TOUR DE FRANCE

Un film de Rachid Djaïdani

Un road trip plus prévisible que sensible

Far’Hook est une valeur montante du rap français. Un soir, il a une altercation avec un autre rappeur « Sphynx », à qui il refuse un selfie. Le lendemain Sphinx se venge en tentant de lui tirer dessus avec un fusil à canon scié. Far’Hook est alors obligé de se mettre au vert. Pour cela, Bilal son producteur lui propose de le remplacer dans le voyage qu’il avait promis à son père : un tour des plus jolis ports de France…

Il y a quatre ans, Rachid Djaïdani percutait la Quinzaine des Réalisateurs avec son premier long métrage brut et sanguin "Rengaine". Un film sur l’intégration qui s’égarait loin des archétypes du genre, révélant au public un nouveau talent plus que prometteur. Cette année, le réalisateur retrouvait les honneurs de la Quinzaine pour présenter son nouveau film « Tour de France », un road trip qui met en scène deux personnages que tout oppose : un jeune rappeur prometteur et un vieux monsieur aigri passionné de peinture.

Un pitch plutôt convenu, qui néanmoins peut se révéler passionnant porté par la fougue du réalisateur. Malheureusement, cette confrontation entre un jeune des quartiers et un vieux ronchon raciste n’implose pas comme on l’attend dans jeu de pulsion / répulsion, mais s’étiole rapidement dans un schéma maintes fois vu et revu. Les deux protagonistes vont rapidement s’apprivoiser, aidés en cela par les grosses ficelles du genre. Le vieux réac découvre que le méchant rappeur est en fait un gentil garçon cultivé et respectueux de ses ainés. À l’inverse Far’Hook comprend que l’homme bourru n’est qu’une façade et que celui-ci n’hésitera pas à le protéger si besoin.

Faute d’être original, "Tour de France" propose pourtant un portrait attachant de ses protagonistes. Far’Hook interprété par Sadek (lui-même rappeur), offre un personnage qui a plus l’âme d’un poète que d’un revendicateur. Il réussit à trouver sa place face à Depardieu, qui incarne une nouvelle fois l’épicurien garant des bonnes choses de la vie. Après "Valley of love" et "La Dream team" l’acteur, dont on connaît le douloureux passé, campe ici une nouvelle fois le rôle d’un père meurtri qui tente de se rapprocher de son fils. Un personnage récurrent qu’il incarne aussi magistralement dans "Saint Amour". Un film qui lui, nous emmenait faire un tour de France avec une réelle puissance d’écriture, celle qui met à nu les personnages en les poussant dans leur retranchement tout en exaltant leur passion. À côté, le film de Rachid Djaïdani fait pâle figure surtout quand on connaît la puissance de son premier long métrage. Ici, on a l’impression qu’il s’est laissé aller à un certain confort et le manque d’émotion s’en ressent. Dommage.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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