TWO MOUNTAINS WEIGHING DOWN MY CHEST

Un film de Viv Li

Un documentaire auto-centré, sur la dualité entre la liberté de l’artiste et la tradition

Synopsis du film

Entre Berlin et la Chine, Viv, une jeune femme d’origine chinoise oscille entre ses élans artistiques alternatifs et la vision très traditionaliste de sa famille au pays…

Critique du film TWO MOUNTAINS WEIGHING DOWN MY CHEST

Divisée entre la scène alternative berlinoise et l’affection d’une famille chinoise traditionnelle, qui attend des choses impossibles d’elle, Viv fait des aller-retour, après le Covid, entre l’Allemagne et la Chine. D’un côté elle peut exprimer ses élans artistiques en plastifiant tout, des murs à l’ascenseur, ou en postant des sortes de happenings stylisés (deux personnes avec cagoules bleue et rose et des langues qui semblent se diviser…), ou en donnant libre court à ses fantaisies lors d’événements ou soirées (une amie déguisée en gant blanc géant et elle en maison arc en ciel…). De l’autre elle doit écouter les remarques de sa famille sur ses posts considérés comme « à problèmes », observer son enrichissement lié au capitalisme chinois, ou tenter d'intégrer l’incompréhension sur la désunion de l’Ukraine et de la Russie, pourtant « plus fortes ensemble ».

Rendant visite à une amie trans ou non binaire, aux États Unis, elle s’interroge aussi au passage sur sa propre identité, exprimant avec justesse un sentiment d’ « inégalité », le film pointant le fait que les occidentaux « pensent que les chinois ont tous subi un lavage de cerveau ». Subissant ce décalage, la réalisatrice montre en miroir comment Berlin lui offre des moments ou espaces de liberté, au travers notamment du nudisme (récurrent dans le film) au bord de lacs, tout en la mettant en prise avec l’évolution hasardeuse de la planète. Mais exprimer ses craintes face à la famille n’a rien d’évident, et même si elle ose le faire, être prise au sérieux est une autre affaire. La scène où elle ne réussit d’ailleurs qu’à jouer les rabat-joie, montre que la cohésion familiale va cependant bien au-delà de ces considérations, politiques ou non.

En introduisant quelques touches surréalistes, avec une tortue s’adressant à elle avec une voix de petite fille, pour lui dire « tu trouveras ta voie », ou avec une fourmi l’acclamant pour son art, Viv s’offre une petite dose d’encouragement qui laisse cependant un peu pantois. Nous perdant un peu par moments, le documentaire tâche cependant de montrer le caractère combatif de l’artiste (qui fout des coups à des troncs de boulots à un moment donné…), et sa persistance en une croyance en un futur (la congélation des ovules avant 35 ans la rattrape soudainement). Mais il adopte cependant une tonalité peu positive, concluant sur le choix d’une implantation (avec un emménagement), qui ne veut pas forcément dire une rupture. Au final, reste un documentaire très auto-centré, dont on ne sait s’il s’agit juste d’une réflexion sur une appartenance ou plutôt d’une forme de thérapie, dont on a la sentiment d'être tout de même globalement exclu.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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