LES TROIS SŒURS DU YUNNAN

Un film de Wang Bing
Avec

Une durée inutilement longue

Le documentariste chinois a suivi et filmé durant plusieurs mois la vie de trois jeunes filles de la Province du Yunnan. Ying, Zhen et Fen, âgées de respectivement 10, 6 et 4 ans, vivent seules dans leur maison tandis que leur père est parti chercher du travail à la ville.

En effet, c'est ce que l'on peut se dire en sortant de la projection de ce documentaire chinois de 2h33. Wang Bing a voulu montrer le plus de choses possibles, insistant ainsi sur la vie difficile de ces trois jeunes filles. La première heure et demi retranscrit parfaitement ce mode d'existence. On peut voir Ying, Zhen et Fen de leur lever jusqu'à leur coucher. S'assumant seules pendant que leur père cherche du travail et une école pour les y emmener, on les voit effectuer des tâches compliquées avec une dextérité effrayante prouvant bien qu'elles sont habituées à ces travaux d'adultes. Que ce soit mener les cochons dans les montagnes, les ramener, nettoyer une partie de la maison ou encore préparer le repas. Bien qu'elles soient accompagnées de leur tante et de leur grand-père, c'est la plus grande, Ying, 10 ans qui gère ses sœurs. On peut d'ailleurs voir en elle une protagoniste de circonstance vu qu'elle se retrouve seule pendant une partie du film pendant que ses sœurs partent avec leur père à la ville pour se faire scolariser. Et c'est là aussi qu'arrive un des problèmes de ce documentaire. Cette première heure et demi aurait amplement suffit à comprendre le calvaire qu'endure ces jeunes filles, et tout particulièrement la plus âgée. Après ce laps de temps, les deux plus petites partent et on se retrouve avec « la jeune fille du Yunnan » et non plus les trois sœurs. On revoit encore et encore les mêmes tâches en boucle. Bien que le cinéaste ait voulu montrer la répétition et la monotonie de cette vie, au bout d'un certains temps, on se lasse.

De plus, alors que le documentariste s'est voulu très discret, en ne se montrant jamais dans le cadre, on ne cesse de sentir sa présence. Et cela peut être un vrai problème. De nombreux regards caméra sont visibles, ce qui peut arriver dans ce format, mais dans le cas présent on peut se demander si le fait que les fillettes savent l'objectif sur elles n'influe pas sur leur comportement. On peut voir, par exemple, la plus jeune, Fen, 4 ans, faire un caprice juste après avoir observé le caméraman. Et ce petit détail peut nous éloigner de la réalité documentaire. Et lorsque l'on entend le souffle du cinéaste dans une montée un peu rude et que l'on voit le père l'aider et parler de lui à un chauffeur de bus, cela nous coupe du récit initial en nous montrant les rouages de la création que l'on préfèrerait ignorer. Le sujet de ce documentaire est donc passionnant mais les quelques erreurs de réalisation, dont la longueur, nous font presque oublier à la toute fin la vraie leçon de vie que l'on peut tirer d'un film comme ça...

Quentin ChirolEnvoyer un message au rédacteur

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