TURGAUD
Enthousiasmant dans la forme, nébuleux dans le fond
Synopsis du film
Au Kazakhstan, un homme est engagé par un gangster pour renforcer sa sécurité. Les menaces sont mystérieuses mais réelles, et il va devoir les déjouer…
Critique du film TURGAUD
Auteur de l’excellent "A Dark, Dark Man" il y a quelques années, Adilkhan Yerzhanov réalise ici un film de gangsters dans une atmosphère quasi post-apocalyptique, comme une sorte de "Mad Max" au Kazakhstan. Le cinéaste y déploie tout son art, montrant à nouveau ses capacités à digérer ses influences multiples pour proposer une synthèse qui ne tombe jamais dans le plagiat. Il recycle ainsi des codes de divers genres, comme le polar, le western, le gore ou le film à énigme, le tout agrémenté d’un humour grinçant ou décalé, également fait de fantaisie et de poésie. Dans la forme, "Turgaud" est une merveille à l’image comme au son – une note répétée inlassablement sur un instrument à corde suffit à installer une ambiance.
L’opposition entre le personnage principal, perpétuellement stoïque, et de véritables pieds nickelés du crime (maladroits, naïfs, incompétents…) est un ressort comique majeur de ce film néo-noir (un peu à la Takeshi Kitano) qui passe son temps à brouiller les genres et les pistes. Pourtant, "Turgaud" finit par se montrer vain, voire par tourner un peu à vide. À force de tirer sur la corde de l’excès, on voit trop la performance d’acteur aux dépens des personnages (ah, la grosse voix du héros solitaire !), les gags peuvent s’avérer lourdingues (par exemple cette volonté de faire danser certains protagonistes face caméra), le scénario s’égare dans des circonvolutions nébuleuses (par exemple l’intégration du personnage féminin) et la tentative de réflexion politique sur la démocratie ne parvient pas à se fondre dans ce qui aurait dû rester une bonne comédie noire.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
