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TWIST À BAMAKO

Un film de Robert Guédiguian

Petite musique

En 1962, le Mali goûte les fruits de son indépendance fraîchement acquise en se familiarisant avec les vertus du socialisme. Samba, fils d’un riche commerçant, se consacre corps et âme à la transmission de cet idéal révolutionnaire à travers le pays, et, une fois la nuit tombée, s’en va danser sur le twist venu de France et d’Amérique. Le jour où il rencontre Lara, c’est le coup de foudre. Mais celle-ci, mariée de force, s’est enfuie de chez elle et se sait poursuivie par des personnes peu motivées à voir leur pays changer de visage et leurs lois archaïques remplacées…

Twist à Bamako film movie

On aura beau croire Robert Guédiguian enchaîné à vie au vivier chaleureux de l’Estaque, on oublie trop souvent que le bonhomme s’est parfois aventuré à l’étranger pour prendre le pouls d’un monde où la dignité et l’humanisme peuvent trouver racine ou montrer des signes d’appauvrissement. Six ans après son incursion au Liban avec "Une Histoire de fou", c’est dans le Mali des années 60 que le cinéaste pose ses valises avec pour intention de disséquer la fragilité d’une indépendance qui, une fois acquise, reste encore à appliquer.

Par le biais de son jeune héros fan ultra-activiste et fan de musique américaine (auquel Stéphane Bak confère un puissant charisme), Guédiguian fait passer son rêve d’une nation équitable et socialiste, guidée par le partage des richesses et l’égalité des sexes. Sauf que la place de la France dans les affaires internes du Mali et la dimension ultra-rigoriste des anciennes lois maliennes n’ont pas l’intention de disparaître. Pour ce qui est de décrire précisément la façon dont le processus se complique d’abord et s’effondre ensuite, le cinéaste n’arrive à marquer des points que par son sens du dialogue et sa fibre humaniste, la précision du premier soutenant à merveille la solidité de la seconde. Mais pour ce qui est d’échapper au didactisme, le film montre vite ses limites.<

On peut déjà considérer que le titre du film doit être interprété autrement : dans la mesure où le twist demeure très peu présent durant ces deux heures de visionnage, il sera plus juste de le lire sous l’angle d’un gouvernement qui s’agite lui-même de haut en bas à défaut d’adopter une ligne claire et précise. Cela semble même justifier le zigzag opéré par le récit entre deux enjeux : d’une part une explication du socialisme qui vire à la démonstration pédagogique (à se demander si le choix d’un documentaire n’aurait pas été plus adapté), d’autre part une love-story menacée par l’asservissement aux lois les plus archaïques (à se demander si le choix d’une fiction n’aurait pas été une fausse bonne idée).

Un peu à la manière de Ken Loach (mais avec l’humanisme en plus, tout de même !), on sent que Guédiguian fait ici passer ses idées politiques avant ses désirs de cinéma, et que la démonstration même des enjeux compte bien plus que leur impact symbolique et réflexif. Chaque scène de dialogue se retrouve ainsi si lourde de sens qu’elle donne l’impression de prêcher un converti, et seules quelques micro-fulgurances poétiques – dont cette très belle scène de bain nocturne – arrivent à nous faire sentir la présence d’un point de vue de cinéaste. Tout cela pour aboutir à deux heures assez poussives, achevées par un climax mi-pataud mi-prévisible que l’on croirait sorti d’un sous-"West Side Story", et un épilogue contemporain qui laisse la subtilité au vestiaire en matière de symbolique – danser à visage découvert sous l’œil de djihadistes armés. Peut mieux faire.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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