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TSILI

Un film de Amos Gitai

Dispensable

Tsili, une jeune juive ayant échappé à la déportation, part se cacher dans la forêt au sud de Czernowicz, où elle se construit un refuge. Mais son abri est découvert par Marek...

Il est des films dont le souvenir s'estompe avec le temps mais dont certaines sensations qui y sont associées demeurent gravées dans nos mémoires. Ainsi, gloire soit rendue aux programmateurs de la Mostra 2014 d'avoir si intelligemment programmé le dernier film d'Amos Gitaï en milieu de festival. En effet, et les camarades festivaliers me comprendront, arrivé à mi-parcours de ce marathon cinématographique, à l'heure où les corps commencent à souffrir, les paupières deviennent lourdes, l'attention diminue, et l'assoupissement guette, la confusion des images et des scènes est à son comble.

Aussi, un film comme « Tsili » constitue in fine dans ces moments ô combien difficiles une forme d'oasis où converge toute la sympathie du festivalier. En effet, dès les premières minutes du film, avec son générique graphique et désarticulé dans lequel une danseuse se meut dans l'espace noir de l'écran au son d'un violon yiddish, on pressent que l'on a déjà assisté aux "meilleures" minutes du film... L'esprit s'apaise alors et le corps fourbu se détend, certain désormais qu'il va pouvoir s'accorder quelques instants de répit dans son maelstrom quotidien d'images pour se permettre quelques roupillons salvateurs dans les bras accueillants des sièges rénovés de la salle (un grand merci, là encore à l'organisation du festival pour cet investissement nécessaire).

Pour autant que l'on ait bien appréhendé le film (voir plus haut), celui-ci propose 2 (ou 3) parties. La première s'ancre dans une sorte de scène primordiale régressive où une jeune fille déboussolée et sauvage courre au sein de la forêt, cherchant visiblement son chemin, affolée par le son d'explosions et de mitraillettes de loin en loin. Guitaï semblant proposer une sorte d'expérience sensorielle originelle, le spectateur suit, abattu par l'inexpressivité foncière du propos, la jeune fille déambuler dans la forêt comme revenue à l'état sauvage, en caméra subjective. Il n'est plus que sens aux aguets (halètements, jeu de lumière dans les arbres, bruits de ses efforts...). La caméra parfois suit au plus près la jeune fille se faisant surplombante quand elle se love dans son nid pour la nuit, se lèche les plaies ou, en guise de pansements dépiaute une écorce d'arbre avec un couteau. Parfois elle la suit au plus près quand elle court dans les herbes.

Le sentiment de retour à une vie primitive se trouve confirmé mais aussi infléchi, quand un jeune homme apparaît. Ils se reniflent, s'évitent, s'épient, s'apprivoisent peu à peu, sortes d'Adam et Eve éjectés de l'Eden dans un monde sinon déserté, du moins où ils semblent désormais livrés à eux-mêmes. L'absence de musique, le caractère subjectif et répétitif de ce qui est proposé à l'écran permet dès lors de s'accorder une somnolence réparatrice, le film loupant complètement ce qui semblait être son projet, à savoir nous faire partager l'angoisse et le quotidien de survie de jeunes adultes de retour à la nature et à des comportements sinon animaux, du moins basiques et fondamentaux (se protéger, manger, s'aimer).

Si cette partie naturaliste du film réussit à décupler nos sens, c'est surtout par notre recherche vaine de trouver quelque chose à se mettre sous la dent, le pseudo retour à l'état sauvage d'un couple primordial n'offrant qu'ennui et accablement. Autant sommeiller sagement. La seconde partie voit le nombre de protagonistes grossir, adoptant une esthétique plus théâtrale vaguement brechtienne. Un groupe d'individus arpente une plage (dans l'attente d'un bateau salvateur ?), puis d'autres se retrouvent dans une infirmerie de fortune située dans une sorte de grange-mouroir.

Le film, s'il n'a pas réussi à ébranler l'âme cinéphile du festivalier avachi dans son fauteuil, aura permis grâce à son attention flottante justifiée par l'inintérêt de fond du film enferré dans une approche minimaliste et sensualiste qu'il n'arrive pas à nous communiquer, trouvera donc grâce à ses yeux (fatigués) pour ces moments de vrai répit que l'ennui et l'absence d'aboutissement formel aura permis.

Loués soient les programmateurs de projeter les films de Gitaï, certes désormais incontournables pour le standing d'un festival, mais dont la dure vérité oblige à dire fermement qu'ils sont devenus avec le temps dispensables voire franchement inutiles. Amos, réveille-toi, ton public est sur le point de ronfler !

Nicolas Le GrandEnvoyer un message au rédacteur

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