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LES TROIS SINGES

Un film de Nuri Bilge Ceylan

CONTRE : Le syndrome du joli film inaccessible

Une famille disloquée à force de petits secrets devenus de gros mensonges, tente désespérément de rester unie en refusant d'affronter la Vérité. Pour ne pas avoir à endurer des épreuves et des responsabilités trop lourdes, elle choisit de nier cette Vérité, en refusant de la voir, de l'entendre ou d'en parler...

« Les trois singes » est un film qui gagne certainement à être revu une deuxième fois. Le problème est qu'à la fin de la première projection on a plus un sentiment de délivrance qu'autre chose !

Nuri Bilge Ceylan est un homme qui a des idées, de l'esprit et des choses à raconter. Pour un metteur en scène (et scénariste) c'est plutôt un bon départ et un gage de qualité. Dans ce nouveau film, en compétition à Cannes 2008, Nuri Bilge Ceylan (« Uzak », « Les climats ») plonge au coeur d'une famille rongée par les secrets et les non-dits. Composée du père, mis en prison à tort mais avec son consentement, de la mère, amoureuse secrètement du patron de son mari, et du fils, témoin de la liaison extra-conjugale de sa mère, mais silencieux, le réalisateur lui ajoute un quatrième membre : l'autre fils, décédé dans des conditions qui restent mystérieuses, mais qui hante les esprits et les murs de la maison familiale.

Nuri Bilge Ceylan examine donc les comportements de chacun de ses « pions », à travers leurs maux, leurs mensonges, leur culpabilité. Et ce, à la manière de la fable des trois singes : avec celui qui ne voit pas, celui qui n'entend pas et celui qui ne dit pas. Sur le papier, le scénario peut donc paraître intelligent voire même génial ! Mais qu'en est-il à l'écran ?

Sur la toile, « Les trois singes » est une succession de plans séquences, creux, silencieux, lancinants, avec peu de dialogues, dans un décor en nuances de gris et d'ocres assez fabuleux, il faut bien l'avouer. Mais pourquoi diable tous ces secrets qui pourrissent la vie de cette famille nous pourrissent à notre tour aussi ? Pourquoi priver cette beauté esthétique d'un scénario un minimum abordable ? Nuri Bilge Ceylan a simplement oublié d'accompagner le spectateur dans sa réflexion et a refusé de partager son film avec lui. Comment entrer dans cette histoire avec une réalisation aussi élitiste ? L'ennui gagne le spectateur trop vite. Suivi peu de temps après par l'agacement. Avec ces « Trois singes », Cannes a trouvé en 2008 le grand successeur du « Lumière silencieuse », présenté 2007, et qui souffrait exactement du même syndrome. On vous aura prévenu.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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