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UN ÉTÉ COMME ÇA

Un film de Denis Côté

Trois femmes face à leur sexualité

Pendant 26 jours, trois femmes, Geisha, Léonie et Eugénie, ont accepté de faire partie d’une expérience concernant leur nature d’hyper-sexuelles, en s’isolant dans la même maison. Accompagnées par une thérapeute allemande et un éducateur spécialisé, elles tentent de faire face à leurs démons et d’envisager un avenir…

Un été comme ça film movie

Le réalisateur québécois Denis Côté est revenu en février dernier pour la quatrième fois en compétition au Festival de Berlin (après "Vic + Flo ont vu un ours" prix de l’innovation en 2013, "Boris sans Béatrice" en 2015, et "Répertoire des villes disparues" en 2019) avec le portrait de trois femmes ayant choisi d’intégrer pour 26 jours (moins une pause d’un jour et une nuit) une maison pour apprendre à s’isoler et faire face à leurs pulsions. Récompensé en 2021 également à la Berlinale, pour la mise en scène de "Hygiène sociale" (dans la section Encounters), celui-ci confirme une nouvelle fois la radicalité de ses parti-pris, avec ce nouveau film « écrit par un homme », qui aborde ouvertement de la sexualité féminine.

Pratiquement coupées du monde extérieur, Léonie, Eugénie et Gaëlle (aussi appelée Geisha) vont donc être des sujets d’étude, à la fois pour ceux qui les accompagnent, comme pour le réalisateur, révélant par petites touches leurs obsessions et comportements hyper-sexuels, sans jamais juger leurs choix ou leurs éventuelles « déviances ». Le film rend compte du coup, à l’image de cette retraite, d’un parcours auprès de ces personnages, que l’on apprend à connaître et pas forcément à comprendre, relatant ainsi « un cheminement, pas un traitement ». Centré sur la parole (il s’agit pour la thérapeute Octavia, nouvelle remplaçant d’une certaine Mathilde, de « les faire parler sans les provoquer »), le film débute d’ailleurs sur de très gros plans, chaque visage envahissant littéralement l’écran, alors que les règles des prochains jours sont édictées et que les pensionnaires peuvent librement poser quelques questions.

Partant de la volonté ou de la difficulté à verbaliser leur propre comportement, le scénario questionne la capacité des personnages à envisager un changement, leur vision dégradée d’elles-mêmes, l’absence ou l’existence d’un sentiment de honte. Au fil de situations où une vie collective s’invente et oblige à la confrontation de différentes visions construites parfois comme des provocations, le film dérange autant par la crudité des situations voire de certains dialogues, qu’il surprend par l’apaisement progressif des tensions. Immergé ainsi en la compagnie de ces femmes, le spectateur en vient lui même, à l’image de la thérapeute et du travailleur social, à se questionner sur ses propres barrières, ses limites, sa capacité à avoir réalisé ou non des fantasmes, ou encore sur les notions de pudeur comme de lâcher prise. Et au final, cet âpre triple portrait de différentes addictions au regard des autres et surtout au désir des hommes, s’avère formidablement interprété, dans toute la complexité et les multiples facettes de ces trois personnages hors normes. Et si l’on apprendra pas forcément à les aimer, ou pourra tout au moins apprendre à les écouter.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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