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TOURNÉE

Un film de Mathieu Amalric

Trip tease

Joachim, ancien producteur de télévision, tente tant bien que mal d’être un père, un ami, un ex et le manager de la tournée française des “New burlesque” : une petite troupe de strip-teaseuses, haute en couleur, venue tout droit des états-Unis…

De belles rondeurs bien placées, des choucroutes peroxydées, et un cache-sexe aux couleurs de la bannière étoilée, tels sont les atours de la troupe “New burlesque”. Cinq filles et un garçon qui embrasent les salles en s’effeuillant lors de superbes numéros de cabaret. Depuis les coulisses, Joachim, leur manager, les observe nerveusement. C’est que ce n’est pas simple d’organiser la tournée de cinq filles plantureuses au caractère bien trempé, surtout quand on est soi même un peu à cran.

Après un générique punchy, Amalric attaque bille en tête par une démonstration du talent peu commun de ces dames. Quelques minutes déroutantes où l’on se demande quel parcours va prendre le récit. Va t-il se cantonner à décrire le quotidien atypique de ces déesses du strip-tease ? Nullement ! Car le vrai grand rôle de “Tournée” c’est Joachim, l’imprésario. Très professionnel, il doit cependant composer avec son caractère insupportable qui lui valu bien des déboires par le passé. Un homme détesté de tous qui ignore ses enfants au point d’en perdre un dans la ville, mais s’assure que ses danseuses nues ne se couchent pas trop tard.

Joachim est prêt à tout pour revenir sur le devant de la scène, parisienne si possible. S’en suit un portrait au vitriol du monde du spectacle où votre “ami” d’hier vous méprise aujourd’hui, pour vous idolâtrer demain. Tout dépend de ce que vous lui proposez pendant la nuit. L’hypocrisie étant la règle du jeu, notre héros au caractère si sanguin a bien du mal à rester dans la partie. Le réalisateur aborde ainsi un univers qu’il connaît bien. Grâce à son personnage aussi attachant qu’odieux, il garde ses distances avec son sujet. Un point de vue objectif qui lui permet de belles variations scénaristiques agrémentées de savoureux dialogues.

Homme de lettre, Almaric démontre ici un véritable talent d’auteur. Autant inspiré qu’un Audiard, aussi subtil qu’un Dabadie, avec Philippe Di Folco au scénario, il magnifie ses répliques d’une belle part d’élégance. En résulte quelques perles, telle cette scène exceptionnelle entre Joachim et la pompiste. Petite respiration jubilatoire dans un récit joliment mené. Une œuvre aboutie, originale, qui dénote une vraie maturité dans la carrière du metteur en scène jusqu’ici très introspective. Le jury de Tim Burton ne s’y est pas trompé en le récompensant du prix de la mise en scène lors du dernier festival de Cannes.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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