TURN ME ON
C’est "Equilibrium" mais sans les flingues et avec plus de cœur
Synopsis du film
Et si on vous apprenait qu’il existe un endroit pur et nettoyé de toute hostilité ? Une communauté soudée, bienveillante, où vous trouverez également un ou une partenaire qui vous sera attribué. Le secret ? Les émotions ont été éradiquées de tout rapport humain grâce à une petite pilule à prendre tous les jours. Mais lorsque Joy est contrainte, dû à un traitement médical, de ne pas prendre le médicament magique le temps d’une journée, l’équilibre fragile risque d’être rompu et les émotions de ressurgir…
Critique du film TURN ME ON
Sortie le 17 Novembre 2025 sur UniversCiné
Avec son pitch dystopique intriguant et son réalisateur Michael Tyburski déjà à l'œuvre sur le touchant "The sound of silence" (sorti VOD en 2020), "Turn me on" a tout de la petite pépite d’anticipation qui porte en elle une certaine délicatesse. Et notre flair ne nous avait pas trompé. On suit un jeune couple, Joy et William, dans cette communauté qui a éradiqué les émotions et qui va vite réapprendre à ressentir les choses de nouveau et s’amuser à les transmettre à leurs amis. Le long métrage se pare d’une photographie léchée, en organisant des cadres à valeurs géométriques, afin de mettre en avant ce petit monde bien propre sur lui où rien ne dépasse. L’intrusion des émotions dans la vie de nos héros va peu à peu autant bousculer les interactions sociales entre les différents personnages que le potentiel ordre établi par ce système nommé OurFriends (tout clin d'œil à des multinationales de notre réalité est fortuit bien entendu).
Par sa durée réduite, qui lui évite de faire trop dans la redite de péripéties et d’idées de situations, le film se concentre avant tout sur ce couple qui découvre le rire ensemble, le sexe et d’autre joyeusetés de la vie humaine, la vraie. Et c’est avec un regard toujours délicat qu’il étudie les différences qui résident en chacun de nous, grâce ou à cause de nos émotions : le groupe d’amis qui perd peu à peu les pédales en est le parfait exemple. L’évolution se retranscrit également dans le jeu des acteurs, qui même en étant dans le minimalisme au départ, trouve un ton presque toujours absurde et en décalage malgré eux. La notion de découverte de l’autre, de l’intimité, est au centre du récit, comme le cœur battant d’une narration qui tente de nous faire comprendre que, évidemment, tout serait plus simple sans émotions, sans nuances, mais tout serait aussi drôlement triste.
Même si le film se contente d’un discours peut être un plus simpliste finalement, il met en scène assez de situations intéressantes pour ne pas faire retomber son récit comme un soufflé. Aidé par des performances toutes convaincantes, avec en tête Bel Powey, qui, dans le rôle de Joy, apporte une vraie candeur et bizarrerie naturelle, qui font le charme principal de ce petit film indé. Et bien que ce soit une idée répandue dans les rayons de littérature de science-fiction, le cinéma quant à lui ne s’est pas encore amusé tant que ça avec ce concept. Seule tentative notable le film porté par Christian Bale, sorti en 2001 et réalisé par Kurt Wimmer, "Equilibrium". Orienté vers l’action pure, le film touchait son sujet du bout des doigts lors de quelques scènes poignantes. Ici, c’est avec plaisir que l’on fait face à un long métrage qui décide de prendre son temps pour étudier ses personnages comme des rats de laboratoire. C’est cette distance qui donne au film un ton qui oscille entre le doux et le rire carrément jaune lors d’une séquence où l’on comprend aussi pourquoi les émotions ont été bannies. Sans avoir la prétention de creuser toutes les possibilités tordues qu’un pitch pareil peut donner, l'œuvre se contente d’être une petite douceur, parfois amère, sur un sujet toutefois beaucoup plus vaste et complexe.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

