TOUTES MES SOEURS
Un double portrait courageux et prenant
Synopsis du film
La vie de deux filles dans une famille Iranienne vivant à Téhéran, filmée sur 18 ans, de 2007 à 2025. Élevées dans la tradition religieuse, sous le regard de la grand mère, favorable au régime, elles vont devoir prendre position face aux événements qui se dérouleront sous leurs yeux…
Critique du film TOUTES MES SOEURS
Le dispositif est simple, et expliqué en quelques secondes au début du film en voix-off par le réalisateur (l’oncle des deux filles). Massoud Bakhshi a compilé 18 ans de la vie de ses deux nièces, Mahya et Zahra, aujourd’hui la vingtaine passée, en un film, et il leur le montre à toutes les deux en même temps, via un vidéo projecteur, leur permettant de faire « pause » afin de faire des commentaires. À moins que lui n’en profite pour poser quelques questions ou insister sur certains points. Un dispositif dont il n’usera finalement, au fil des 1h18 de métrage, que quelques fois, pour insister sur la liberté vestimentaire constatée dans un plan ou café, ou pour laisser l’émotion s’exprimer.
En partant des jeux insouciants, on découvre peu à peu l’importance de la religion et de la tradition (tu ne montreras pas tes cheveux, ni ton corps, principes intégrés assez vite par les filles encore petites… mais aussi par le réalisateur dans sa manière de cadrer) et la découverte progressive de la prévalence des garçons, comme de l’effroyable répression aux manifestations de 2022. En fond, le montage fait apparaître des sons de radio ou de télé, permettant de situer certains événements (discours, élections…), et les voix des filles se font peu à peu dissonantes de celles de la grand mère, qui regarde la télévision d’État et soutient le régime, par manque supposé de lucidité face aux informations.
La force du documentaire, qui n’évite pas quelques longueurs en son milieu, malgré sa durée plutôt courte, réside dans la manière, à l’âge adolescent puis de jeunes adultes, de montrer que chacune se permet d’exprimer sa colère et sa solidarité à sa manière, entre plaisanteries sur les cours obligatoires (sur les saluts pour les défilés et le service militaire, qui ne concernent pourtant… que les garçons) et chansons composées exprimant la tristesse. Les manifestations, elles, jamais montrées à l’écran, sont suggérées d’intelligente façon par un plan sur les deux filles allongées dans leur chambre, regardant des images sur leur téléphone avec le son allumé, et par l’écho des cris résonnant dans le noir, perçus depuis le toit de l’immeuble ou la maison où tous crieront leur solidarité. Mine de rien, ce film familial au départ sans doute sans prétention, se transforme au final en témoignage courageux sur le sort des femmes et la mobilisation de la jeunesse en Iran.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

