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TRANSAMAZONIA

Un film de Pia Marais

Un double portrait, joliment trouble

Synopsis du film

Rebecca, enfant, fut la seule rescapée d’un crash en pleine forêt amazonienne, duquel sa mère n’a pas réchappé. Des années plus tard, devenue une jeune adulte, elle assiste son père, Lawrence, pasteur prêcheur, dans ses offices auprès des populations locales. Accomplissant des miracles, car elle-même miraculée, elle permet notamment à une femme de marcher à nouveau. Mais les tensions entre les ouvriers de la scierie qui abattent des arbres dans la réserve et les tribus indigènes ne font qu’augmenter…

Critique du film TRANSAMAZONIA

"Transamazonia" s’ouvre sur un paysage de forêt vierge à perte de vue. Là, dans cette immensité, une fillette blanche à la chevelure rousse gît par terre, encore attachée à des sièges, couverte en partie de terre, du sang sur le visage. Après un échange de regards avec un indigène passant par là, la caméra devient subjective, suggérant le transport de la jeune fille au sein d’une épaisse végétation qu'il faut dégager pour avancer. Déposée près d’un chantier, elle se retrouve ensuite à l’hôpital, guettée par des photographes avides du portrait de cette miraculée, si possible avec son père, venu la chercher. Quelques plans sur des vêtements éparpillés dans les arbres et une queue d’avion qui dépasse de la végétation ont suffi pour nous faire comprendre qu’elle est la seule rescapée. Une ellipse suffira pour la faire grandir et la montrer complice de ce père qui vend Dieu tel un prédicateur, et les miracles de Rebecca comme une solution divine.

L’intelligence du scénario, signé Pia Marais, Martin Rosefeldt et Willem Droste, est de ne jamais trancher clairement entre des motivations potentiellement mercantiles du père et une réelle croyance en le don de la fille. Une ambiguïté maintenue également quant à leur relation avec les communautés indigènes, entre volonté d’évangélisation et un certain respect de leurs culture et territoire. D’où une positon neutre difficile à tenir pour les deux personnages lorsque la situation se tend, en sortes de médiateurs qui ne croient pas forcément eux-mêmes à leurs promesses. Ce trouble, Pia Marais l’entretient jusque dans la mise en scène, parvenant à incarner la tension allant crescendo et les soubresauts de conscience de la fille, entre rêves récurrents et refus de certaines complicités. La jeune Helena Zengel, découverte dans "Benni" confirme de plus ici, dans le rôle de Rebecca, qu’elle est une interprète à suivre.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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