Amal Bedjaoui

Une histoire téléphonée, sans aucun atout au bout du fil !

Selim se travestit et se prostitue. Cachant cela à son père, il essaie de chercher l'amour de celui-ci, désespérément replié sur lui-même après la mort de sa femme et ses problèmes de santé. Rien de plus difficile pour quelqu'un qui se cherche déjà lui-même…

Amal Bedjaoui a beau sortir de l'IDHEC, ça ne l'empêche pas de signer un film plus proche de l'amateurisme inculte et naïf que d'un professionnalisme fut-il naissant ! Tout semble cliché dans cette histoire : personnages caricaturaux, situations attendues et mise en scène digne d'un gamin qui joue avec la caméra de son père ! Du coup, la réalisatrice ne fait même pas l'effort de cacher les artifices de sa mise en scène laxiste. Dès la première scène, par exemple, un homme qui vient de coucher avec Louise se relève avec un sexe étonnamment mou ! Et que dire de la musique qui est censée s'échapper du poste de radio du père ? L'effet pourtant simple est si bâclé qu'il semble manifeste que le son ait été rajouté en post-production.

Tout comme le son, la lumière est au même niveau que le Titanic post-iceberg et le jeu des comédiens, constamment dans le pathos, est sans doute révélateur d'une grande difficulté de direction d'acteurs de la part de Bedjaoui. Le jeune Mohamed Hicham confirme le manque de conviction qu'on avait déjà ressenti en lui dans « Meilleur espoir féminin » ; Hammou Graïa traîne un jeu plat tout au long du film, l'humanité de son personnage brillant tout de même un peu dans ses yeux à la fin ; Isabelle Pichaud ne se contente pas d'avoir co-écrit ce désespérant scénario et fait preuve d'une interprétation peu convaincante, voire agaçante ; seul Aurélien Recoing s'en sort bien avec un personnage mystérieux dont le regard inspire un certain malaise.

Le pire du film est la constante recherche d'une dramaturgie "à la mords moi l'nœud", dont l'apogée consiste en une séquence d'overdose "enfarinée", consternante de naïveté et d'exagération. Pour le spectateur inexorablement ennuyé, le film semble durer plus que ses 58 minutes, durée d'ailleurs infiniment trop grande comparée à ce que l'histoire nous apporte : rien !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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